vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401351 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CATHALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mai 2024 à 11 heures 44, et un mémoire, enregistré le 16 mai 2024, M. B C demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2024 par lequel le préfet de la Nièvre lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :
- il est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée en droit ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu et de présenter des observations écrites tels que garantis par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'existence de circonstances humanitaires et quant à sa durée ;
- elle porte une atteinte à son droit constitutionnel de demander l'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés. :
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, magistrate désignée,
- les observations de Me Cathala, avocat commis d'office, représentant M. C qui reprend les conclusions et moyens de sa requête et conclut également à ce que les pièces de l'enquête pénale soient écartées des débats. Il soutient à l'audience que, dans l'hypothèse où les conclusions relatives à l'annulation du refus de délivrance du titre de séjour ne seraient pas renvoyées à une formation collégiale, cette décision est insuffisamment motivée dès lors qu'elle vise à tort l'accord franco-marocain et est uniquement fondée sur le point 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, à l'exclusion du 5) du même article. Il insiste sur le fait que l'arrêté contesté méconnaît le secret de l'enquête et la présomption d'innocence et sur le fait que le comportement du requérant ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt public dès lors que les faits reprochés ne sont pas avérés, en l'absence de tout témoignage et alors que son ancienne compagne n'a eu aucune incapacité temporaire de travail ;
- les observations de M. C, assisté d'une interprète en langue arabe ;
- les observations de M. E, représentant le préfet de la Nièvre, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, et relève que la menace à l'ordre public est avérée, notamment au regard de l'audition de Mme A, ancienne compagne du requérant, et sollicite, à titre subsidiaire, en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, une substitution de base légale, dès lors qu'elle peut également être fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision portant refus de titre de séjour et en ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire en ce qu'elle peut également être fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 612-2 du même code.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien, né le 1er octobre 1984, est entré en France selon ses déclarations en 2019. Le 27 juillet 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en faisant valoir sa vie privée et familiale. Le 9 mai 2024, il a été placé en garde à vue pour des faits de violences intrafamiliales et dégradations de biens, et détention de produits stupéfiants. Par un arrêté du 11 mai 2024, le préfet de la Nièvre a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par sa requête, M. C, placé en rétention administrative, demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.
3. Ainsi, il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation des décisions du 11 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991 dont elles sont assorties. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour et les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991 qui s'y rapportent doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.
Sur la demande tendant à ce que certaines des pièces produites par le préfet soient écartées du dossier :
2. M. C soutient que les pièces contenues sous l'intitulé " Procédure judiciaire " produites par le préfet doivent être écartées des débats, dès lors qu'elles seraient issues de la procédure de l'instruction ouverte à la suite d'une enquête préliminaire des services de police, et qu'elles seraient donc couvertes par le secret de l'enquête en vertu des dispositions de l'article 11 du code de procédure pénale. Ces pièces sont composées des procès-verbaux d'audition du requérant et de Mme A, son ancienne compagne par les services de police de Nevers, des procès-verbaux de notification d'ouverture, de prolongation et de fin de placement en garde à vue ainsi que d'une saisine de l'association aux fins d'évaluation d'une victime.
3. Toutefois, en l'absence de disposition le prévoyant expressément, l'article 11 du code de procédure pénale, qui n'est pas opposable au préfet qui ne concourt pas à la procédure pénale, ne peut faire obstacle au pouvoir et au devoir qu'a le juge administratif de joindre au dossier, sur production spontanée d'une partie, des éléments d'information recueillis dans le cadre d'une procédure pénale et de statuer au vu de ces pièces après en avoir ordonné la communication pour en permettre la discussion contradictoire. Par suite, à supposer même que ces pièces soient couvertes par le secret de l'instruction, les conclusions tendant à ce qu'elles soient écartées du dossier doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :
4. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Nièvre a donné délégation à M. Ludovic Pierrat, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Nièvre, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de M. Ludovic Pierrat, signataire de l'arrêté attaqué, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. M. C ne peut ainsi utilement faire valoir que la décision contestée n'aurait pas été notifiée dans une langue qu'il comprend et qu'il n'a pas pu bénéficier de l'assistance d'un interprète. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de même valeur juridique que le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et le Traité sur l'Union européenne, en vertu de l'article 6 de ce dernier : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Le requérant peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur les mesures d'éloignement envisagées.
