mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401751 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | RICHARD |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 13 juin 2024 sous le n° 2401751 et un mémoire complémentaire enregistré le 12 juillet 2024, Mme J I, représentée par Me Richard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision refusant le titre de séjour :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- la préfète a méconnu son droit d'être entendue ;
- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme I ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour, en l'absence de toute décision expresse ou implicite de la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce sens.
Des observations ont été présentées en réponse à ce moyen d'ordre public pour Mme I par un mémoire enregistré le 9 septembre 2024.
Des observations ont été présentées en réponse à ce moyen d'ordre public par la préfète de Meurthe-et-Moselle par un mémoire enregistré le 10 septembre 2024.
Mme I a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 13 mai 2024.
II. Par une requête enregistrée le 13 juin 2024 sous le n° 2401752 et un mémoire complémentaire enregistré le 11 juillet 2024, M. A I, représenté par Me Richard, demande au tribunal :
1°)d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;
2°)d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°)de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision refusant le titre de séjour :
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- la préfète a méconnu son droit d'être entendu ;
- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. I ne sont pas fondés
M. I a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 31 mai 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,
- et les observations de Me Richard, représentant M. et Mme I.
Connaissance prise des notes en délibéré présentées pour M. et Mme I et enregistrées le 13 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme I, ressortissants tunisiens, respectivement nés le 11 juin 1951 et le 15 novembre 1960, sont entrés en France en 2017. M. I a obtenu un titre de séjour pour motif de soins, renouvelé en dernier lieu jusqu'au 26 décembre 2023. Par suite, Mme I a obtenu le 31 mai 2022, une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant de conjoint malade. Le 17 octobre 2023, M. I a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 24 avril 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui accorder ce renouvellement, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par un second arrêté du même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé à l'encontre de Mme I une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Par les deux requêtes visées ci-dessus, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement dès lors qu'elles présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune, les époux I sollicitent l'annulation des arrêtés du 24 avril 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation présentées par M. I :
En ce qui concerne le moyen commun dirigé contre la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. Si M. I soutient que les décisions en litige méconnaissent son droit d'être entendu, notamment au regard de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le moyen tiré de la violation de cet article est inopérant dès lors qu'il s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande de titre, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, de préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et de produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délais de départ volontaire et fixation du pays de destination, lesquelles sont prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
3. M. I, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu, ne démontre pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision de refus de titre de séjour contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de toute personne d'être entendue notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit, en tout état de cause, être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté par M. I est signé par Mme E C, directrice adjointe de l'immigration et de l'intégration, à laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 1er février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 2 février 2024, délégué sa signature, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme H B, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions en matière de police des étrangers. Le requérant, à qui incombe la charge de la preuve, n'établit pas que Mme B n'aurait pas été absente ou empêchée lorsque les décisions litigieuses ont été prises. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision portant refus de la demande de séjour de M. I vise les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne la demande de renouvellement formulée par l'intéressé le 17 octobre 2023, ainsi que l'avis du 8 janvier 2024 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a estimé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments de son dossier, il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. La décision précise que les éléments médicaux produits par l'intéressé ne permettent pas de remettre en cause cet avis. S'agissant de la situation personnelle de M. I, la décision mentionne qu'il n'existe aucune circonstance exceptionnelle qui l'empêcherait d'accéder au traitement dans son pays d'origine, ni qu'il ne disposerait pas des ressources financières suffisantes pour y prétendre. Ainsi, la préfète a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. I et a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux ne peuvent qu'être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'[OFII], dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'[OFII]. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ".
