lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401666 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | JACQUIN |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 5 juin 2024 à 19h23 sous le n° 2401665, Mme F D, représentée par Me Jacquin, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, a prononcé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, l'a assignée à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois ;
4°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale et le formulaire de demande d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Jacquin, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités croates :
- la compétence de la signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- cette décision lui a été notifiée dans des conditions irrégulières ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la préfète ne justifie pas avoir réalisé son entretien individuel en présence d'un interprète ;
- elle n'a pas été informée de l'application du règlement Dublin lors du dépôt de sa demande d'asile en France en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ce qui l'a privée d'une garantie ;
- la préfète doit justifier de la demande de reprise en charge adressée aux autorités croates, et de la consultation du fichier Eurodac, dans les conditions fixées par les articles 21 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnaît l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013, dès lors que son époux ne saurait être séparé de ses enfants qui ont le statut de réfugié en France ;
- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de son conjoint et méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'article 6 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'État français pouvait décider d'étudier sa demande d'asile en application de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors que l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas visé ;
- l'obligation de pointage qui lui est faite n'est pas nécessaire et proportionnée et porte atteinte à son droit de circulation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 5 juin 2024 à 19h26 sous le n° 2401666, M. B E, représenté par Me Jacquin, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, a prononcé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois ;
4°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale et le formulaire de demande d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Jacquin, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient les mêmes moyens que la requête n°2401665.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bourjol, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bourjol, magistrate désignée,
- les observations de Me Jacquin, représentant M. E et Mme D, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. E et Mme D, assistés d'une interprète en russe.
La préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F D et M. B E, de nationalité russe, ont déclaré être entrés en France le 25 février 2024, en vue d'y solliciter l'asile. Ils se sont présentés au guichet unique d'accueil des demandeurs d'asile de la préfecture de de police Paris le 4 mars 2024 et se sont vus remettre chacun une attestation de demandeur d'asile en procédure Dublin le même jour. Le 12 avril 2024, la France a saisi les autorités croates d'une demande de reprise en charge concernant les requérants en application de l'article 18 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, que ces dernières ont expressément accepté le 26 avril 2024. Par arrêtés distincts du 24 mai 2024, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a décidé de transférer Mme D et M. E aux autorités croates, responsables de l'examen de leurs demandes d'asile. Par deux arrêtés du même jour, elle les a assignés à résidence dans le département de la Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours et les a astreints à se présenter les mercredis hors jours fériés entre 9 heures et 11 heures à l'hôtel de police de Nancy. Par deux requêtes enregistrées sous les n°2401665 et n°2401666, Mme D et M. E demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés du 24 mai 2024.
2. Les requêtes n°2401665 et n°2401666 se rapportent à la situation des membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme D et M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux arrêtés contestés :
4. En premier lieu, Mme A C, cheffe du pôle régional Dublin, a reçu délégation l'autorisant à signer les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin et les décisions d'assignation à résidence prises en application de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un arrêté du 8 mars 2024 de la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.
5. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne les moyens propres aux arrêtés portant transfert aux autorités croates :
6. En premier lieu, les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent. Ils sont, par suite, suffisamment motivés.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / La commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le début de la procédure, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 précité. Eu égard à leur nature, la délivrance de ces informations constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
8. Il ressort des pièces des dossiers que Mme D et M. E ont attesté par leur signature s'être vus remettre, le 4 mars 2024, par les services de la préfecture de police de Paris les brochures intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " ainsi que le guide du demandeur d'asile en langue russe, langue qu'ils ont déclaré comprendre. Ces derniers constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 et contiennent l'intégralité des informations prévues par les dispositions précitées de ce règlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.
