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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401400

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401400

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401400
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête de M. B, un ressortissant guinéen, contestant l'arrêté préfectoral du 11 avril 2024 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision de refus de séjour, fondée sur l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était légalement justifiée par la menace pour l'ordre public que constituait le comportement de l'intéressé, et que les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte et la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 mai 2024 et le 12 juin 2024, M. A B, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de de Vosges du 11 avril 2024 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la préfète a commis une erreur de fait dès lors que les faits de violence commis le 22 janvier 2019, le 2 juin 2022 et le 15 avril 2023 ne sont pas matériellement établis ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation en estimant que son comportement constitue une menace pour l'ordre public dès lors que les faits du 2 juin 2022 présentent un caractère isolé ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour ;

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

- il justifie de garanties de représentation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durand, rapporteur ;

- et les observations de Me Géhin, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 14 avril 2001 est entré en France en septembre 2017, alors qu'il était âgé de seize ans et s'est vu remettre un titre de séjour " travailleur temporaire ", régulièrement renouvelée jusqu'au 5 juillet 2022. Par l'arrêté litigieux du 11 avril 2024, la préfète des Vosges a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour du requérant, au motif que le comportement de ce dernier constitue une menace pour l'ordre public, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions d'annulation :

2. L'arrêté attaqué est signé par M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, auquel la préfète des Vosges a, par un arrêté du 28 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions en matière d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. En premier lieu, la décision contestée vise les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les considérations de fait ayant conduit la préfète des Vosges à estimer que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, pour considérer que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public, la préfète des Vosges s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé a été condamné à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence commis sur sa concubine le 2 juin 2021, par un arrêt devenu définitif de la cour d'appel de Nancy du 14 novembre 2023 ainsi que sur la circonstance que l'intéressé avait été interpellé pour des faits similaires le 22 janvier 2019 et le 15 avril 2023. M. B soutient que l'arrêt du 14 novembre 2023 a infirmé le jugement de première instance rendu par le tribunal correctionnel d'Epinal en tant qu'il avait reconnu sa culpabilité pour des faits de violence commis sur sa concubine entre le 1er janvier 2019 et le 1er juin 2021 et n'a reconnu sa culpabilité qu'à raison des seuls faits commis le 2 juin 2021. Par ailleurs, M. B ajoute que, lors de l'audience du 7 juin 2024, postérieurement à l'édiction de l'arrêté contesté, le tribunal correctionnel d'Epinal l'a relaxé des faits de violence suivi d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis sur sa compagne entre le 13 et le 14 avril 2023. Si les faits commis entre le 1er janvier 2019 et le 1er juin 2021 ainsi que ceux commis les 13 et 14 avril 2023 ne peuvent être considérés comme établis, ceux commis le 2 juin 2021 ont donné lieu au prononcé d'une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis, assortie de l'obligation de suivre un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple et sexiste. Au regard de la gravité et du caractère récent de ces faits, c'est sans commettre d'erreur de fait ni d'appréciation que la préfète des Vosges a pu considérer que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". () ".

7. M. B est entré en France alors qu'il était âgé de seize ans et réside dans ce pays depuis six ans au jour de la décision contestée. S'il se prévaut de la durée régulière de son séjour en France et de son insertion professionnelle, l'intéressé ne justifie d'aucun lien familial ou amical dans ce pays alors qu'il a été condamné de manière définitive par le juge pénal pour des faits de violences volontaires commis sur sa compagne. L'intéressé ne soutient pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et, ainsi qu'il l'a été dit, son comportement constitue une menace pour l'ordre public. L'arrêté attaqué ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, il convient également d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire, ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

11. En second lieu, pour priver M. B d'un délai de départ volontaire, la préfète des Vosges s'est fondé sur la circonstance que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Si l'intéressé soutient qu'il justifie de garanties de représentation, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause la légalité de la décision.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

13. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour, ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

14. En deuxième lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète doivent être écartés.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience publique du 4 juillet 2024 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président

D. Marti

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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