jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401291 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | CHAIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er mai et le 5 juin 2024, Mme B C, représentée par Me Chaïb, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors qu'elle justifie disposer de moyens d'existence suffisants et qu'elle a fourni l'autorisation provisoire de travail sollicitée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la préfète n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la préfète n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- et les observations de Me Chaïb, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne, née le 5 février 1998, est entrée régulièrement sur le territoire français le 10 août 2022 afin d'y poursuivre ses études. Au titre de l'année universitaire 2022/2023, elle a disposé d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 17 novembre 2023. Elle a formé une demande de renouvellement de ce certificat le 27 septembre 2023. Par un arrêté du 3 avril 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office. Par sa requête, Mme C demande au tribunal l'annulation des décisions contestées.
Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 31 mai 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des attributions de l'État dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Dans ces conditions, M. A était compétent pour signer les décisions attaquées.
4. En deuxième lieu, pour refuser le renouvellement de son titre de séjour à Mme C la préfète de Meurthe-et-Moselle a considéré, outre qu'elle n'avait pas fourni l'autorisation de travail sollicitée par ses services, qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux et de la cohérence de son parcours et qu'elle ne disposait pas des ressources suffisantes. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle et familiale de Mme C avant de rejeter sa demande de renouvellement de titre de séjour, sans qu'ait d'incidence la circonstance qu'elle a effectivement fourni l'autorisation de travail sollicitée.
5. En troisième lieu, aux termes du titre III " Établissement des étudiants, stagiaires, fonctionnaires et agents des organismes algériens, des travailleurs saisonniers, des malades " de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". / Les ressortissants algériens titulaires d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", sous réserve de leur inscription dans un établissement ouvrant droit au régime de sécurité sociale des étudiants, peuvent être autorisés à travailler dans la limite d'un mi-temps annuel pour la branche ou la profession concernée. L'autorisation est délivrée sous forme d'autorisation provisoire de travail sur présentation d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail. () ". Il en résulte que la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " est subordonnée à la justification de la réalité des études poursuivies et l'existence de ressources suffisantes.
6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme C en qualité d'étudiante, la préfète s'est fondée notamment sur les circonstances qu'elle ne justifiait ni de la réalité et du sérieux de ses études, au regard de l'absence de progression dans son parcours et de son redoublement, ni de moyens d'existence suffisants.
7. Pour démontrer qu'elle disposait de moyens d'existence suffisants, Mme C soutient qu'elle travaille au sein du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous), qu'elle dispose d'une aide financière de sa famille et que les soldes sur ses relevés bancaires des six derniers mois sont positifs. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C perçoit au titre du contrat de travail à durée indéterminée conclu avec le Crous du 9 novembre 2023, un salaire mensuel compris entre 200 euros et 400 euros. Mme C produit une attestation bancaire du 26 septembre 2023 et les relevés de son compte bancaire des mois de septembre 2023 à février 2024 qui font état d'un solde créditeur en fin de mois. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, sur cette période de six mois, et en particulier au mois de septembre 2023, le montant des crédits perçus est essentiellement constitué de dépôts en espèces sur ce compte qui ont fait l'objet de remboursements par virements dans les jours qui ont suivis. Dans ces conditions, Mme C ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, disposer de ressources suffisantes. Par suite, dès lors qu'elle ne dispose pas de moyens d'existence suffisants, la préfète de Meurthe-et-Moselle pouvait, pour ce seul motif, et sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation, refuser à Mme C le renouvellement d'un certificat de résident portant la mention étudiant.
8. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 ci-dessus, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, Mme C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour dont elle fait l'objet, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est présente en France depuis deux ans à la date de la décision contestée et qu'elle maîtrise la langue française. Toutefois, Mme C, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas l'intensité et la réalité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire, alors qu'elle indique que ses parents et sa fratrie résident en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen doit être écarté.
12. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 ci-dessus, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par Mme C à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé le renouvellement du titre de séjour de Mme C, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par Mme C à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
16. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
17. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Chaïb et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience publique du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
D. Marti
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2401291
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026