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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401708

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401708

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 10 juin 2024, sous le numéro n° 2401708, M. F A et Mme E D, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 21 mai 2024 par laquelle la commission de l'académie de Nancy-Metz a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire contre la décision de la directrice académique des services de l'éducation nationale des Vosges du 19 avril 2024 rejetant leur demande d'autorisation d'instruction en famille au bénéfice de leur fils C A, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision

2°) à titre principal, d'enjoindre au recteur de la région académique Grand Est de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille au bénéfice leur fils C, sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation nationale ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation de leur fils ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est établie dès lors notamment qu'ayant été instruit en famille depuis quatre ans, leur enfant, sensible, devra supporter un bouleversement dans ses conditions d'instruction ainsi que dans son mode de vie, de surcroît, si l'autorisation finissait par leur être accordée en cours d'année ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que : l'administration a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation en portant à tort une appréciation sur la situation propre à leur enfant, alors qu'elle ne devait contrôler que l'adaptation du projet éducatif au regard de la situation propre décrite ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il y a bien une situation propre à l'enfant justifiant que lui soit accordée l'autorisation, ce qui constitue une violation de l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le recteur de la région académique Grand Est conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés par M. A et Mme D n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

II. Par une requête enregistrée le 10 juin 2024, sous le numéro n° 2401709, M. F A et Mme E D, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 23 mai 2024 par laquelle la commission de l'académie de Nancy-Metz a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire contre la décision de la directrice académique des services de l'éducation nationale des Vosges du 22 avril 2024 rejetant leur demande d'autorisation d'instruction en famille au bénéfice de leur fils B A, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision

2°) à titre principal, d'enjoindre au recteur de la région académique Grand Est de leur délivrer l'autorisation d'instruire en famille au bénéfice de leur fils B, sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation nationale ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation de leur fils ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est établie dès lors notamment qu'une inscription en école engendrera chez B un sentiment d'injustice vis-à-vis de son frère aîné, qui a été autorisé à être instruit en famille durant les quatre années précédentes et que si l'autorisation finissait par leur être accordée en cours d'année, leur enfant devra supporter un bouleversement dans ses conditions d'instruction ainsi que dans son mode de vie ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que : l'administration a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation en portant à tort une appréciation sur la situation propre à leur enfant, alors qu'elle ne devait contrôler que l'adaptation du projet éducatif au regard de la situation propre décrite ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il y a bien une situation propre à l'enfant justifiant que lui soit accordée l'autorisation, ce qui constitue une violation de l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le recteur de la région académique Grand Est conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés par M. A et Mme D n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 10 juin 2024 sous le n° 2401705 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision du 21 mai 2024 ;

- la requête enregistrée le 10 juin 2024 sous le n° 2401707 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision du 23 mai 2024 ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, en application de l'article 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marti,

- les observations de Me Barrau Azéma, représentant les requérants,

- et les observations de M. G, représentant le recteur d'académie ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 12h00.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme D, parents de C né le 17 septembre 2013 et B né le 1er septembre 2021 ont présenté le 25 mars 2024 deux demandes d'instruction en famille, au motif de l'existence d'une situation propre à leurs enfants motivant un projet éducatif. Ces demandes ont été rejetées les 19 et 22 avril 2024 par la directrice académique des services de l'éducation nationale des Vosges. M. A et Mme D ont formé le 26 avril 2024 un recours administratif préalable obligatoire contre ces décisions. Leurs recours ont été rejetés les 21 et 23 mai par la commission prévue à l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation. Par les deux requêtes visées ci-dessus, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement dès lors qu'elles présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune, les requérants demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des rejets de leurs recours administratifs préalables obligatoires des 21 et 23 mai 2024.

Sur les conclusions à fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette urgence s'apprécie objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et à la date à laquelle le juge des référés est appelé à se prononcer.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre les décisions du 21 et 23 mai 2024, les requérants se bornent notamment à soutenir que la scolarisation dans un établissement d'enseignement public ou privé aurait pour effet de bouleverser les conditions d'instruction de leur fils C, sensible et habitué depuis quatre ans à l'instruction en famille, qu'une inscription en école engendrera chez B un sentiment d'injustice vis-à-vis de son frère aîné, qui a été autorisé à être instruit en famille durant les quatre années précédentes, que le rythme de sommeil de B, chaotique, n'est pas compatible avec une scolarisation classique et que si l'autorisation finissait par leur être accordée en cours d'année, leurs enfants devront supporter un bouleversement dans leur parcours scolaire. Toutefois, et alors que l'instruction en famille ne constitue pas une composante du principe fondamental, reconnu par les lois de la République, de la liberté de l'enseignement, ainsi que l'a énoncé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2021-823 DC du 13 août 2021 et que la décision en litige n'a pas pour objet ni pour effet, de priver les enfants des requérants de leur droit à l'instruction, les éléments dont ils se prévalent ne sauraient suffire à caractériser une atteinte grave et immédiate à l'intérêt de leurs enfants justifiant une situation d'urgence à suspendre la décision.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution des refus d'autorisation d'instruction dans la famille doivent être rejetées de même que leurs conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes Nos 2401708 et 2401709 sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F A et Mme E D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée, pour information, au recteur de l'académie de Nancy-Metz.

Fait à Nancy, le 26 juin 2024

Le juge des référés

D. Marti

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2401708, 2401709

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