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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401366

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401366

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantCATHALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 17 juillet 2024, Mme C B, représentée par Me Cathala, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 4 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois et de lui remettre sans délai une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne respecte pas les orientations prévues par les arrêtés du 5 janvier et du 26 décembre 2017 puisque son appartenance ethnique n'a pas été prise en compte dans l'existence de l'accès aux soins en Serbie ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que sa décision entraîne sur la situation de sa fille mineure sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisque sa fille ne pourra pas obtenir de soins adaptés à son état de santé en Serbie en raison de son appartenance ethnique à la minorité albanaise ;

- la mesure d'éloignement emporte une rupture de soins thérapeutiques en méconnaissance de l'article 7-2 de la convention internationale des droits des personnes handicapées, de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mesure d'éloignement a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 3 juillet 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations en application de l'article L. 425-9-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une ordonnance en date du 30 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 juin 2024.

Par une ordonnance du 20 juin 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 22 juillet 2024.

Le mémoire enregistré le 22 août 2024 pour Mme B n'a pas été communiqué.

Par une décision en date du 31 mai 2024, la présidente du bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention des Nations Unies du 13 décembre 2006 relative aux droits des personnes handicapées ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance,

- et les observations de Me Cathala, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 26 juillet 1998, de nationalité serbe, est entrée en France le 27 décembre 2022 accompagnée de son époux, de même nationalité, et de leurs deux filles mineures. Le bénéfice de l'asile lui a été refusé le 20 avril 2023 par l'Office de protection des réfugiés et apatrides et le 11 septembre 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 10 mai 2023, elle a sollicité son admission au séjour en faisant valoir l'état de santé de sa fille A, née le 1er mars 2022. Elle demande l'annulation de la décision du 4 avril 2024 par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. " L'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé prévoit : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. "

3. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 31 mai 2024, postérieure à l'introduction de la requête, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit prononcée l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de la requérante sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :

4. L'arrêté contestée comprend l'énoncé des éléments de droit et de faits sur lesquels il se fonde. Cette motivation, qui est suffisante, ne révèle pas que la préfète de Meurthe-et-Moselle ait omis de procéder à un examen de la demande de Mme B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre le refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de ce dernier article : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Selon les termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". L'article R. 425-13 de ce même code prévoit que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ". Par ailleurs, selon les termes de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais recodifié à l'article L. 425-9 du même code : " L'avis du collège de médecins de l'OFII est établi sur la base du rapport médical élaboré par un médecin de l'office selon le modèle figurant dans l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné à l'article 2 ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire. / Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires ". Aux termes de l'article 4 du même arrêté : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale, mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 du CESEDA, sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences. / Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante. / Lorsque les conséquences d'une exceptionnelle gravité ne sont susceptibles de ne survenir qu'à moyen terme avec une probabilité élevée (pathologies chroniques évolutives), l'exceptionnelle gravité est appréciée en examinant les conséquences sur l'état de santé de l'intéressé de l'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France (rupture de la continuité des soins). Cette appréciation est effectuée en tenant compte des soins dont la personne peut bénéficier dans son pays d'origine ". Enfin , aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays () ".

6. Il résulte des dispositions précitées que lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens des dispositions précitées, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

7. Par un avis en date du 27 décembre 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, d'une part, que l'état de santé de la jeune A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle peut effectivement bénéficier de cette prise en charge en Serbie, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé, et, d'autre part, qu'elle peut voyager sans risque.

8. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il n'appartient pas au collège de médecins, tenu d'examiner l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé du pays d'origine, d'évaluer les difficultés personnelles du demandeur empêchant celui-ci d'accéder effectivement à l'offre de soins disponible. Par suite, le moyen tiré de ce que l'avis du collège de médecins serait entaché d'irrégularité en tant qu'il ne se prononce pas sur la possibilité d'accès effectif aux soins en Serbie du fait de l'origine albanaise de Mme B doit être écarté.

9. En second lieu, la requérante, qui ne conteste pas qu'une offre de soins adaptés à l'état de santé de sa fille existe en Serbie, ni que les caractéristiques du système de santé permettraient d'y accéder, fait valoir qu'un tel accès n'est pas effectif en raison des discriminations dont sont victimes les personnes appartenant à la minorité d'origine albanaise et qu'elle a quitté son pays alors que sa fille n'avait pu recevoir des soins adaptés à son état lors de son hospitalisation à Belgrade en 2022. Toutefois, ni l'attestation du 14 juin 2023 rédigée par un ressortissant serbe se présentant comme infirmier, ni l'attestation du conseil des droits de l'homme albanais faisant état d'une " méfiance préliminaire " des albanais à se faire soigner en Serbie en raison des relations tendues entre les deux ethnies, ne permettent d'établir que la fille de Mme B ne pourrait effectivement bénéficier des soins nécessaires. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'admettre la requérante au séjour doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Aux termes de l'article 7 de la convention susvisée relative aux droits des personnes handicapées : " 1. Les États Parties prennent toutes mesures nécessaires pour garantir aux enfants handicapés la pleine jouissance de tous les droits de l'homme et de toutes les libertés fondamentales, sur la base de l'égalité avec les autres enfants. 2. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants handicapés, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que la jeune A, âgée de vingt-cinq mois à la date de la décision contestée, souffre d'un polyhandicap neurologique sévère et définitif se traduisant par une hypotonie axiale majeure et des difficultés de prise alimentaire, associé à une leucomalacie périventriculaire et une épilepsie focale ayant nécessité son hospitalisation à sa naissance jusqu'à sa venue en France. Sa prise en charge médicale comprend un traitement par antiépileptiques et un suivi spécialisé en neuro-pédiatrie au service de médecine infantile du CHRU de Nancy. A la suite de son hospitalisation du 28 février au 12 mars 2024 pour des difficultés respiratoires, A a été équipée d'une sonde naso-gastrique en raison d'une aggravation des difficultés d'alimentation par voie orale, remplacée par une gastro-entérostomie percutanée le 1er mai suivant, et accompagnée de soins infirmiers quotidiens à domicile. Ces éléments, qui font état de la vulnérabilité particulière de l'enfant et de sa dépendance à l'égard d'un nouveau dispositif nécessitant une continuité des soins, ont été portés à la connaissance de l'administration dans le cadre de l'instance et attestent d'une situation de fait existant à la date de la décision contestée. Il en résulte qu'en obligeant Mme B à quitter le territoire français, la préfète de Meurthe-et-Moselle a méconnu l'intérêt supérieur de la jeune A.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français, que l'arrêté du 4 avril 2024 doit être annulé en tant qu'il fait obligation à Mme B de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Par le motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que la préfète de Meurthe-et-Moselle réexamine la situation de Mme B. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois.

Sur les frais du litige :

14. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cathala, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cathala de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 4 avril 2024 est annulé en tant qu'il oblige Mme B à quitter le territoire français.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Cathala la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Cathala.

Délibéré après l'audience du 27 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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