mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401565 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CHAIB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 29 mai et 10 juin 2024, Mme B, représentée par Me Chaïb, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités portugaises responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assignée à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de 45 jours, renouvelable trois fois ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, afin de lui permettre de voir sa demande d'asile examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de séjourner sur le territoire français dans l'attente de la réponse de l'Office ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
Sur les moyens dirigés contre l'arrêté portant transfert :
- l'auteur de l'arrêté attaqué est incompétent pour en être le signataire ;
- elle n'a pas eu communication des informations prévues à l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 avant l'entretien ;
- elle n'a pas bénéficié d'un entretien individuel avant la notification de l'arrêté, en méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur les moyens dirigés contre l'arrêté portant assignation à résidence :
- elle devra être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté portant transfert ;
- l'auteur de l'arrêté attaqué est incompétent pour en être le signataire ;
- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Di Candia, magistrat désigné ;
- les observations de Me Chaïb, qui reprend ses conclusions et moyens soulevés dans ses écritures, en précisant que dès lors qu'elle n'a pas disposé de l'ensemble des informations prévues à l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que seules les grandes lignes de celles-ci lui ont été traduites et qu'elle indique n'avoir pas compris la teneur de celles-ci, que la décision méconnaît l'article 17 du même règlement dès lors que son mari, de même nationalité qu'elle, vit régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour de quatre ans, qu'elle est dans un état de vulnérabilité particulier, dès lors qu'elle vient de faire une fausse couche, et que la décision portant assignation à résidence est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur d'appréciation dès lors que le fait de pointer deux fois par semaine à Nancy, alors qu'elle réside avec son mari à Haroué, fait peser sur elle des sujétions disproportionnées.
- et les observations de Mme A, assistée d'un interprete en langue Cinghalaise.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à 14h12, à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 14 novembre 1984, de nationalité sri lankaise, entrée en France le 17 novembre 2023, s'est présentée au guichet unique de la préfecture de la Moselle le 6 février 2024 pour y déposer une demande d'asile. La consultation du fichier VIS a fait apparaître qu'elle était en possession d'un visa délivré par les autorités portugaises, périmé depuis moins de six mois au moment du dépôt de sa demande d'asile. Saisies le 12 février 2024 d'une demande de prise en charge, ces dernières ont donné leur accord, le 4 avril 2024, sur le fondement de l'article 12-4 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé. Le 3 mai 2024, la préfète du Bas-Rhin a pris à l'encontre de la requérante deux arrêtés, le premier portant transfert de l'intéressée aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demandes d'asile, le second portant assignation à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les autres conclusions :
4. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ".
5. Même si le cas du demandeur d'asile ne relève pas des articles 8 à 11 ou 16 du règlement du 26 juin 2013, les liens familiaux existant entre lui et les personnes ayant présenté une demande d'asile en France peuvent justifier que soit appliquée par les autorités françaises la clause dérogatoire de l'article 17, paragraphe 1, ou la clause humanitaire définie à l'article 17, paragraphe 2. En outre, la mise en œuvre par les autorités françaises tant du paragraphe 1 que du paragraphe 2 de l'article 17 doit être assurée à la lumière des exigences définies par le second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, aux termes duquel : " les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ".
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité, que Mme A a signalé que son époux résidait en France sous couvert d'un titre de séjour travailleur. Il ressort des pièces du dossier que Mme A et son époux sont mariés depuis le 26 octobre 2022. La circonstance que les parcours migratoires des intéressés et la date de leur entrée sur le territoire français soient différents ne remet pas en cause la réalité de leur lien conjugal. Enfin, Mme A justifie, par les documents médicaux qu'elle produit, avoir fait une fausse couche le 27 mars 2024. Il ressort de ce qui précède que la requérante est fondée à soutenir que, dans les circonstances particulières de l'espèce, en ne faisant pas usage de la faculté dérogatoire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, la préfète du Bas-Rhin a entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé de transférer Mme A aux autorités portugaises doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté, dépourvu de base légale, portant assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui annule les arrêtés du 3 mai 2024 de la préfète du Bas-Rhin, implique nécessairement, eu égard à ses motifs, en application notamment du second alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que la préfète du Bas-Rhin délivre à Mme A une attestation de demande d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Mme A obtienne définitivement l'aide juridictionnelle et que Me Chaïb, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Chaïb de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme A.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du 3 mai 2024 par lesquels la préfète du Bas-Rhin a décidé le transfert de Mme A aux autorités portugaises et l'a assignée à résidence sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer une attestation de demande d'asile à Mme A dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et que Me Chaïb renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Chaïb, avocate de Mme A, une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme A.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Chaïb et à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
Le magistrat désigné,
O. Di Candia
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est, préfète de la zone de défense et de sécurité Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026