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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401507

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401507

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBLANVILLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Blanvillain, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation, dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas pris en compte tous les éléments relatifs à sa situation ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreurs de fait ;

- il n'existe pas de risque de fuite ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Cabecas, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cabecas ;

- les observations de Me Blanvillain, avocate de Mme B, qui reprend les moyens et conclusions de la requête et fait valoir en outre qu'elle est arrivée en France avec un visa et réside chez son frère depuis son arrivée, qu'elle dispose donc d'un domicile stable ; elle n'a pas sollicité de titre de séjour dès lors son employeur n'a pas présenté de demande d'autorisation de travail pour qu'elle obtienne un titre de séjour salarié ; elle ne présente pas de risques de fuite ; elle a une promesse d'embauche ;

- les observations de Mme B, assistée d'une interprète en langue arabe, qui indique résider chez son frère, ne pas avoir d'attaches en Algérie et vouloir rester en France et régulariser sa situation ;

- et les observations de M. C, représentant du préfet de la Moselle qui reprend les termes du mémoire en défense et fait en outre valoir que le visa de la requérante ne lui permettait pas de rester en France, qu'elle n'a pas mentionné la présence de son frère en France et n'établit pas les liens de parenté avec celui-ci, ses déclarations sont contradictoires quant à ses attaches en Algérie.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 8 janvier 1977, est entrée en France le 30 mars 2022. A la suite d'un contrôle d'identité et par l'arrêté contesté du 21 mai 2024, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant son pays de destination et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Placée en rétention administrative, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant de prononcer à son encontre les décisions en litige.

6. En troisième lieu, la circonstance que le préfet ait mentionné à tort la date du 1er mars 2022 au lieu du 30 mars comme date d'entrée en France de la requérante n'a pas eu d'incidence sur la légalité de la décision contestée.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B réside chez son frère qui est en situation régulière sur le territoire français. Toutefois, elle est arrivée récemment en France. S'il ressort des pièces du dossier que sa mère est décédée, elle n'établit pas qu'elle serait dépourvue d'autres attaches en Algérie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 45 ans. Elle ne produit par ailleurs aucun élément de nature à démontrer une intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa (), sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

10. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme B, le préfet de la Moselle s'est fondé sur les circonstances que la requérante s'était maintenue sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa, qu'elle était dépourvue de documents d'identité et d'une résidence stable et qu'elle ne disposait ainsi pas de garanties de représentation suffisantes.

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme B établit résider chez son frère, à Guénange, et que le préfet a ainsi entaché sa décision d'une erreur de fait en considérant qu'elle ne disposait pas d'un domicile fixe. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est maintenue sur le territoire au-delà de la durée de validité de son visa et qu'elle n'a pas produit de documents d'identité en cours de validité. Elle se trouvait ainsi entrer dans les cas prévus aux 2° et 8° de l'article L. 612-3 précité, permettant de regarder comme établi, sauf circonstance particulière, le risque qu'elle se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet de la Moselle aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur ces deux circonstances, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait inexactement apprécié sa situation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que la présence en France de Mme B est récente et qu'elle ne dispose pas d'une vie privée et familiale suffisante sur le territoire français. Dans ces conditions, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de la requérante et en fixant sa durée à un an, le préfet n'a inexactement apprécié la situation de Mme B. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant son pays de destination et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Blanvillain et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique, le 29 mai 2024 à 15 heures 50.

La magistrate désignée,

L. Cabecas Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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