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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401493

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401493

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU OQTF 6 semaines
Avocat requérantGEHIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 22 mai 2024 sous le n° 2401491, Mme F B épouse A, représentée par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour et subsidiairement de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de cinquante euros par jour de retard dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête a été introduite dans le délai de recours contentieux ;

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la préfète n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ;

- la préfète a commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors même qu'aucun refus de titre de séjour lui a été notifié précédemment ;

- aucun refus de titre de séjour n'ayant été adopté dans l'arrêté contesté, la préfète ne pouvait prendre aucune mesure d'éloignement à son encontre ;

- la préfète ne pouvait prendre la mesure d'éloignement en litige alors qu'une demande de titre de séjour était en cours d'instruction ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B épouse A ne sont pas fondés.

Mme F B épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2024.

II- Par une requête enregistrée le 22 mai 2024 sous le n° 2401492, M. C A, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour et subsidiairement de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de cinquante euros par jour de retard dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soulève les mêmes moyens que son épouse dans la requête enregistrée sous le n° 2401491.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2024.

III- Par une requête enregistrée le 22 mai 2024 sous le n° 2401493, Mme D A, représentée par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour et subsidiairement de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de cinquante euros par jour de retard dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que ses parents dans les requêtes enregistrées sous le n° 2401491 et n° 2401492.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L.614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel des affaires à l'audience, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A sont des ressortissants albanais, nés respectivement les 5 octobre 1980 et 20 mars 1983. Ils ont déclaré être entrés en France le 20 décembre 2021, accompagnés de leurs trois enfants mineurs, dont l'aînée D A, née le 17 septembre 2003, qui est depuis devenue majeure. Ils ont chacun présenté une demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 17 février 2022, statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la suite de ces rejets, par des arrêtés du 12 avril 2022, la préfète des Vosges a pris une mesure d'éloignement à leur encontre. Mme F A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, sa demande a été jugée irrecevable à raison du retard avec lequel l'intéressée a présenté sa demande et la préfète a étudié sa demande en mesure de protection contre l'éloignement. La préfète des Vosges, au vu notamment de l'avis défavorable émis le 24 novembre 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par un arrêté du 29 février 2024, l'a obligée à quitter le territoire le territoire français dans un délai de trente jours sur le fondement des 1° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays de destination de son éventuelle reconduite d'office à la frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par deux arrêtés du même jour, la préfète des Vosges a également obligé M. A et Mme D A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur le fondement des dispositions des 1° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par trois requêtes, qu'il y a lieu de joindre, les consorts A demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les arrêtés attaqués sont signés par M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, auquel la préfète des Vosges a, par un arrêté du 31 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 1er février 2024, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions en matière d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si les consorts A soutiennent que les mesures d'éloignement prises à leur encontre ont été édictées sans qu'ils aient été préalablement entendus, ce moyen ne peut qu'être écarté dès lors que la préfète des Vosges justifie avoir sollicité préalablement les observations des requérants sur les mesures d'éloignement qu'elle envisageait de prendre.

4. En troisième lieu, les arrêtés litigieux énoncent avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 3°L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

6. Il ressort des termes des arrêtés en litige que la préfète des Vosges a notamment fondé les décisions portant obligation de quitter le territoire français sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant que les intéressés sont entrés irrégulièrement sur le territoire français et il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'à la date des décisions contestées, les intéressés justifiaient disposer d'un titre de séjour en cours de validité ou avoir sollicité le renouvellement d'un tel titre antérieurement à l'expiration de sa durée de validité. Ainsi, la préfète des Vosges pouvait légalement se fonder sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour décider l'éloignement des intéressés sans qu'y fasse obstacle la circonstance alléguée qu'ils seraient susceptibles d'entrer dans les prévisions du 3° du même article en raison du refus de séjour dont ils auraient dû faire l'objet. En outre, il ressort des pièces des dossiers et plus particulièrement des arrêtés contestés que la demande de titre de séjour présentée par Mme F A n'a pas été enregistrée par la préfète à raison de son caractère tardif et n'a donc pas fait l'objet d'un refus de séjour. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de leur situation personnelle ou aurait fait une inexacte application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. et Mme A se prévalent de la durée de leur présence en France, de la scolarisation de leurs enfants mineurs, de la promesse d'embauche dont bénéficie M. A et de leurs activités de bénévoles. Toutefois, les intéressés ne résidaient en France que depuis deux ans et deux mois à la date des décisions en litige et les attestations produites par les requérants ne justifient pas de liens particulièrement intenses et stables en France. En outre, il ne ressort pas des pièces des dossiers que les enfants, encore mineurs, ainsi que Mme D A ne pourraient pas s'adapter et poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, ces seuls éléments ne suffisent pas à établir qu'en les obligeant à quitter le territoire français, la préfète des Vosges a porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté. Pour les mêmes motifs, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions en litige sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation.

9. En sixième lieu, faute pour les consorts A d'établir l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français prononcées à leur encontre, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination devraient être annulées en conséquence d'une telle illégalité doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. En se bornant à soutenir que les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les requérants n'assortissent pas leur moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du 29 février 2024 doivent être rejetées. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes présentées par les consorts A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B épouse A, à M. C A, à Mme D A, à Me Géhin et à la préfète des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2401491 ; 2401492 ; 2401493

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