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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401690

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401690

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantAARPI GARTNER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juin et 29 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Welzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 13 avril 2024 par laquelle le directeur de la maison de la personne polyhandicapée les Charmilles a refusé de retirer la décision de refus de titularisation au grade d'accompagnant éducatif et social du 15 décembre 2023 ;

2°) d'annuler la décision du 15 décembre 2023 par laquelle le directeur de la maison de la personne polyhandicapée les Charmilles a refusé de la titulariser au grade d'accompagnant éducatif et social ;

3°) d'enjoindre au directeur de la maison de la personne polyhandicapée les Charmilles de la titulariser au grade d'accompagnant éducatif et social à compter du 1er janvier 2024 ;

4°) de mettre à la charge de la maison de la personne polyhandicapée les Charmilles la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'inexactitude matérielle des faits dès lors qu'elle n'a pas adopté une attitude et des propos déplacés et suggestifs à l'égard d'un formateur dans l'exercice de ses fonctions ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa manière de servir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le directeur de la maison pour la personne polyhandicapée les Charmilles, représenté par Me Jeandon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 97-487 du 12 mai 1997 ;

- le décret n° 2016-636 du 19 mai 2016 ;

- le décret n° 2021-1825 du 24 décembre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,

- les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique,

- les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 20 décembre 2022, Mme B a été nommée stagiaire dans le grade d'accompagnant éducatif et social au 2ème échelon de l'échelle de rémunération C2 à compter du 1er janvier 2023 au sein de la maison pour la personne polyhandicapée les Charmilles située à Thaon-les-Vosges. Saisie par le directeur de cet établissement, la commission administrative paritaire locale a émis, le 8 décembre 2023, un avis défavorable à sa titularisation. Par un arrêté du 15 décembre 2023, le directeur de la maison pour la personne polyhandicapée les Charmilles a refusé de titulariser Mme B et l'a radiée des effectifs de l'établissement à compter du 31 décembre 2023. L'intéressée a formé un recours gracieux contre cette décision, réceptionné le 13 février 2024. Du silence gardé par le directeur de l'établissement sur cette demande pendant un délai de deux mois, une décision implicite de rejet est intervenue. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2023 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 327-1 du code général de la fonction publique : " Les personnes recrutées au sein de la fonction publique à la suite de l'une des procédures de recrutement par concours, de recrutement sans concours ou de changement de corps ou de cadres d'emplois accomplissent une période probatoire dénommée stage comprenant, le cas échéant, une période de formation lorsque le statut particulier du corps ou du cadre d'emplois le prévoit ". Aux termes de l'article 9 du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière : " L'agent stagiaire ne peut être licencié pour insuffisance professionnelle que lorsqu'il a accompli un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. / La décision de licenciement est prise après avis de la commission administrative paritaire prévue à l'article 34 du présent décret, sauf dans le cas où l'aptitude professionnelle doit être appréciée par un jury ". Aux termes de l'article 1er du décret du 24 décembre 2021 portant statut particulier des corps de la filière soignante de la catégorie C de la fonction publique hospitalière : " Les dispositions du présent décret et celles du décret du 19 mai 2016 susvisé s'appliquent aux corps des personnels de la filière soignante de la fonction publique hospitalière suivants : / 1° Le corps des accompagnants éducatifs et sociaux ; / () / Ces corps sont classés dans la catégorie C prévue à l'article L. 411-2 du code général de la fonction publique. Les aides médico-psychologiques relèvent du corps mentionné au 1° du présent article ". Aux termes de l'article 4-9 du décret du 19 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires recrutés après avis de la commission de sélection compétente dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C1 et les fonctionnaires recrutés au titre du concours externe dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C2 sont nommés stagiaires et accomplissent un stage d'une durée d'un an. / A l'issue de ce stage, les stagiaires dont les services ont donné satisfaction sont titularisés. Les autres stagiaires peuvent, après avis de la commission administrative paritaire, être autorisés à effectuer un stage complémentaire d'une durée maximale d'un an. Si le stage complémentaire a été jugé satisfaisant, les intéressés sont titularisés. / Lorsque des fonctionnaires ne sont pas titularisés à l'issue du stage initial ou à l'issue du stage complémentaire, ils sont soit licenciés s'ils n'avaient pas préalablement la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine, selon les dispositions qui leur sont applicables. () ".

3. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne.

4. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

5. Il résulte de ce qui précède que, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

6. En premier lieu, plusieurs collègues de Mme B témoignent de ce qu'elle aurait adopté un comportement et des propos inappropriés en adoptant des positions suggestives et en faisant des allusions sexuelles à un formateur lors d'une session collective. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier d'un courriel de ce formateur, que Mme B a adopté une attitude correcte à son égard lors de cette session et que son volontariat a facilité le bon déroulement de la formation. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que les faits ainsi allégués sont matériellement inexacts.

7. En deuxième lieu, ces témoignages font également état de ce que Mme B a régulièrement adopté un comportement inapproprié à l'égard des résidents en tenant des propos dégradants à leur égard et en ne respectant pas certaines consignes relatives à la hauteur des lits, au respect de leur intimité, à leur intégrité physique, à leur régime alimentaire ou à leurs prescriptions médicales. La requérante conteste ces faits et se prévaut de sa réussite au concours sur titre d'accompagnant éducatif et social, de ses évaluations professionnelles depuis 2020 aux termes desquelles elle donne satisfaction dans l'exercice de ses fonctions et de plusieurs attestations positives établies en janvier 2022 par le directeur de l'établissement dans le cadre d'une procédure de validation des acquis de l'expérience. Elle produit également à l'instance plusieurs attestations de collègues selon lesquelles elle est une professionnelle compétente, dynamique et joviale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier des observations qu'elle a produites devant la commission administrative paritaire locale, qu'elle reconnaît fumer sur les terrasses des chambres des résidents, goûter leurs plats, consulter régulièrement son téléphone pendant ses heures de service et user d'un langage qu'elle qualifie de familier. Pour en justifier, elle se borne à indiquer que d'autres collègues adoptent la même attitude, qu'elle a besoin de rester disponible pour ses enfants en situation de handicap et se prévaut de ses troubles de santé. S'il est constant qu'elle est atteinte d'un trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité, cette circonstance n'est pas de nature à expliquer l'ensemble des comportements reprochés. Dans ces conditions, eu égard à ses difficultés de positionnement tant à l'égard des résidents et de leur famille, qu'à l'égard de l'institution, et alors même qu'elle est impliquée dans ses fonctions et qu'elle a obtenu des évaluations positives sur son travail, le directeur de la maison pour la personne polyhandicapée les Charmilles n'a pas fait une appréciation manifestement erronée des compétences professionnelles et de la manière de servir de Mme B en refusant de la titulariser à l'issue de son stage.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B à fin d'annulation de la décision du 15 décembre 2023 par laquelle le directeur de la maison pour la personne polyhandicapée les Charmilles a refusé sa titularisation en fin de stage et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux exercé contre cette décision doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la maison pour la personne polyhandicapée les Charmilles, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à Mme B la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

11. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la maison pour la personne polyhandicapée les Charmilles de Thaon-les-Vosges présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la maison pour la personne polyhandicapée les Charmilles de Thaon-les-Vosges au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la maison pour la personne polyhandicapée les Charmilles de Thaon-les-Vosges.

Délibéré après l'audience publique du 19 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

S. Davesne

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2401690

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