7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. I souffre d'une spondylarthrite ankylosante, d'un diabète insulino-requérant, et d'une cardiomyopathie ischémique, nécessitant notamment un traitement par biothérapie et l'assistance d'une tierce personne pour l'ensemble des gestes du quotidien. Par son avis du 4 janvier 2024, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. I nécessite une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et voyager sans risque. Pour remettre en cause cet avis et l'appréciation faite par la préfète de Meurthe-et-Moselle, le requérant produit plusieurs certificats médicaux qui établissent la stabilisation de sa pathologie rhumatologique et le traitement sous biothérapie dont il fait l'objet, ainsi que la prise en charge dont il bénéficie auprès de la maison départementale des personnes handicapées au regard de son taux d'incapacité supérieur à 80 %. Il produit en outre plusieurs certificats médicaux, dont deux en date du 20 mai 2024, établis par des médecins rhumatologues tunisiens, qui attestent que les traitements par biothérapie sont disponibles en Tunisie. Ils précisent que la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) tunisienne ne prend en charge ces traitements qu'après accord préalable, et que le " Simponi ", biomédicament actuellement prescrit au requérant, est très onéreux et rarement voire non pris en charge, par la CNAM tunisienne. Toutefois, il ressort également des pièces produites par la préfète, que la catégorie des rhumatismes inflammatoires chroniques, dont relève la spondylarthrite ankylosante, fait partie des affections de longue durée intégralement prises en charge par la CNAM en Tunisie. Cette dernière octroie par ailleurs aux familles et personnes pauvres ou à faible revenu une carte permettant de bénéficier de soins gratuits ou à bas tarif. Si M. I soutient qu'il ne dispose d'aucune ressource financière lui permettant d'accéder à ce traitement, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge par la CNAM ainsi que des aides précitées. Enfin, M. I transmet deux certificats médicaux, le premier du Dr G, médecin généraliste, daté du 10 mai 2024, qui précise que le requérant est en fauteuil roulant et ne peut donc se déplacer en bateau ou en avion et le second, du Dr D, cardiologue, en date du 27 juin 2024, qui mentionne que l'intéressé a interdiction formelle de tous déplacements en avion ou tout autre moyen de transport. Ces certificats, au caractère général et non circonstancié, qui ne précisent pas les raisons qui empêcheraient M. I de bénéficier de l'assistance gratuite ainsi que des infrastructures adaptées offertes à toute personne à mobilité réduite empruntant l'avion ou le bateau depuis la France, ne peuvent suffire à eux seuls, à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII sur lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a fondé son appréciation. Par suite, la décision par laquelle la préfète a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. I n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la préfète de Meurthe-et-Moselle n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. I aurait sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage des termes de l'arrêté litigieux que la préfète aurait examiné d'office si le requérant était susceptible de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Le moyen tiré d'une atteinte au droit à la vie familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, sauf dans l'hypothèse où le préfet examine d'office si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement. En l'espèce, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. I, la préfète n'a pas examiné d'office s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement ou si sa décision était susceptible de porter atteinte à la vie privée et familiale de l'intéressé. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au soutien de ses conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour en litige.
12. Il résulte de ce qui précède que M. I n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. I n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
14. Il résulte de ce qui précède que M. I n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire prise à son encontre.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. I n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
16. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
17. Comme il a été précisé au point 8 du présent jugement, M. I n'établit pas que les soins et traitements dont il bénéficie ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine, la Tunisie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. I n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé son admission du séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme I :
En ce qui concerne le moyen commun dirigé contre la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire :
19. D'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations par une autorité d'un État membre est inopérant. D'autre part, une atteinte au droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
20. En se bornant à soutenir que son droit d'être entendue aurait été méconnu, Mme I n'établit pas qu'elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prises les décisions contestées et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être préalablement entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :
21. En premier lieu, l'arrêté contesté par Mme I est signé par Mme E C, directrice adjointe de l'immigration et de l'intégration, à laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 1er février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 2 février 2024, délégué sa signature, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme H B, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions en matière de police des étrangers. La requérante, à qui incombe la charge de la preuve, n'établit pas que Mme B n'aurait pas été absente ou empêchée lorsque les décisions litigieuses ont été prises. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
22. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour de Mme I vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que Mme I a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour du 31 mai 2022 au 13 mai 2024 au regard de l'état de santé de son époux M. A I, qui a bénéficié d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées jusqu'au 26 décembre 2023. Dans ces conditions, et alors que l'autorité administrative n'est pas obligée de faire état de tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
23. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de Mme I avant de refuser son admission au séjour.
24. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme I aurait sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance et de l'erreur d'appréciation de ces dispositions doivent être écartés comme inopérants.
25. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
26. Mme I se prévaut de son temps de présence sur le territoire français, de l'assistance financière, matérielle et humaine de ses enfants résidant en France, de ses liens avec ses petits-enfants, ainsi que de l'état de santé de son époux. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si quatre des enfants du couple I résident en France, les deux autres enfants du couple résident en Tunisie et aucun obstacle ne s'oppose à ce que ces derniers assistent les époux I dans les tâches quotidiennes en Tunisie. De surcroît, leur fille F, dont il ressort des pièces du dossier qu'elle est une aide quotidienne, dont la présence est indispensable, est en situation irrégulière sur le territoire français, tout comme M. I, son époux. Ils ont donc tous les deux vocation à rejoindre eux aussi la Tunisie. En outre, Mme I ne peut se prévaloir d'aucune intégration sociale ou professionnelle sur le territoire français. Elle ne démontre par ailleurs pas être dépourvue d'attaches familiales et personnelles en Tunisie où elle a passé la plus grande majorité de sa vie. Dans ces conditions, Mme I n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen doit être écarté.
27. Il résulte de ce qui précède que Mme I n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre.
En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
28. Les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour ayant été écartés, Mme I n'est en tout état de cause pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.
29. Il résulte ce qui précède que Mme I n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
30. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme I n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
31. En second lieu, Mme I n'allègue encourir aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
32. Il résulte de tout ce qui précède que Mme I n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction et les frais d'instance présentées par les époux I :
33. D'une part, le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
34. D'autre part, la présente instance ne comportant aucuns dépens, les conclusions présentées à ce titre par les époux I ne peuvent qu'être rejetées. En outre, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2401751 et n° 2401752 présentées par M. et Mme I sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A I, à Mme J I, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Richard.
Délibéré après l'audience publique du 10 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La rapporteure,
A. JouguetLe président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2401751,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026