jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401748 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | CORSIGLIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 juin 2024 et 2 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Corsiglia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros TTC à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'erreur de droit, dès lors que le préfet lui a appliqué les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il relève de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 et lui a opposé une condition non prévue par cette convention ; l'avis défavorable à la délivrance de l'autorisation de travail dont se prévaut le préfet, au regard de l'imprécision de ses motifs et de l'appréciation erronée sur le contenu de la demande, ne pouvait suffire à justifier le refus ;
- cette décision est entachée d'erreur de fait s'agissant de l'adéquation du poste qu'il envisage d'exercer au regard de sa formation et de ses diplômes ;
- le refus de régulariser sa situation est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour ;
- la mesure d'éloignement est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit également être annulée par voie de conséquence.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2024 du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes ;
- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Samson-Dye, présidente,
- et les observations de Me Corsiglia, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant sénégalais né le 1er janvier 2001, est entré sur le territoire français, le 5 décembre 2017. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle le 14 février 2018. L'intéressé s'est vu délivrer des titres de séjour portant la mention " étudiant " valables du 16 décembre 2019 au 15 décembre 2021. Par courrier du 7 février 2022, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une décision implicite de rejet de cette demande est née du silence gardé par l'administration à laquelle est venue se substituer une décision explicite de séjour du préfet de Meurthe-et-Moselle du 4 août 2022. Le recours de M. B contre cette décision a été rejeté par un jugement n° 2202154 du 20 mai 2023. M. B a, à nouveau sollicité son admission au séjour le 17 juillet 2023. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 16 mai 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui l'oblige à quitter le territoire français sous trente jours et désigne le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des arrêtés de conflits. Dans ces conditions, M. C était compétent pour signer les décisions attaquées, de sorte que le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile. ". Aux termes de troisième alinéa du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, relatif à la gestion concertées des flux migratoires entre la France et le Sénégal, dans sa rédaction issue du point 31 de l'article 3 de l'avenant signé le 25 février 2008 : " Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : - soit la mention "salarié" s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; - soit la mention "vie privée et familiale" s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
4. Les stipulations du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008, renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que la préfète a commis une erreur de droit en examinant sa demande de régularisation exceptionnelle, à titre professionnel, au regard de ces dispositions, et non des stipulations de l'accord du 23 septembre 2006 modifié.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Il est vrai que la préfète relève à tort que M. B ne produit pas d'éléments attestant de sa capacité à occuper le poste pour lequel il produit une promesse d'embauche, dès lors qu'il est titulaire d'un certificat d'aptitude professionnelle d'assistant technique en milieux familial et collectif, l'ayant formé à des tâches qui le rendent apte à occuper les fonctions d'employé polyvalent dans la restauration. Pour autant, le refus d'admission exceptionnelle au séjour est aussi fondé sur d'autres considérations, tenant au fait que l'entreprise qui souhaite l'embaucher ne démontre pas son impossibilité de recruter un ressortissant français ou étranger en situation régulière. La décision attaquée relève également son absence d'ancienneté professionnelle, pour en déduire qu'il ne justifie pas de circonstances exceptionnelles de nature à permettre sa régularisation au motif de sa situation professionnelle, au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ces seuls motifs. Si l'intéressé a travaillé pendant deux mois et demi comme agent d'entretien pour l'université de Lorraine, qui avait entamé des démarches pour prolonger son contrat et obtenir une autorisation de travail, et si le requérant justifie désormais d'une promesse d'embauche d'un établissement de restauration, ces éléments ne suffisent pas, par eux-mêmes, à caractériser des motifs exceptionnels de nature à entacher le refus de régularisation qui lui a été opposé sur le fondement de l'article L. 435-1 d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit donc être écarté, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le bien-fondé de l'avis défavorable donné par la plateforme de main d'œuvre étrangère (PFMOE) sur son embauche par la société Pidélice, évoqué par la préfète dans ses écritures.
7. En quatrième lieu, M. B vit en France depuis 2017, il a obtenu un CAP, il a bénéficié de titres de séjour et il justifie d'un début d'insertion professionnelle. Pour autant, il est célibataire et sans enfant, dépourvu d'attache familiale en France et il ne produit pas de documents justifiant d'une insertion particulièrement caractérisée sur le territoire français. Dans de telles circonstances, le refus de régulariser sa situation à titre discrétionnaire n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. De même, la mesure d'éloignement dont il fait l'objet n'est pas entachée d'une erreur manifeste de l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
8. En cinquième et dernier lieu, M. B n'étant pas fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas davantage fondé à demander que la décision fixant le pays de renvoi soit annulée en raison de l'annulation des autres décisions.
9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2024 de la préfète de Meurthe-et-Moselle. Sa requête ne peut qu'être rejetée, dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Corsiglia et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Samson-Dye, présidente,
- M. Bastian, conseiller,
- Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La présidente-rapporteur
A. Samson-Dye
L'assesseur le plus ancien
P. Bastian
Le greffier
P. Lepage
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026