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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401744

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401744

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantAARPI GARTNER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 12 et 25 juin 2024, Mme C A et M. D B, représentées par Me Danel-Monnier, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le maire de la commune de Gérardmer a sursis à statuer sur l'instruction de la demande de permis de construire n° PC 088 196 23E0124 déposée par les requérants en date du 22 décembre 2023 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Gérardmer le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que l'arrêté empêche le commencement de la construction de leur habitation principale et de leur projet professionnel ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision de sursis à statuer qui :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en tant que l'environnement dans lequel se situe la parcelle objet du changement de zonage n'est pas pris en compte et que le zonage de la parcelle en zone " Ap " dans le projet de révision du plan local d'urbanisme de la commune est illégal ;

- le certificat d'urbanisme est insuffisamment motivé ;

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2024, la commune de Gérardmer, représentée par Me Zoubeidi-Defert, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise solidairement à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite dès lors que les requérants se bornent uniquement à relever le caractère exécutoire de l'arrêté et que la préservation des paysages constitue un intérêt public majeur ; qu'il n'y a pas de doute sérieux sur la légalité de la décision dès lors que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu :

- la requête enregistrée le 12 juin 2024 sous le N° 2401745 tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 avril 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code d'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juin 2024 :

- le rapport de M. Marti, juge des référés,

- les observations de Me Toussaint, substituant Me Danel-Monnier qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Zoubeidi-Defert, représentant la commune de Gérardmer, qui reprend l'argumentation de son mémoire.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. B demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 16 avril 2024 par lequel le maire de la commune de Gérardmer a sursis à statuer sur la demande de permis de construire d'une construction à destination d'hébergement hôtelier et une annexe à usage de garage sur un terrain situé B de Bellevue à Gérardmer (Vosges), pour lequel ils ont déposé une demande en date du 22 décembre 2023.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la commune de Gérardmer, par les pièces qu'elle a produites, justifie de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. Lorsque le projet est soumis à avis ou accord d'un service de l'Etat, les certificats d'urbanisme le mentionnent expressément. Il en est de même lorsqu'un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis. Le certificat d'urbanisme précise alors expressément laquelle ou lesquelles des circonstances prévues aux deuxième à sixième alinéas de l'article L. 424-1 permettraient d'opposer le sursis à statuer. () ". Les dispositions de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme ont pour effet de garantir à la personne à laquelle a été délivré un certificat d'urbanisme, quel que soit son contenu, un droit à voir sa demande de permis de construire déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme applicables à la date de ce certificat, à la seule exception de celles qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable./ Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. [] Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans. () ". Aux termes de l'article L. 153-11 du même code : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. / () / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ". Il résulte de la combinaison des articles L. 424-1, L. 153-11 et L. 410-1 du code de l'urbanisme que tout certificat d'urbanisme délivré sur le fondement de l'article L. 410-1 a pour effet de garantir à son titulaire un droit à voir toute demande d'autorisation ou de déclaration préalable déposée dans le délai indiqué examinée au regard des règles d'urbanisme applicables à la date de la délivrance du certificat. Figure cependant parmi ces règles la possibilité de se voir opposer un sursis à statuer à une déclaration préalable ou à une demande de permis, lorsqu'est remplie, à la date de délivrance du certificat, l'une des conditions énumérées à l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme. Une telle possibilité vise à permettre à l'autorité administrative de ne pas délivrer des autorisations pour des travaux, constructions ou installations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Lorsque le plan en cours d'élaboration et qui aurait justifié, à la date de délivrance du certificat d'urbanisme, que soit opposé un sursis à une demande de permis, entre en vigueur dans le délai du certificat, les dispositions issues du nouveau plan sont applicables à la demande de permis de construire. En l'espèce, le certificat d'urbanisme produit, qui est, au demeurant, délivré à un certain M. E A pour la construction de deux pavillons individuels et non pour un projet d'hébergement hôtelier, mentionne expressément qu'un sursis à statuer pourrait être opposé conformément aux dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme dès lors que le plan local d'urbanisme est en cours de révision, ce qui constitue une motivation suffisante.

5. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que, par la décision contestée, le maire de la commune de Gérardmer a sursis à statuer sur la demande de permis de construire déposée par les requérants au motif clairement exprimé que le projet consiste en la construction de deux bâtiments à usage de logements situés sur une parcelle classée, sur la carte de zonage préparatoire du futur plan local d'urbanisme en cours de révision, dans une zone Ap, à vocation paysagère, et que la construction projetée est de nature à compromettre et à rendre plus onéreuse l'exécution du futur document d'urbanisme. L'arrêté en litige comporte toutes les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Les requérants ont été ainsi mis à même de comprendre les raisons pour lesquelles le maire de Gérardmer a décidé de surseoir à statuer sur sa demande de permis de construire et qui étaient fondées sur le risque que le projet en litige compromette l'exécution du futur plan local d'urbanisme de la commune. Par suite, la décision est suffisamment motivée au regard des exigences posées par les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme.

6. En quatrième et dernier lieu, en soutenant que le classement de la parcelle du terrain d'assiette du projet en litige en zone Ap ne serait pas justifié et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, alors qu'il ne s'agit que d'un document en cours de révision et d'une carte de zonage préparatoire, les requérants ne critiquent pas utilement le motif qui leur est opposé tenant à la compromission de l'exécution du futur plan de la commune.

7. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée et qu'il y a lieu, en conséquence, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête de Mme A et M. B.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que la société requérante présente sur leur fondement à l'encontre de la commune de Gérardmer. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions de la commune de Gérardmer présentées sur le même fondement.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A et M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Gérardmer sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, M. D B et la commune de Gérardmer.

Fait à Nancy, le 28 juin 2024.

Le juge des référés,

D. Marti

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.00

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