8. Le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. S'agissant particulièrement des décisions de retour, le droit d'être entendu implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs susceptibles de justifier qu'une décision de retour ne soit pas prononcée à son encontre. Mais il n'implique pas l'obligation, pour l'administration, de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle est prise une décision faisant grief que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
9. En l'espèce, si M. C soutient qu'il a été privé du droit d'être entendu, il ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la mesure d'éloignement contestée. Il ressort en outre des pièces produites par le préfet que M. C, après y avoir été invité, a formulé des observations sur la mesure d'éloignement dont il était susceptible de faire l'objet lors de son audition par les services de police, le 10 mai 2024. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que le droit d'être entendu aurait été méconnu avant que ne soit prise la mesure d'éloignement litigieuse. Eu égard à l'objet de la mesure d'éloignement contesté, le requérant ne peut en outre utilement soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure tenant à la violation du secret de l'enquête de police et à l'atteinte à la présomption d'innocence. Les moyens tirés de la méconnaissance des droits de la défense et du droit d'être entendu doivent être écartés.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. C déclare être entré en France en 2019, soit il y a moins de cinq années à la date de la décision contestée. S'il se prévaut de sa relation avec Mme A, ressortissante française, et se prévaut de leur concubinage, il n'en justifie toutefois pas alors qu'il produit une attestation d'hébergement chez un ami, à Créteil, et que cette dernière a indiqué lors de son audition par les services de police de Nevers qu'ils sont séparés depuis plus d'un an. Il ressort également des pièces du dossier que M. C a été placé en garde à vue, le 9 mai 2024, à la suite d'un signalement de Mme A, pour des faits de menaces de morts réitérées, violences sur conjoint, dégradation de biens privés et détention de produits stupéfiants. Dans ces conditions, M. C, célibataire et sans charge de famille, ne démontre pas la réalité et l'intensité de ses liens sur le territoire français et n'établit pas ne plus avoir d'attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, c'est sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations précitées que le préfet de la Nièvre a pu lui faire obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (/ 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
13. Pour refuser à M. C l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de la Nièvre s'est fondé sur la circonstance que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement litigieuse. Il ressort des pièces du dossier que, le 9 mai 2024, M. C a été placé en garde à vue pour des faits de menaces de morts réitérées, violences sur conjoint, dégradation de bien privé et détention de produits stupéfiants, à la suite d'un signalement de son ancienne compagne au commissariat de Nevers, alors qu'il l'y suivait, en état d'ébriété. Lors de son audition par les services de police, M. C a nié l'ensemble des faits reprochés. À supposer même, au regard des versions contradictoires des anciens concubins lors de leurs auditions respectives, que ce comportement ne puisse être qualifié de menace à l'ordre public, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que M. C a déclaré vivre à Nevers alors qu'il produit une attestation d'hébergement d'un proche domicilié à Créteil, dans le Val-de-Marne. Il ne produit en outre aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, le préfet pouvait, au seul motif qu'il présente un risque de soustraction à la mesure d'éloignement litigieuse, et sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. C n'est pas fondé à exciper son illégalité au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision contestée.
15. En deuxième lieu, M. C ne peut utilement soutenir que la décision contestée porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. En tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 ci-dessus, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. Si M. C soutient qu'il encourrait des risques pour sa vie en retournant dans son pays d'origine dès lors qu'il y est menacé de mort, il n'établit pas la réalité et l'actualité de ses menaces. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
18. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. C n'est pas fondé à exciper son illégalité au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
20. M. C ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui pourrait faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant est présent depuis 2019 sur le territoire français, il ne démontre toutefois pas la réalité et l'intensité de ses liens sur le territoire français. S'il se prévaut de son concubinage avec une ressortissante française, cette dernière a indiqué lors de son audition par les services de police qu'ils étaient séparés. En outre, il produit à l'audience une attestation d'hébergement chez un ami situé dans un département distinct de celui où elle réside. Dans ces conditions, et alors même que le requérant n'aurait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
21. En dernier lieu, M. C soutient que la décision porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel d'asile dès lors qu'elle fait obstacle à ce qu'il revienne en France afin d'y solliciter une protection internationale. Il résulte toutefois des dispositions de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'intéressé peut solliciter à tout moment l'abrogation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Si cette demande n'est recevable que si l'intéressé réside hors de France, une telle condition n'est pas de nature à porter atteinte au droit d'asile dès lors que le refus d'entrée sur le territoire ne fait pas obstacle au dépôt d'une demande d'asile à la frontière, comme l'a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011, aux termes de laquelle il a, dans ses motifs et son dispositif, déclaré conformes à la Constitution les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'identique à l'article L. 613-7. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit constitutionnel d'asile doit être écarté.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation d'une décision portant refus de séjour sont réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Nièvre.
Lu en audience publique le 17 mai 2024 à 16h26.
La magistrate désignée,
É. Wolff
La greffière
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026