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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401782

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401782

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL RICHARD & LEHMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 20 juin 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen individuel et complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas célibataire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas célibataire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans son principe en raison des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa durée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian,

- les observations de Me Lehmann, avocat commis d'office, qui rappelle le parcours et la situation familiale de M. A ; qui précise que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée en l'absence de précision sur sa situation familiale ; qui soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne prend pas en compte les circonstances humanitaires, notamment la présence de sa conjointe et de sa famille en France ; qui soutient, s'agissant de la durée de cette interdiction, que son client a exécuté la précédente mesure d'éloignement ; qui conclut pour le surplus aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. A, lui-même, assisté d'une interprète en langue arabe, qui explique qu'il veut vivre sa vie en France, qu'il n'a jamais eu de problèmes, il est attaché à sa famille, à sa femme et à ses frères ;

- et les observations de M. D qui conteste l'entrée régulière en France de M. A, l'exécution de la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, l'existence d'une conjointe ou, en tout état de cause, la vie commune, et émet des doutes quant à l'identité de son frère dès lors que le prénom et l'adresse mentionnés au cours de son audition administrative ne correspondent pas au prénom et à l'adresse mentionnés sur l'attestation d'hébergement et sur la carte d'identité produites par le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 23 décembre 1985, est entré en France, selon ses déclarations, en 2015. Le 13 juin 2024, il a été placé en garde à vue pour des faits de vol à l'étalage. Par un arrêté du 14 juin 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel la préfète de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Si M. A soutient que la présence de sa famille n'est pas mentionnée, il n'établit en tout état de cause ni l'existence de la compagne dont il se prévaut, ni le caractère actuel de leur relation. Par suite, le moyen tiré du vice de forme ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il entretiendrait actuellement une relation avec une ressortissante française. La seule circonstance, à la supposer établie, qu'il résiderait chez son frère, de nationalité française, ne suffit pas à considérer que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de M. A.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

6. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige, ni des autres pièces du dossier que la préfète n'aurait pas examiné de manière complète et sérieuse la situation de M. A.

8. En quatrième lieu, si M. A soutient qu'il est en couple avec une ressortissante française depuis quatre ans, il n'apporte aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Si M. A soutient qu'il est en couple avec une ressortissante française depuis quatre ans et qu'il est présent sur le territoire français depuis 2015, il n'apporte aucune pièce de nature à étayer ses allégations. En outre, la circonstance, à la supposer établie, qu'il résiderait chez son frère, de nationalité française, ne suffit pas à considérer que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () " Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; () "

13. Pour soutenir qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, M. A se borne à faire valoir qu'il n'a pas été condamné des faits qui lui sont reprochés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé alors qu'il venait de tenter de cambrioler l'intérieur d'un véhicule et qu'il était porteur de divers bijoux féminins, un téléphone, et une carte bancaire. Par suite, la préfète n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'octroyer à M. A un délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

15. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

17. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. A n'est pas fondée à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi.

18. En troisième lieu, si M. A soutient qu'il est en couple avec une ressortissante française depuis quatre ans, il n'apporte aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

19. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

20. M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il entretient une relation avec une ressortissante française, a fortiori jusqu'à la date de la décision attaquée. La seule circonstance, à la supposer établie, qu'il résiderait chez son frère, de nationalité française, ne suffit pas à considérer que la préfète de Meurthe-et-Moselle aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de M. A. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation en raison de l'existence de circonstances humanitaires et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

21. Si M. A soutient qu'il est présent en France depuis 2015, soit depuis neuf ans à la date de la décision attaquée, il ne l'établit pas. En outre, il ne se prévaut d'aucun autre lien sur le territoire que la présence de sa compagne et de son frère. Or, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il entretient une relation avec une ressortissante française. Il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. S'il soutient l'avoir exécuté, ce que conteste la préfète, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, la préfète n'a pas inexactement appliqué les dispositions citées au point 19 en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Lu en audience publique le 21 juin 2024 à 14h20.

Le magistrat désigné,

P. Bastian

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète de de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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