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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401557

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401557

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401557
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantAMM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 et 29 mai 2024, Mme A C B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une période d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de la part contributive au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision de refus d'un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elles est entachée d'erreur d'appréciation en ce qui concerne le risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Davesne,

- les observations de Me Amm, avocate désignée d'office représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, sauf à renoncer au moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ; Mme B sollicite, en outre, le bénéfice, à titre provisoire, de l'aide juridictionnelle ;

- et les observations de M. D, représentant le préfet du Nord qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1 Mme B, ressortissante vietnamienne née en 2002, est entrée en France le 10 mai 2024 et a été interpellée sur le littoral dunkerquois alors qu'elle tentait de se rendre irrégulièrement au Royaume-Uni, puis placée au centre de rétention administrative de Metz le 11 mai 2024. Par un arrêté du 27 mai 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Nord l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une période d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. L'arrêté du 27 mai 2024 comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français. Cette décision est ainsi suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté. Enfin, cette motivation ne révèle pas un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme B.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, il résulte du point 4 que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :

() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est arrivée irrégulièrement sur le territoire français le 10 mai 2024 avec l'intention de se rendre au Royaume Uni et ne justifie d'aucun lieu de résidence en France. Ainsi, le préfet du Nord était fondé à refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme B au motif qu'elle ne présente pas de garanties de représentation suffisantes au sens du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il existe un risque qu'elle se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire dont elle fait l'objet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 6 doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte du point 4 que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles repose la décision fixant le pays de destination. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte du point 4 que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une période d'un an est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

() ".

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'est présente sur le territoire français que depuis le 10 mai 2024 et ne dispose d'aucun lien avec la France où elle n'avait pas l'intention de demeurer. Compte tenu du fait que Mme B n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et alors que sa présence sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les autres conclusions de la requête :

13. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B.

14. Il y a lieu également, par voie de conséquence de ce qui précède de rejeter les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 4 juin 2024 à 14 heures 55.

Le président du tribunal,

S. Davesne

La greffière,

L. Bourée

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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