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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401623

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401623

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLE FOYER DE COSTIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2024, M. B C et Mme D C, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 22 mai 2024 par laquelle la commission de l'académie de Nancy-Metz a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire contre la décision de la directrice académique des services de l'éducation nationale des Vosges du 12 avril 2024 rejetant leur demande d'autorisation d'instruction en famille au bénéfice de leur fils A C, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision

2°) à titre principal, d'enjoindre au recteur de l'académie de Nancy-Metz de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille au bénéfice de leur fils A, sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation nationale ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation de leur fils ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est établie dès lors que, notamment, une inscription en école privée est privilégiée et qu'ils ne pourront pas récupérer les frais engagés si l'autorisation finissait par leur être accordée et qu'ayant toujours été instruit en famille, leur fils A, habitué à une pédagogie spécifique, devra supporter un bouleversement dans ses conditions d'instruction ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que : l'administration a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation en portant à tort une appréciation sur la situation propre à leur enfant, alors qu'elle ne devait contrôler que l'adaptation du projet éducatif au regard de la situation propre décrite ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il y a bien une situation propre à l'enfant justifiant que lui soit accordée l'autorisation, ce qui constitue une violation de l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le recteur de l'académie de Nancy-Metz conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés par M. et Mme C n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 31 mai 2024 sous le n° 2401617 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision du 22 mai 2024 ;

Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, en application de l'article 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marti,

- et les observations de Me Barrau Azéma, représentant les requérants ;

- et les observations de M. E, représentant le recteur d'académie de Nancy-Metz ;

La clôture de l'instruction a été fixée au jeudi 20 juin 2024 à 18h00.

Un mémoire a été présenté " le 20 juin 2024 par le recteur de l'académie de Nancy-Metz et a été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, parents de A né le 11 juillet 2018, ont présenté le 2 mars 2024 une demande d'instruction en famille, au motif de l'existence d'une situation propre à leur fils motivant un projet éducatif. Cette demande a été rejetée le 12 avril 2024 par la directrice académique des services de l'éducation nationale des Vosges. M. et Mme C ont formé le 25 avril 2024 un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Ce recours a été rejeté le 22 mai 2024 par la commission prévue à l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation. Par leur requête, les requérants demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension du rejet de leur recours administratif préalable obligatoire le 22 mai 2024.

Sur les conclusions à fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette urgence s'apprécie objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et à la date à laquelle le juge des référés est appelé à se prononcer.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision du 22 mai 2024, les requérants se bornent notamment à soutenir que la scolarisation dans un établissement d'enseignement public ou privé aurait pour effet de bouleverser les conditions d'instruction de leur fils A qui est habitué depuis trois ans à l'instruction en famille sans toutefois faire état d'aucune circonstance particulière, notamment de nature médicale ou comportementale, qui ferait obstacle à l'inscription de leur fils A dans un établissement d'enseignement général. En particulier, les intéressées n'établissent pas en quoi l'engagement d'une scolarisation classique serait contre-indiqué compte tenu de la sensibilité au bruit dont serait atteint leur fils. En outre, s'ils invoquent un risque d'interruption dans la pédagogie spécifique utilisée pour son éducation, ils se bornent à évoquer la méthode Mason sans établir qu'un tel motif soit suffisant. De plus, si les requérants soutiennent que l'apprentissage par leurs fils de l'anglais ne pourra qu'être interrompu par son entrée dans une école, ils ne démontrent pas en quoi cet apprentissage ne pourrait pas se faire dans un cadre familial en dehors des horaires scolaires, alors au demeurant que les intéressés se prévalent de la double nationalité franco-américaine de leur fils. Enfin, s'ils font valoir que la décision attaquée implique l'inscription de leur enfant au sein d'un établissement scolaire et que, dans la mesure où ils privilégient une inscription dans une école privée, il leur faudrait débourser des frais d'inscription non remboursables même dans le cas où l'autorisation sollicitée leur serait finalement accordée, cette circonstance, qui résulte au demeurant du choix de scolarisation opéré par les intéressés, ne saurait caractériser une atteinte grave et immédiate à leur situation. Dans ces conditions, alors que l'instruction en famille ne constitue pas une composante du principe fondamental, reconnu par les lois de la République, de la liberté de l'enseignement, ainsi que l'a énoncé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2021-823 DC du 13 août 2021 et que la décision en litige n'a pas pour objet ni pour effet, de priver le fils des requérants de son droit à l'instruction, M. et Mme C n'établissent pas que la décision attaquée serait de nature à porter atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à la situation de leur enfant.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution du refus d'autorisation d'instruction dans la famille doivent être rejetées de même que les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et Mme D C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée, pour information, au recteur de l'académie de Nancy-Metz.

Fait à Nancy, le 26 juin 2024,

Le juge des référés

D. Marti

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2401623

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