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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401534

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401534

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401534
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU OQTF 6 semaines
Avocat requérantAARPI GARTNER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 24 mai 2024 à 22 heures 57, sous le n° 2401534, Mme B H D agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal de ses enfants mineurs Mme C et I F A, représentée par Me Jeandon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 en tant qu'il n'interdit pas le placement en rétention de ses enfants ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'arrêté a été pris en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la préfète s'est estimée en situation de compétence liée pour prononcer une mesure d'éloignement après le rejet de sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme H D ne sont pas fondés

Mme H D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024.

II- Par une requête enregistrée le 24 mai 2024 à 22 heures 30 sous le n° 2401535, M. F A G, agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal de ses enfants mineurs Mme C et I F A, représenté par Me Jeandon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète des Vosges l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 en tant qu'il n'interdit pas le placement en rétention de ses enfants ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soulève les mêmes moyens que son épouse dans sa requête enregistrée sous le n° 2401534.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, la préfète Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A G ne sont pas fondés.

M. A G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sousa Pereira,

- les observations de Me Jeandon, représentant Mme H D et M. A G, qui reprend les moyens et conclusions de sa requête ;

- et les observations de M. A G qui indique que la pratique de l'excision est très prégnante dans son pays d'origine et qu'il ne souhaite pas qu'une excision soit pratiquée sur sa fille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A G et Mme H D, ressortissants tchadiens nés respectivement les 5 août 1978 et 13 août 1997, sont entrés régulièrement sur le territoire français le 3 février 2023, accompagnés de leurs enfants, pour y présenter une demande d'asile. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions du 21 juillet 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), par des décisions du 3 avril 2024. A la suite de ces rejets, par des arrêtés du 22 avril 2024 dont M. A G et Mme H D demandent l'annulation, la préfète des Vosges leur a fait obligation, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront, le cas échéant, être reconduits et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. M. A G et Mme H D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 31 mai 2024. Par suite il n'y a pas lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes des arrêtés en litige que la préfète des Vosges a vérifié, au vu des éléments dont elle avait connaissance, qu'aucun élément de la situation personnelle et familiale de M. A G et Mme H D ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les seules circonstances, d'une part, que M. A G et Mme H D n'auraient pas été informés de la possibilité de demander un titre de séjour pour un autre motif que l'asile lors de l'enregistrement de leurs demandes d'asile en application des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, que ces arrêtés ne mentionnent pas la naissance, en France en octobre 2023, de la fille des requérants, alors que cette seule naissance n'était pas de nature à modifier l'appréciation portée par la préfète, ne suffisent pas à établir que celle-ci, qui s'est fondée sur la fin du droit au maintien des intéressés sur le territoire après le rejet de leurs demandes d'asile selon la procédure prioritaire, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A G et Mme H D.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes des décisions en litige que la préfète ne s'est pas estimée à tort tenu d'obliger les requérants à quitter le territoire français après le rejet de leurs demandes d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. En l'espèce, les décisions attaquées, qui n'ont pas pour objet et pour effet de séparer les enfants des requérants de ces derniers, ne peuvent être regardées comme n'ayant pas suffisamment pris en compte l'intérêt supérieur de ces enfants.

7. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ayant repris les dispositions de l'article L. 513-2 du même code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

8. Les requérants soutiennent qu'en cas de retour dans leur pays d'origine, leurs filles mineures risquent de subir une excision. Toutefois, leur seul récit et leurs affirmations générales relatives à la prévalence de la pratique de l'excision au Tchad, ne suffisent pas à établir la réalité et le caractère personnel des risques ainsi invoqués. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions présentées par les enfants de M. A G et Mme H D, que ces derniers ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 22 avril 2024 pris par la préfète des Vosges. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu d'admettre M. A G et Mme H D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A G et Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H D, à M. F A G, à Me Jeandon et à préfète des Vosges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne à la Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2401534 et 2401535

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