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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401778

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401778

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401778
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMANLAAHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 19 juin 2024, M. D A, représenté par Me Manla Ahmad, demande dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 12 juin 2024 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à la préfète de mettre fin sans délai à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, si l'aide juridictionnelle ne li était pas accordée, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre toutes les décisions :

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation ;

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses cinq enfants mineurs, en méconnaissance de l'article 3-1 due la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation puisque son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une attente disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation quant à sa durée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Milin-Rance pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, magistrate désignée,

- les observations de Me Manla Ahmad, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et souligne que le requérant est entré en France pour la dernière fois avec son épouse en 2024 et a été convoqué pour déposer une demande d'asile. Une demande de reprise en charge est en cours d'instruction auprès des autorités allemandes qui doivent répondre avant le 28 juin. La décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux, d'une erreur de fait, et d'une erreur manifeste d'appréciation. Le préfet avait connaissance que sa demande d'asile était en cours d'instruction et n'en a pas tenu compte. Sa demande d'asile n'a pas été examinée. Son comportement ne représente aucune menace pour l'ordre public en l'absence de poursuites pénales pour des faits dont il ne reconnait pas la teneur.

- les observations de Me Morel représentant le préfet de la Moselle qui conclut aux mêmes fis que le mémoire en défense et souligne que le requérant a déclaré être en France en 2022 avant de retourner en Allemagne, qu'il ne justifie pas de son identité ni de sa nationalité, qu'il a été interpellé pour des faits de violences sur un enfant d'un an et demi. S'il souhait déposer une demande d'asile, il ne s'est pas présenté aux convocations. Il a été informé au centre de rétention administrative qu'il avait la possibilité de déposer sa demande d'asile. Sa demande est en cours d'instruction et une demande de reprise en charge a été adressée aux autorités allemandes le 14 juin. Il ne produit aucun élément concret sur les risques encourus dans son pays d'origine. Il ne justifie pas de son intégration en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 5 février 1990, de nationalité serbe, a fait l'objet, le 10 juin 2024, d'un placement en garde à vue par les services de gendarmerie de Sarreguemines dans le cadre d'une procédure pour des faits de violences sur mineurs de moins de 15 ans par ascendant. Le 12 juin, le préfet de la Moselle lui a notifié un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour pendant une durée de trois ans. Placé en rétention administrative, il conteste cette décision.

Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de sursis à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. B C, directeur de l'immigration de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture du Haut-Rhin, qui a reçu délégation de signature du préfet de la Moselle par arrêté du 14 mai 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture consultable par voie électronique. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions attaquées indiquent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées alors même qu'elles ne mentionnent pas l'ensemble des éléments que M. A aurait fait valoir durant son audition par les services de police. Et il ne ressort pas de cette motivation que le préfet aurait omis de procéder à un examen complet de la situation du requérant.

6. En troisième lieu, les conditions de notifications d'un acte sont sans incidence sur la légalité de celui-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été notifié dans une langue non comprise par le requérant doit être écarté comme étant inopérant.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen ".

8. Il résulte des dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relative à l'obligation de quitter le territoire français, et des articles L. 621-1 et suivants du même code, relatives aux procédures de remise aux Etats membres de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen, que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-2 à L. 621-7, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagé l'autre.

9. Toutefois, il y a lieu de réserver le cas de l'étranger demandeur d'asile. En effet, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Par suite, lorsqu'en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles d'un autre Etat, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de cet article L. 572-1. En revanche, en application des dispositions de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013, lorsque sa demande d'asile a été définitivement rejetée, l'étranger peut faire l'objet soit d'une décision de remise, soit d'une obligation de quitter le territoire français.

10. Il ressort du procès-verbal d'audition par les services de police établi le 11 juin 2024 dans le cadre de la garde-à-vue que M. A a déclaré résider en France depuis deux ans et avoir quitté la Serbie où il rencontrait des problèmes à la suite de traductions qu'il aurait faites. S'il a indiqué qu'il devait " aller chercher un papier à la préfecture pour pouvoir travailler " et qu'il a indiqué qu'il s'agissait d'une demande d'asile, d'une part il ressort des pièces du dossier qu'il ne s'est pas rendu aux convocations qui lui avait été adressées de sorte que sa demande n'était pas enregistrée à la date à laquelle la décision a été prise, et d'autre part, il a dissimulé avoir déposé une précédente demande d'asile en Allemagne, alors qu'il lui incombait de communiquer aux autorités tous les éléments de son parcours depuis son pays d'origine. Dans ces circonstances, le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur de fait, et M. A, qui ne pouvait être regardé comme un demandeur d'asile, relevait bien des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Moselle pouvait valablement, pour ce seul motif, lui opposer une obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Si le requérant soutient que sa concubine, ses quatre enfants et ses trois petits-enfants résident en France et bénéficieraient d'une protection en qualité de demandeurs d'asile, outre qu'il ne justifie pas des liens familiaux dont il se prévaut, il a déclaré résider en France depuis deux ans, ne justifie d'aucune adresse stable, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date à laquelle la décision a été prise les demandes d'asile de sa compagne et de ses enfants auraient été enregistrées. Dans ces conditions, il ne démontre pas avoir développé sur le territoire français des attaches anciennes intenses et stables auxquelles la mesure d'éloignement contestée porterait une atteinte disproportionnée.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ce qui vient d'être exposé, la décision contestée ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

14. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 12, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de le Moselle ait commis une erreur manifeste d'appréciation en faisant obligation à M. A de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision relative au délai de départ :

15. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'ne prévaloir à l'appui des conclusions dirigées contre le refus de délai de départ volontaire.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " . Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; /() 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

17. Il est constant que M. A, qui n'a pas justifié d'une entrée régulière sur le territoire français, est dépourvu de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Dans ces conditions, le préfet de la Moselle, qui pouvait valablement estimer, pour ce seul motif, qu'il existait un risque que M. A se soustraie à la mesure portant obligation de quitter le territoire français, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

19. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. M. A soutient qu'il craint d'être persécuté en cas de retour en Serbie, il n'en précise toutefois pas les motifs et ne démontre pas la réalité des risques invoqués. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

21. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 ci-dessus, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

22. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour.

23. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public.". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

24. Le requérant invoque le caractère disproportionné de la décision en litige en indiquant que son comportement ne présente pas une menace pour l'ordre public, qu'il réside en France depuis deux ans et que sa compagne et ses enfants bénéficient de la protection en qualité de demandeurs d'asiles. Toutefois, s'il a déclaré résider en France depuis deux ans et produit un justificatif de prise en charge au SPADA de Metz du 4 novembre 2022 au 21 septembre 2023, il a également indiqué avoir vécu dans une caravane à Bordeaux avant d'être hébergé dans un hôtel en Moselle depuis le 10 mai 2024, de sorte que l'ancienneté et la stabilité de sa présence en France n'est pas établie. Il ne justifie pas davantage de la réalité, l'ancienneté et la stabilité des liens familiaux invoqués. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il a été placé en garde-à-vue le 10 juin 2024 dans le cadre d'une procédure pour des faits de violences sur mineurs de 15 ans par ascendant.

25. Dans ces conditions, compte tenu du fait qu'il lui est toujours loisible de solliciter la levée de l'interdiction de retour, le préfet de la Moselle, qui n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public et en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour.

26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E ;

Article 1er: M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Manla Ahmad et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 20 juin 2024 à 16 heures 31.

La magistrate désignée,

F. Milin-RanceLe greffier,

L. Bourée

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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