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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401586

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401586

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mai et 5 juin 2024, M. B A, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, Me Thalinger, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté contesté dans son ensemble :

- il est entaché du vice d'incompétence de son auteur ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation au regard des stipulations de l'article 6 5) de l'accord franco-algérien et de celles l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation au regard du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa présence en France ne constituant pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation liée à la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas un risque de fuite.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à son principe, des circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative s'abstienne de prendre une telle interdiction, et quant à sa durée, eu égard à son état de santé et alors que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 et 5 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bourjol, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourjol,

- les observations de Me Thalinger, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ; il insiste sur l'illégalité du refus de titre de séjour par voie d'exception ; la mesure d'éloignement est insuffisamment motivée au regard des nouvelles dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la seule circonstance que le requérant se soit soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement n'est pas un obstacle à l'octroi d'un délai de départ volontaire.

- les observations de M. C, représentant la préfète du Bas-Rhin, qui conclut au rejet de la requête de M. A, et reprend les moyens du mémoire en défense.

- et les observations de M. A lui-même.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 28 mai 1989, est entré en France le 9 octobre 2015 muni d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française avant qu'il ne divorce de son épouse en août 2016. Le 16 août 2017, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du 7°) de l'accord franco-algérien au titre de son état de santé. Par un arrêté du 28 mai 2018, le préfet du Bas-Rhin a refusé à M. A la délivrance de ce titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement n°1804158 du 25 octobre 2018 du tribunal administratif de Strasbourg, puis par un arrêt n°19NC01015 du 18 juin 2020 de la cour administrative d'appel de Nancy. Par un arrêté du 17 novembre 2020, la préfète du Bas-Rhin a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours formé par M. A contre cet arrêté a été rejeté par un jugement n°2101486 du 4 mai 2021 du tribunal administratif de Strasbourg, confirmé par un arrêt n°21NC02654 du 18 mars 2022 de la cour administrative d'appel de Nancy. Le 22 septembre 2023, M. A a alors présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du l'arrêté du 29 mai 2024, dont M. A, placé au centre de rétention administrative de Metz, demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans le cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 614-8 de ce code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec () une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures ". Aux termes de l'article L. 614-9 du même code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin () statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. /(). Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. () Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du préfet portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que des conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 dont elles sont assorties. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de séjour. Ainsi, il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation des décisions du 29 mai 2024 portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par suite, les conclusions de M. A dirigées contre le refus de délivrance d'un titre de séjour contenu dans l'arrêté du 29 mai 2024 de la préfète du Bas-Rhin ainsi que les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, en tant que ces dernières se rapportent à la décision de refus de séjour doivent être réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs de légalité externe :

6. En premier lieu, par un arrêté du 7 mai 2024, publié au recueil des actes administratifs du département du Bas-Rhin le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, en son article 1er, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des mesures concernant la défense nationale, des ordres de réquisitions du comptable public et des arrêtés de conflit. Par suite, M. Mathieu Duhamel était compétent pour signer les décisions contestées contenues dans l'arrêté du 29 mai 2024. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté, en tant qu'il porte obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de renvoi et fait interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

7. En second lieu, M. A soutient que l'arrêté contesté a été pris au terme d'une procédure irrégulière, faute pour la préfète du Bas-Rhin de lui avoir notifié cet arrêté dans une langue qu'il comprend. Toutefois, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article article L 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit./ Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

9. La décision par laquelle la préfète du Bas-Rhin a fait obligation au requérant de quitter le territoire français, qui vise les dispositions du 3° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dont la motivation en fait se confond avec celle de la décision portant refus de séjour, comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Cette décision est ainsi suffisamment motivée et le moyen doit, par suite, être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

11. Pour édicter une mesure d'éloignement à l'encontre de M. A, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur la circonstance que le requérant était défavorablement connu des services de police notamment pour avoir fait usage de faux documents administratifs. S'il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une ordonnance pénale assortie d'une amende de 300 euros, ces faits ne sont de nature, à eux seuls et de par leur nature, à caractériser une menace à l'ordre public. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir qu'en prenant la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de droit. Toutefois, le requérant ne peut sérieusement soutenir qu'il résidait régulièrement en France à la date de la décision attaquée, dès lors qu'il ressort des motifs mêmes de l'arrêté contesté qu'il a fait l'objet de deux précédents refus de titre de séjour. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin aurait pu prendre une mesure d'éloignement sur le fondement des seules dispositions du 3° l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans entacher sa décision d'un défaut d'examen de sa situation et d'erreurs de droit et d'appréciation.

12. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

13. Si M. A, entré en France en octobre 2015 en qualité de conjoint d'une ressortissante française, dont il a divorcé l'année suivante, se prévaut de la présence en France de sa grand-mère et de deux de ses tantes, il est constant qu'il est célibataire et sans enfant, que sa mère, son frère et sa sœur résident toujours en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Il ne démontre pas avoir d'autres liens familiaux et personnels en France. En outre, il ressort des pièces du dossier que la durée de son séjour en France est en partie liée à son refus d'exécuter deux précédentes mesures d'éloignement. En produisant une promesse d'embauche pour un emploi de maçon, ainsi que des bulletins de paie comme agent d'entretien, emploi qu'il ne conteste pas avoir obtenu en présentant un faux titre de séjour italien, ainsi qu'il l'a lui-même déclaré lors de son audition le 29 mai 2024, le requérant ne justifie pas d'une réelle insertion professionnelle. Dans ces conditions, nonobstant la durée de sa présence en France, la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport au but en vue duquel la décision a été prise.

14. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir, par la voie de l'exception d'illégalité du refus d'admission au séjour au regard de l'article 6 5) de l'accord-franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre doit être annulée.

15. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 13 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

16. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

17. En premier lieu, l'arrêté contesté vise l'article L. 612-2 et l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels la décision refusant un délai de départ volontaire se fonde et précise que M. A se maintient irrégulièrement sur le territoire, qu'il n'a pas exécuté deux précédentes mesures d'éloignement et qu'il n'a pu présenter aux services de police lors de son audition un document d'identité valide ou un justificatif de domicile. Par suite, la décision comprend les éléments de droit et de faits sur lesquels elle se fonde et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

18. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Bas-Rhin a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. A sur le fondement des 3° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, motifs pris de ce qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et de ce qu'il s'est soustrait à l'exécution de deux mesures d'éloignement prises à son encontre par arrêtés du 28 mai 2018 et du 17 novembre 2020, et sur le fondement du 8° du même article, faute pour l'intéressé de pouvoir justifier disposer d'un logement et de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. M. A ne peut donc utilement faire valoir, à l'appui de la contestation de cette décision, que son comportement ne constituerait pas une menace à l'ordre public. Si M. A conteste le fait qu'il ne justifiait pas d'une résidence effective et de documents d'identité ou de voyage en cours de validité, il ne conteste pas en revanche les autres motifs à raison desquels la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de ce que la préfète aurait à tort regardé comme établi le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut donc qu'être écarté.

19. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A réside régulièrement en France à la date de la décision contestée, compte tenu du rejet de son recours contre le précédent refus de titre de séjour, dont la légalité a été confirmée par un arrêt du 18 mars 2022 de la cour administrative d'appel de Nancy. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché la décision en litige d'une erreur de fait pour avoir mentionné que l'intéressé se maintenait sur le territoire national en situation irrégulière. M. A ne conteste pas avoir fait usage d'un faux titre de séjour italien, faits pour lesquels il fait l'objet d'une ordonnance pénale, ni n'avoir pu présenter lors de son audition le 29 mai 2024 aux services de police un document d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

20. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

21. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que le requérant est de nationalité algérienne et qu'il n'établit pas encourir des risques de traitement inhumain ou dégradant en cas de retour en Algérie. Dès lors que la décision comporte l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ladite décision doit être écarté.

22. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il doit être écarté.

23. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 13 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

25. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

26. En premier lieu, la décision attaquée comporte de manière suffisante les considérations de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, en plus de viser les dispositions précitées, elle mentionne que la présentation de faux documents d'identité ou d'état civil tend à caractériser une menace pour l'ordre public, que si le requérant est présent sur le territoire national depuis 2015, il a toutefois fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement auxquelles il s'est soustrait, qu'il ne justifie pas de liens suffisamment stables en France et n'établit pas l'existence de circonstances humanitaires particulières.

27. En deuxième lieu, M. A ne justifie pas avoir tissé de liens d'une particulière intensité, anciens et stables sur le territoire français, hormis avec sa grand-mère, et il a fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutées. Les circonstances invoquées que la préfète n'a pas pris en compte les liens du requérant sur le territoire, son état de santé et le suivi médical dont il bénéficie en France ainsi que l'emploi d'agent d'entretien qu'il occupait, ne sauraient être regardées comme des circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction de la mesure contestée. Si le requérant est fondé, ainsi qu'il a été dit au point 11, à soutenir que la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée en l'espèce, la préfète pouvait néanmoins, au regard des autres motifs de sa décision, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. Dans ces conditions, en dépit de la durée de sa présence sur le territoire national, le requérant n'établit pas que la préfète du Bas-Rhin aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

28. En troisième et dernier lieu, s'il est exact que M. A est régulièrement entré sur le territoire national muni d'un visa en qualité de conjoint de français, toutefois, les conditions d'entrée en France ne sont pas au nombre des motifs justifiant l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait dont serait entachée la décision attaquée pour avoir mentionné qu'il était entré irrégulièrement en France doit être écarté comme inopérant.

29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre des décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retour doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative qui s'y rapportent.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au séjour sont réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Thalinger, et à la préfète du Bas-Rhin.

Lu en audience publique le 5 juin 2024 à 14 heures 50.

La magistrate désignée,

A. Bourjol

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°241586

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