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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401627

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401627

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 3 juin 2024 sous le n° 2401627, M. B C, représenté par Me Issa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a implicitement refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour née du silence gardé sur sa demande du 15 mai 2024 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Issa, avocat de M. C, de la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridiction totale par une décision du 31 mai 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. C.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a implicitement refusé de délivrer à M. C un récépissé de demande de titre de séjour, cette décision étant inexistante.

II. Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024 sous le n° 2402144, M. C, représenté par Me Issa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation administrative, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente de ce réexamen, de le mettre immédiatement en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Issa, avocat de M. C, de la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la possession d'un titre de séjour en cours de validité n'est pas exigée pour la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés et sollicite une substitution de base légale dès lors que la décision portant refus de titre de séjour aurait également pu être fondée sur les dispositions de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- et les observations de Me Issa, avocat de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 11 mars 1994, est entré en France en 2018 muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Il a ensuite bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 5 novembre 2019 au 4 novembre 2021. Le 15 mai 2024, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ses requêtes, qu'il y a lieu de joindre, il demande l'annulation d'une part de la décision par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a implicitement refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et d'autre part de l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur la requête n° 2401627 :

2. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. () ". Aux termes de l'article R. 431-2 du même code : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. () " Aux termes de l'article R. 431-12 de ce code, applicable aux demandes présentées sans recours au téléservice mentionné à l'article R. 431-2 : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. ". Enfin, aux termes de l'article R. 431-15-1 du même code, applicable aux demandes présentées au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. "

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C a sollicité, le 15 mai 2024, un titre de séjour au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la demande d'un titre de séjour au moyen de ce téléservice ne donne pas lieu à la délivrance d'un récépissé, mais d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Dès lors, le silence gardé par la préfète de Meurthe-et-Moselle sur la demande de titre de séjour de M. C n'a pas donné lieu à un refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour, mais à un refus de délivrance d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Par suite, par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler une décision inexistante. Dans ces conditions, si la circonstance qu'il a été statué sur la demande de titre de séjour de M. C par une décision expresse ne suffit pas à priver d'objet la présente requête, contrairement à ce que soutient la préfète, la requête de M. C doit en revanche être rejetée comme irrecevable.

Sur la requête n° 2402144 :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Dans ces conditions, M. A était compétent pour signer la décision en litige. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas examiné de façon individuelle, sérieuse et complète la situation de M. C.

7. En quatrième lieu, M. C se prévaut de sa présence en France depuis 2018 et de ses diplômes obtenus à l'Université de Lorraine. S'il soutient qu'il est parfaitement inséré dans la société française, qu'il est marqué par la culture française et qu'il a tissé des relations amicales, il ne produit aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle. De même, et alors qu'il ne fait état d'aucune attache familiale en France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; / 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. " Aux termes de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger sollicitant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-10 de ce code doit fournir : " -carte de séjour portant la mention " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " en cours de validité ou visa de long séjour valant titre de séjour validé en ligne ; ".

9. Pour refuser à M. C la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", la préfète s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé n'avait pas produit de titre de séjour en cours de validité. Toutefois, les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas la délivrance de ce titre de séjour à la circonstance que l'étranger dispose d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

10. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

11. La préfète sollicite une substitution de base légale et soutient que, pour refuser de délivrer à M. C le titre sollicité, elle pouvait se fonder sur la circonstance qu'il ne produisait pas de carte de séjour en cours de validité ou de visa long séjour valant titre de séjour en application de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a pour seul objet de récapituler les pièces justificatives à fournir selon les catégories de titre de séjour et ne saurait ajouter une condition supplémentaire à l'octroi du titre sollicité. Or, il n'est exigé par aucun texte législatif ou réglementaire que l'étranger soit en possession d'un titre de séjour en cours de validité pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Par suite, il ne saurait être procédé à la substitution de base légale sollicitée en défense.

12. Toutefois, la préfète s'est également fondée, pour rejeter la demande de M. C, sur la circonstance que celui-ci n'avait pas satisfait à l'obligation qui lui avait été faite par arrêté du 23 décembre 2022 de quitter le territoire français. M. C ne conteste pas utilement ce second motif. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

14. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, elle est suffisamment motivée.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions doit être écarté.

18. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par suite, les conclusions de sa requête n° 2402144 doivent être rejetées, y inclus ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Issa et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Samson-Dye, présidente,

- M. Bastian, conseiller,

- Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. Bastian

La présidente,

A. Samson-Dye

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2401627, 2402144

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