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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401297

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401297

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantREICH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 16 mai 2024, M. B A, représenté par Me Reich, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, et lui interdisant tout retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par semainede retard, et de suspendre l'exécution de l'arrêté du 19 mars 2024 dans l'attente du réexamen de sa demande de titre de séjour.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché du vice d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé, dès lors qu'il se borne à reprendre la teneur de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de l'aggravation de son état de santé ;

- il porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à la vie privée et familiale, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Un mémoire complémentaire, enregistré le 7 juin 2024, pour M. A, n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2024 du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Agnès Bourjol,

- et les observations de Me Reich, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité kosovare né le 7 juin 1977, a déclaré être entré en France le 13 juin 2023. Le 6 octobre 2023, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 mars 2024, la préfète des Vosges a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 mai 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit prononcée l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

3. En premier lieu, par un arrêté du 31 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs du département des Vosges le 1er février 2024, la préfète des Vosges a donné délégation à M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer toute décision en matière de police des étrangers. Par suite, M. David Percheron, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer l'arrêté en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivé.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ".

6. Pour refuser le titre de séjour sollicité par le requérant, la préfète s'est fondée sur l'avis émis le 5 janvier 2024 par le collège des médecins de l'OFII, dont il ressort que l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier, l'intéressé pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. En se bornant à se prévaloir de ce que son état de santé s'est aggravé, sans toutefois l'établir, M. A n'apporte aucun élément de nature à infirmer l'appréciation portée par la préfète. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète des Vosges aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Si M. A se prévaut de sa relation de couple en France avec une compatriote en situation régulière avec laquelle il soutient vivre depuis 2022, l'attestation de cette dernière, non circonstanciée et rédigée en des termes stéréotypés n'est pas de nature à l'établir, alors au demeurant que M. A a déclaré n'être entré en France qu'en juin 2023. Le requérant n'apporte ainsi pas d'éléments suffisamment probants d'une communauté de vie effective, ou avoir tissé des liens d'une particulière intensité en France. En tout état de cause, la circonstance que sa compagne ait entamé une procédure de divorce est sans incidence sur la réalité et l'effectivité de la communauté de vie qu'elle forme avec le requérant. Par ailleurs, M. A n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches personnels et familiales au Kosovo, où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-six ans. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète des Vosges du 19 mars 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande présentée par M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience publique du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia président,

Mme Bourjol, première conseillère,

M. Bastian, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

A. BourjolLe président,

O. Di Candia

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2401297

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