9. En troisième lieu, il ressort des pièces des dossiers que la consultation du fichier Eurodac le 1er mars 2024 a révélé que les requérants avaient sollicité l'asile auprès des autorités croates, que ces autorités ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 12 avril 2024 et que les autorités croates ont explicitement donné leur accord à cette reprise en charge le 26 avril 2024. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il appartient à la préfète du Bas-Rhin de justifier des demandes de reprise en charge auprès des autorités croates et des réponses apportées par ces autorités ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. /() "
11. Il ressort des pièces des dossiers que les requérants ont bénéficié d'un entretien individuel auprès des services de la préfecture de police de Paris, conduit avec l'assistance d'un traducteur en langue russe, par le biais d'ISM interprétariat, au cours desquels ils ont été informés de la mise en œuvre du règlement Dublin et ont été mis à même de présenter leurs observations. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que ces entretiens n'auraient pas été réalisés selon les formes et les conditions posées par les dispositions précitées. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ne peut qu'être écarté.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. ". Aux termes de l'article 2 de ce même règlement : " Aux fins du présent règlement, on entend par : / () g) " membres de la famille ", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres : / - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable, lorsque le droit ou la pratique de l'État membre concerné réserve aux couples non mariés un traitement comparable à celui réservé aux couples mariés, en vertu de sa législation relative aux ressortissants de pays tiers, / - les enfants mineurs des couples visés au premier tiret ou du demandeur, à condition qu'ils soient non mariés et qu'ils soient nés du mariage, hors mariage ou qu'ils aient été adoptés au sens du droit national - lorsque le demandeur est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du demandeur de par le droit ou la pratique de l'Etat membre dans lequel cet adulte se trouve, / - lorsque le bénéficiaire d'une protection internationale est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du bénéficiaire de par le droit ou la pratique de l'Etat membre dans lequel le bénéficiaire se trouve ;() ".
13. Les requérants se prévalent de la présence en France des enfants mineurs de M. E, qui résideraient auprès de leur mère en France, dont le requérant dit être divorcé, et sous couvert du statut de réfugiés. Toutefois, ni les extraits d'actes de naissance produits aux dossiers, rédigés en cyrillique, ni les certificats de scolarité émanant d'un établissement scolaire de Tarbes, ne sont suffisants pour démontrer le lien de filiation allégué, ou même le statut de réfugié, alors que les requérants ont reconnu à l'audience ne pas être en mesure de justifier que les enfants de M. E ont le statut de réfugié. Au surplus, il ressort de l'entretien individuel du 4 mars 2024 que M. E a déclaré n'avoir aucun membre de sa famille en France. Par suite, le moyen invoqué tiré de la méconnaissance de l'article 9 de ce règlement doit être écarté.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. ()". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte des articles 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 6 du règlement 604/2013 que l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale.
15. Contrairement à ce que soutiennent Mme D et M. E, et ainsi qu'il a été dit au point 13 du présent jugement, les requérants n'apportent pas la preuve qu'ils possèdent une cellule familiale en France. Dans ces conditions, eu égard au caractère très récent de leur entrée sur le territoire français, et de l'absence d'attaches durables en France, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et de l'article 6 du règlement n°604/2013, en tant que M. E serait séparé de sa famille, doivent être écartés.
16. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".
17. Eu égard à ce qui a été énoncé au point 13, si les requérants font valoir à l'audience que les autorités françaises pouvaient décider d'étudier leurs demandes d'asile compte tenu de la présence en France des enfants de M. E et d'un cousin de ce dernier, ils n'établissent pas qu'en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et en prononçant leur transfert aux autorités croates, la préfète aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
En ce qui concerne les moyens propres aux arrêtés portant assignation à résidence :
18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
19. Les arrêtés assignant les requérants à résidence visent les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précisent que les intéressés font l'objet de décisions ordonnant leur transfert aux autorités croates qui ont donné leur accord pour leur reprise en charge et que leur transfert demeure une perspective raisonnable. Les arrêtés attaqués comportent ainsi l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions litigieuses doit être écarté.
20. En deuxième lieu, une omission ou une erreur dans les visas d'un acte administratif ne sont pas de nature à en affecter la légalité. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés en litige sont entachés d'un défaut de base légale dès lors que l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas visé.
21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. () ".
22. Mme D et M. E ne font valoir aucun élément de nature à démontrer que les modalités des décisions les assignant à résidence et les obligeant à se présenter au commissariat porterait une atteinte disproportionnée à leur liberté de circulation. Les arrêtés attaqués ne sont pas davantage entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée à la liberté de circulation et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
23. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D et M. E ne sont fondés à demander l'annulation ni des arrêtés du 24 mai 2024 ordonnant leur transfert aux autorités croates, ni des arrêtés du même jour les assignant à résidence. Par conséquent, leurs conclusions à fin d'injonction et celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D et M. E sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme D et de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D, à M. B E, à Me Jacquin et à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.
La magistrate désignée,
A. Bourjol
La greffière
L. Bourée
La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2401665, 2401666
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026