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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401633

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401633

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAARPI GARTNER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, la préfète des Vosges demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution du permis de construire qui a été tacitement accordé par le maire de la commune de Cheniménil à la société civile immobilière (SCI) Saint Michel, le 1er septembre 2021 en vue d'aménager un logement dans un ancien local industriel situé 41 rue de la filature.

Elle soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie dès lors qu'en vertu de l'article L.600-3 du code de l'urbanisme, elle est présumée être satisfaite ;

- est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée le moyen tiré de ce que la parcelle AK 53 sur laquelle porte le permis de construire en litige se situe en zone rouge du plan de prévention des risques naturels d'inondation de la Vologne, dans lequel l'aménagement de locaux d'habitation est interdit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, la SCI Saint Michel, représentée par Me Rémy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le recours au fond est irrecevable, ce qui rend infondé le référé-suspension ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que les travaux autorisés sont quasiment achevés ;

- le moyen soulevé n'est pas propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le déféré préfectoral enregistré 25 avril 2024 sous le n° 2401234 ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le 19 juin 2024 à 9h15 :

- le rapport de M. Davesne, juge des référés,

- les observations de M. A, représentant la préfète des Vosges qui conclut aux mêmes fins que la requête ;

- les observations de Me Romero-Breuil, avocat de la commune de Cheniménil, qui conclut à la suspension de l'exécution de la décision contestée ;

- et les observations de Me Rémy, avocat de la SCI Saint Michel, qui conclut au rejet de la requête par la même argumentation que celle exposée dans ses observations écrites en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 19 juin 2024 à 9h50.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, la préfète des Vosges demande la suspension de l'exécution du permis de construire tacitement accordé par le maire de la commune de Cheniménil à la SCI Saint Michel, le 1er septembre 2021. Si ces conclusions ont été fondées par la préfète des Vosges sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative, elles doivent être regardées comme présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 554-1 du même code qui régissent de manière exclusive les demandes de suspension présentées par un préfet.

2. Aux termes de l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes des communes sont régies par le 3e alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales ". Et aux termes du 3ème alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. () ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le permis de construire tacitement accordé à la SCI Saint Michel par le maire de Cheniménil a été retiré par un arrêté du 26 novembre 2021. Cet arrêté a été annulé en raison de la méconnaissance de la procédure contradictoire, par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 23 janvier 2024 qui a eu pour effet de remettre en vigueur le permis de construire tacite. Ce jugement n'a pas été notifié à la préfète des Vosges qui n'était pas partie à l'instance. En l'absence de tout élément au dossier sur la date à laquelle le permis tacite a été transmis à la préfecture, à supposer qu'il ait été, et alors que la préfète des Vosges fait valoir qu'elle n'a eu connaissance de la remise en vigueur de ce permis que le 22 mars 2024, le déféré préfectoral tendant à l'annulation de ce permis tacite, enregistré le 25 avril 2024, ne peut, en l'état de l'instruction, être regardé comme tardif. Ainsi, la SCI Saint Michel n'est pas fondée à soutenir que le déféré suspension doit, pour ce motif, être rejeté comme mal fondé.

4. En deuxième lieu, les dispositions citées au point 2 ne subordonnent pas la suspension d'un acte d'une commune à la demande du préfet à la condition d'urgence. Ainsi, la SCI Saint Michel ne peut utilement soutenir que la condition d'urgence n'est pas remplie.

5. En troisième lieu, en l'état de l'instruction, parait propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée le moyen tiré de ce que le permis de construire tacite est illégal au motif qu'il autorise des travaux dans un bâtiment situé en zone rouge du plan de prévention des risques naturels d'inondation de la Vologne dans laquelle sont interdites la création et l'aménagement de locaux d'habitation, y compris par changement de destination.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution du permis tacite accordé par le maire de Cheniménil à la SCI Saint Michel le 1er septembre 2021.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 3 000 euros demandée par la SCI Saint Michel soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution du permis de construire qui a été tacitement accordé par le maire de la commune de Cheniménil à la société civile immobilière Saint Michel, le 1er septembre 2021 en vue d'aménager un logement dans un ancien local industriel situé 41 rue de la filature, est suspendue.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SCI Saint Michel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète des Vosges, à la SCI Saint Michel et à la commune de Cheniménil.

Copie en sera transmise, conformément aux dispositions de l'article R. 522-14 du code de justice administrative, au procureur de la République près le tribunal judiciaire des Vosges.

Fait à Nancy, le 21 juin 2024.

Le président, juge des référés,

S. Davesne

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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