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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401723

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401723

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantCOCHE-MAINENTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Coche-Mainente, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un certificat de résidence algérien et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour de six mois avec droit au travail dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la préfète n'a pas procédé à un examen individuel de sa situation, en n'examinant pas la possibilité de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien en date du 27 décembre 1968 dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;

- la préfète ne pouvait refuser de lui délivrer un titre de séjour au seul motif que cela légitimerait les demandes de régularisation du séjour d'autres membres de sa famille ;

- la préfète a refusé d'user de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- la décision méconnaît les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :

- la décision est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a plus aucune attache proche en Algérie.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 31 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- et les observations de Me Coche-Mainente, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 20 octobre 2005, est entrée régulièrement en France le 11 octobre 2017 avec sa mère et ses quatre frères et sœurs en vue de rejoindre son père dans le cadre du regroupement familial. Par un arrêté du 19 avril 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée régulièrement en France en octobre 2017 à l'âge de douze ans et a dès cette année montré un investissement particulier en vue de son intégration ainsi que le montrent ses résultats au DELF A1 délivré dès juillet 2018 avec 97 points sur 100. Elle a également poursuivi un parcours scolaire exemplaire et fait preuve d'une grande détermination, ainsi qu'en attestent, d'une part, ses très bons résultats tout au long de sa scolarité au cours de laquelle elle a obtenu les félicitations à chaque échéance depuis le deuxième trimestre de la classe de 5ème et sa réussite au baccalauréat obtenu avec une moyenne de 15,33/20, d'autre part, les évaluations particulièrement élogieuses de l'ensemble de ses professeurs qui soulignent tous de façon élogieuse son caractère agréable, ses capacités, son investissement, son sérieux, ce qui lui a permis d'être admise pour l'année universitaire 2023/2024 à suivre le parcours d'accès spécifique santé (PASS). Elle apparaît en outre bien intégrée socialement et dispose d'attaches familiales en France. Dans ces conditions, quand bien même ses parents et ses frères aînés ne disposeraient plus du droit de se maintenir régulièrement en France et alors que la possibilité d'obtenir un visa en cas de retour en Algérie ne constitue pas, contrairement à ce que soutient la préfète en défense, une perspective crédible, la préfète de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de Mme B en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 19 avril 2024 refusant à Mme B l'octroi d'un certificat de résidence, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant un délai de départ volontaire et désignant le pays de retour.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

4. Compte tenu du motif d'annulation des décisions attaquées, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle d'accorder à Mme B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Coche-Mainente, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Coche-Mainente de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 avril 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle d'accorder à Mme B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Coche-Mainente, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Coche-Mainente renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Coche-Mainente.

Délibéré après l'audience publique du 27 août 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. VarletLa République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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