mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LOSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 juin 2024 à 18 heures 23 et 11 juin 2024, M. F A C demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de l'Aube a décidé de prolonger l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- l'arrêté ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée et quant aux circonstances humanitaires.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2024, le préfet de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée,
- les observations de Me Losa, avocat commis d'office, représentant M. A C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et insiste d'une part, sur le fait que l'état de santé de celui-ci, qui bénéficie d'un suivi psychiatrique, est mal-voyant et a un kyste au bas du bassin qui l'empêche de s'asseoir, constitue une circonstance humanitaire que le préfet aurait dû prendre en compte pour lui permettre de revenir en France bénéficier des soins adaptés à son état de santé, d'autre part, sur la circonstance que bien que le préfet soutienne qu'il a été mis en cause au titre de multiples infractions, il n'a été condamné qu'à une peine de cinq mois assortie d'un sursis simple, ce qui implique l'absence d'antécédents ;
- les observations de M. A C, assisté d'une interprète en langue arabe, qui évoque le kyste dont il souffre depuis qu'il a été admis au centre de rétention, lequel nécessiterait, selon le médecin, une intervention chirurgicale, ainsi que ses conditions de rétention au centre de rétention administrative dont l'hygiène lui fait craindre que ce kyste ne s'infecte, et qui indique être venu en France afin de bénéficier de soins ;
- et les observations de M. E, représentant le préfet de l'Aube, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, en insistant sur l'entrée récente et l'absence d'attaches du requérant en France, les nombreux faits pour lesquels il s'est fait connaître des services de police sous quatorze alias, enfin, sur l'absence de pièces relatives à son état de santé et à l'éventuel suivi psychiatrique dont il bénéficierait.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, qui déclare être ressortissant marocain et né le 7 mars 1999, également connu sous les noms de Younes Tiourtit et Mohamed Tibarani notamment, ainsi que sous différents autres alias, est entré en France selon ses déclarations en 2023. Par un arrêté du 25 août 2023, le préfet des Pyrénées orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai. Par un arrêté du 4 janvier 2024, pris à la suite de l'interpellation de l'intéressé pour des faits de détention et contrefaçon, le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une décision du même jour, l'intéressé a été assigné à résidence dans le département du Val d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours. Le requérant a été interpellé le 3 juin 2024 pour des faits de vol à la roulotte et tentative de vol simple à Nogent-sur-Seine et condamné le 7 juin 2024 à une peine d'emprisonnement avec sursis. Par une décision du 3 juin 2024, le préfet de l'Aube a décidé de prolonger, pour une nouvelle durée de deux ans, l'interdiction de retour sur le territoire français précédemment prise à son encontre. Par la requête susvisée, M. A C, placé en rétention administrative par un arrêté du 7 juin 2024, demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, l'arrêté du 3 juin 2024 est signé par M. D B, chef du bureau de l'éloignement et de l'asile, auquel le préfet de l'Aube a, par un arrêté du 29 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 40 de la préfecture le même jour, délégué sa signature à l'effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que l'arrêté contesté lui aurait été notifié dans une langue qu'il ne comprend pas. Par suite, ce moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 612-11 (1°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la situation de l'intéressé au regard de son droit au séjour depuis son entrée en France et les interpellations dont il a fait l'objet. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation dont serait entachée la décision décidant la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français dont le requérant fait l'objet doit être écarté.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A C n'a pas déféré aux deux précédentes obligations de quitter le territoire français sans délai prises à son encontre les 25 août 2023 et 4 janvier 2024. L'intéressé n'a en outre pas respecté les conditions de l'assignation à résidence à laquelle il a été astreint par le préfet du Val d'Oise à compter du 4 janvier 2024. Il est par ailleurs connu des services de police pour de multiples infractions, notamment pour vol, recel de biens provenant d'un vol et détention et cession de stupéfiants, commises sous divers alias entre novembre 2023 et mai 2024 et a été condamné le 7 juin 2024 à une peine d'emprisonnement de cinq mois avec sursis par le tribunal judiciaire de Troyes. Si le requérant fait valoir qu'il souffre d'un kyste depuis son placement en centre de rétention, cette circonstance postérieure à la décision en litige est, en tout état de cause sans incidence sur la décision attaquée. Il se prévaut en outre de troubles psychiatriques pour lesquels il bénéficierait de soins et soutient que la décision attquée fait obstacle à ce qu'il puisse être soigné en France si son état de santé devait se dégrader. Toutefois, cette circonstance, alors au demeurant qu'il ne justifie ni des troubles dont il dit être atteint, ni de son suivi médical et que l'aggravation envisagée est purement hypothétique, ne saurait constituer une circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, en tout état de cause, M. A C n'est pas fondé à soutenir que la décision prise par le préfet de l'Aube est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tant en ce qui concerne l'existence de circonstances humanitaires que la durée de la mesure en litige.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A C et au préfet de l'Aube.
Lu en audience publique le 12 juin 2024 à 16 heures 13.
La magistrate désignée,
G. GrandjeanLa greffière,
L. Bourrée
La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026