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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401714

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401714

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2024, M. B A, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation après lui avoir délivré dans un délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est fondée sur une décision portant refus de séjour elle-même illégale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office est fondée sur une décision portant refus de séjour elle-même illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 13 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,

- et les observations de Me Martin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tchadien, né le 15 avril 1994 à Abéché (Tchad), est entré en France en novembre 2019 muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " délivré par les autorités françaises et valable jusqu'au 28 octobre 2020. Par la suite, M. A a bénéficié d'une carte de séjour du 4 février 2021 au 3 novembre 2021, puis renouvelée en dernier lieu jusqu'au 25 novembre 2023. Le 17 octobre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 avril 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel la préfète de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A était inscrit au titre de l'année universitaire 2019/2020 en master 1 " informatique et ingénierie des données " à l'université de Toulon, mais n'a pas validé son année. Admis à redoubler ce cursus au titre de l'année universitaire 2020/2021, le requérant était en outre inscrit en master 1 " service universitaire des activités physiques et sportives (SUAPS) " à l'université de Toulon. Au titre de l'année universitaire 2021/2022, M. A était inscrit en master 1 " mathématiques et applications " auprès de l'université de Lorraine. A l'issue de ces trois années universitaires, pour lesquelles il ne produit qu'un seul relevé de note daté du 15 juillet 2021, M. A n'a obtenu aucun diplôme. Il ressort également des pièces du dossier, qu'au titre des années universitaires 2022/2023 et 2023/2024, M. A était inscrit en licence 3 " mathématiques et applications " au sein de l'université de Lorraine, années pour lesquelles il ne produit aucun relevé de notes et ne justifie d'aucune obtention de diplôme. M. A soutient que les répétitions et la régression dans son parcours universitaire sont consécutives à des problèmes de santé importants. Il justifie à cet égard d'une hospitalisation du 20 mars au 31 mai 2023, suite à une décompensation psychotique et deux embolies pulmonaires. Toutefois, sans remettre en cause la gravité des pathologies de M. A depuis mars 2023, il ressort des pièces du dossier que le requérant est présent en France pour y faire des études depuis 2019, qu'il a changé à deux reprises d'orientation, dont la dernière pour un cursus de niveau inférieur aux précédents, et qu'il n'a obtenu à ce jour aucun diplôme. Dans ces conditions, l'état de santé de M. A ne peut justifier les échecs et la régression de son cursus, qui ont commencé dès 2020, soit trois ans avant son hospitalisation. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en considérant qu'il ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études poursuivies, la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. D'une part, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles toute personne a droit au respect d'une vie familiale normale sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies lors de l'instruction d'une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant. Le moyen, inopérant, doit ainsi être écarté.

7. D'autre part, M. A soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et se prévaut en particulier de sa présence en France depuis plus de quatre ans, de son bénévolat auprès de l'association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) et de son activité salariale comme intérimaire. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant est célibataire et sans charge de famille, et qu'il ne produit aucun élément permettant d'établir une insertion sociale ou personnelle particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, en prenant à son encontre la mesure d'éloignement contestée, la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait entaché ses décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. A.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il peut être reconduit d'office.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 avril 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Martin.

Délibéré après l'audience publique du 27 août 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

A. JouguetLe président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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