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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401316

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401316

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête enregistrée le 6 mai 2024 sous le n° 2401316, M. D B, représenté par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née du silence gardé par la préfète de Meurthe-et-Moselle à la suite de sa demande de titre de séjour en date du 11 août 2023 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler ou de procéder à un nouvel examen de sa situation, et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

II°) Par une requête enregistrée le 6 mai 2024 sous le n° 2401317, Mme A C épouse B, représenteé par Me Lévi-Cyferman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née du silence gardé par la préfète de Meurthe-et-Moselle à la suite de sa demande de titre de séjour en date du 11 août 2023 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler ou de procéder à un nouvel examen de sa situation, et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient les mêmes moyens que ceux exposés dans la requête n° 2401316.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par deux décisions en date du 15 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. B et Mme C épouse B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin-Rance a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 17 octobre 1982, et Mme C épouse B, née le 6 août 1985, tous deux de nationalité arménienne, sont entrés en France en 2018 accompagnés de leurs trois enfants mineurs. Le bénéfice de l'asile leur a été refusé le 21 décembre 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et le 25 septembre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 4 juin 2020, le préfet des Vosges a refusé de leur délivrer un titre de séjour. Leurs recours présentés contre ces arrêtés ont été rejetés par jugement du 18 février 2021. Par un courrier réceptionné le 19 août 2023 par les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, M. et Mme B ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de leur vie privée et familiale sur leur territoire français. Ils demandent l'annulation des décisions de rejet nées du silence gardé par la préfète de Meurthe-et-Moselle pendant plus de quatre mois.

2. Les requêtes n° 2401316 et n° 2401317 sont relatives à la situation des membres d'un couple au regard de leur droit au séjour en France et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

3. En premier lieu, les requérants n'ayant pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils ne peuvent utilement soutenir que la préfète de Meurthe-et-Moselle en aurait méconnu les dispositions.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Les requérants font valoir qu'ils vivent en France depuis cinq ans, que leurs enfants sont régulièrement scolarisés, que M. B bénéficie d'une promesse d'embauche pour un emploi en qualité d'ouvrier du bâtiment, que Mme B a acquis le DELF A2 et s'est investie dans une association sportive à titre bénévole, et que sa sœur réside régulièrement en France. Toutefois, les justificatifs qu'ils produisent ne permettent pas d'établir qu'ils ont transféré en France le centre de leurs intérêts et qu'ils sont dépourvus de toute attache en Arménie. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale en refusant de leur délivrer un titre de séjour.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières dispositions que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. La décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants de leurs parents ou de les empêcher de poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Alors en outre que la durée de présence des enfants sur le territoire français est limitée, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations susvisées doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B tendant à l'annulation des décisions implicites par lesquelles la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de leur délivrer un titre de séjour doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions aux fins d'injonction ainsi que de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme A C épouse B et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2401316,

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