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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401356

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401356

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantBACH-WASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2024, M. A C, représenté par Me Bach-Wassermann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît son droit d'être entendu tel que protégé par le principe général du droit de l'Union européenne découlant de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il justifie du caractère réel et sérieux de son parcours universitaire et de ressources suffisantes conformément aux dispositions des articles L. 422-1 et R. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Philis a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 7 juin 1999, est entré en France le 8 septembre 2018 et s'est vu délivrer plusieurs titres de séjour portant la mention " étudiant " pour la période comprise entre le 4 décembre 2018 au 3 juillet 2023. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 28 décembre 2023. Par un arrêté du 3 avril 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Dans ces conditions, M. B était compétent pour signer la décision en litige. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Il résulte, toutefois, également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant avait des éléments utiles à faire valoir de nature à avoir une influence sur le sens de l'arrêté pris à son encontre et qu'il n'aurait pas pu mettre en avant lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. Si M. C entend se prévaloir d'un droit à rencontrer l'instructeur chargé de sa demande de régularisation, aucune stipulation ou disposition ne peut être regardée comme consacrant un tel droit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Aux termes de l'article R. 433-2 du même code : " L'étranger déjà admis à résider en France qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance de la carte de séjour temporaire correspondant au motif de séjour de la carte de séjour pluriannuelle dont il est détenteur et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. / () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. À cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

7. Pour refuser de renouveler le titre de séjour dont bénéficiait M. C en qualité d'étudiant, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur la circonstance qu'il ne justifiait pas de la réalité et du sérieux de ses études au regard de ses défaillances en troisième année à l'école nationale supérieure d'électricité et de mécanique de Nancy, y compris lors de son redoublement, et en deuxième année de master relative à l'ingénierie des systèmes complexes à la suite d'une réorientation de son parcours.

8. Il est constant qu'après avoir validé les deux premières années du diplôme d'ingénierie des systèmes numériques de l'école nationale supérieure d'électricité et de mécanique de l'Université de Lorraine, en 2018-2019 et en 2019-2020, M. C a redoublé sa troisième année. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été déclaré défaillant après son redoublement au titre de l'année universitaire 2021-2022. Cette circonstance a conduit M. C à se réorienter en master 2 " ingénierie des systèmes complexes ", à l'Université de Lorraine, lors de l'année universitaire 2022-2023, à l'issue de laquelle il a été de nouveau déclaré défaillant. Il s'est alors réorienté en s'inscrivant, à la date de la décision attaquée, à une formation dispensée par l'école IPSSI / IP-Formation " prépa mastère cybersécurité data ".

9. Pour justifier de ses échecs successifs en troisième année d'ingénierie des systèmes numériques, le requérant se prévaut de difficultés pour trouver un stage dans un contexte de crise sanitaire. Si M. C justifie avoir entrepris des démarches en vue de réaliser un stage dans le cadre de son cursus universitaire en 2020-2021, dans le contexte de l'épidémie du virus covid-19, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il ne justifie pas avoir entrepris de telles démarches en 2021-2022. Ainsi, les éléments qu'il produit ne suffisent pas à démontrer que ses échecs résulteraient de l'impossibilité de trouver un stage. Par ailleurs, sa réorientation en ingénierie des systèmes complexes s'est avérée infructueuse en raison d'absences injustifiées et de défaillances dans la majeure partie des épreuves qu'il a passées. Enfin, il est constant que M. C suit intégralement à distance la formation " prépa mastère cybersécurité data ". Dans ces conditions, et alors même que l'administration a omis de reporter, lors de son redoublement en 2021-2022, les résultats obtenus en 2020-2021 dans les matières " signaux et systèmes biomédicaux ", " traitement signal multidimensionnel " et " image compression et cryptage ", le requérant n'établit pas le caractère réel et sérieux de ses études. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées au point 6 en refusant de lui renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si M. C se prévaut d'attaches amicales en France, il ne démontre pas l'intensité des liens dont il dispose sur le territoire. Il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. De plus, sa présence en France résulte du bénéfice de titres de séjour délivrés en raison de ses études, lesquelles ne lui donnaient pas vocation à s'installer durablement en France. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à le supposer soulevé, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante, dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Bach-Wassermann et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

L. Philis

Le président,

O. Di Candia

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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