vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401717 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | GONZALEZ DUERTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juin 2024 au greffe du tribunal administratif de Lyon à 9 heures 25, sous le n°2405613, et transmise au greffe du tribunal administratif de Nancy, pour y être enregistrée sous le n°2401717 et par un mémoire enregistré le 12 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Gonzalez Duerte, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Ain du 7 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé, la rédaction est stéréotypée ;
- la préfète a commis une erreur d'appréciation dès lors que son séjour n'est pas irrégulier ; elle dispose d'une assurance sociale, d'un justificatif de domicile et des ressources suffisantes ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Durand, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de M. Durand, magistrat désigné,
- les observations de Mme B, assistée par une interprète en langue espagnole,
- et les observations de M. C, représentant la préfète de l'Ain, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante paraguayenne née le 31 octobre 1983 est entrée en France le 8 avril 2024. Elle a été interpellée le 6 juin 2024 à l'occasion d'un contrôle d'identité. Par arrêté du lendemain, la préfète de l'Ain l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Placée en rétention, Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : () 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; () ". Aux termes de l'article R. 313-2 de ce code : " Afin de justifier qu'il possède les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour, l'étranger qui sollicite son admission en France peut notamment présenter des espèces, des chèques de voyage, des chèques certifiés, des cartes de paiement à usage international ou des lettres de crédit. / La validité des justificatifs énumérés au premier alinéa est appréciée compte tenu des déclarations de l'intéressé relatives à la durée et à l'objet de son séjour ainsi que des pièces produites à l'appui de ces déclarations et, le cas échéant, de la durée de validité du visa ". Aux termes de l'article R. 313-6 du même code : " L'attestation d'accueil prévue à l'article L. 313-2 pour les séjours à caractère familial ou privé est conforme à un modèle défini par arrêté du ministre chargé de l'immigration. Elle indique : / 1° L'identité du signataire et, s'il agit comme représentant d'une personne morale, sa qualité ; / 2° Le lieu d'accueil de l'étranger ; / 3° L'identité et la nationalité de la personne accueillie ; / 4° Les dates d'arrivée et de départ prévues ; / 5° Le lien de parenté, s'il y a lieu, du signataire de l'attestation d'accueil avec la personne accueillie ; / 6° Les attestations d'accueil antérieurement signées par l'hébergeant, s'il y a lieu ; / 7° Les caractéristiques du lieu d'hébergement ; / 8° L'engagement de l'hébergeant de subvenir aux frais de séjour de l'étranger. / L'attestation précise également si l'étranger envisage de satisfaire lui-même à l'obligation d'assurance prévue à l'article L. 311-1 ou si, conformément à l'article L. 313-8, l'obligation sera satisfaite par une assurance souscrite à son profit par la personne qui se propose de l'héberger ".
4. Pour considérer l'entrée de Mme B sur le territoire français comme irrégulière, la préfète de l'Ain s'est fondée sur la circonstance que cette dernière, qui est dispensée d'un visa pour un séjour d'une durée inférieure à trois mois, ne justifiait cependant pas des ressources suffisantes pour la durée de son séjour en France, ni ne produisait d'attestation d'assurance maladie et de rapatriement ou de justificatif d'hébergement.
5. Il ressort des pièces du dossier et des déclarations de la requérante au cours de l'instance que cette dernière serait venue en Europe pour voir sa fille qui réside à Majorque. En cours d'instance, l'intéressée a produit une attestation établie par la société ACS justifiant qu'elle dispose d'une assurance santé et rapatriement couvrant la période de son séjour en France. Pour justifier de ses conditions d'hébergement et de ressources, Mme B produit une attestation établie par un ressortissant paraguayen, ne disposant pas d'un droit de séjour régulier en France, aux termes de laquelle il déclare héberger l'intéressée à Pantin (93500) ainsi que deux attestations établies par deux autres ressortissants paraguayens, dont le frère de la requérante, établies postérieurement à l'édiction de la décision contestée aux termes desquelles ces derniers soutiennent assumer les frais de subsistance et d'hébergement de Mme B, le temps de son séjour en France. Lors de son interpellation dans le département de l'Ain, cette dernière ne disposait d'aucun moyen de paiement et a déclaré se rendre à une adresse à Thonon pour se prostituer avant de repartir sur Paris. Dans ces conditions, Mme B ne peut être regardée comme disposant des conditions d'hébergement et des moyens d'existence suffisants à son séjour en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en avril 2024 et séjournait dans ce pays depuis deux mois seulement au jour de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, eu égard à la très faible durée du séjour en France de l'intéressée, cette dernière n'est pas fondée à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de l'Ain a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
Sur les frais de l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B et à la préfète de l'Ain.
Lu en audience publique le 14 juin 2024 à 14h01.
Le magistrat désigné
F. Durand
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026