vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401784 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | JACQUIN |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 15 juin 2024 sous le n° 2401783, M. E A, représenté par Me Jacquin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 29 mai 2024 par lesquels la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est de lui délivrer une attestation de demande d'asile " procédure normale " et de lui remettre un formulaire de demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Jacquin au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté portant transfert aux autorités croates est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas reçu les informations prévues à l'article 4 du règlement n°604/2013 ;
- il est entaché d'un vice de procédure, faute pour la préfète de justifier qu'il a pu bénéficier de l'entretien prévu à l'article 5 du règlement n° 604/2013 ;
- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il a indiqué, au cours de son entretien, avoir de la famille en France ;
- il appartient à la préfecture de justifier de la demande de reprise en charge auprès des autorités croates dans les conditions fixées par les articles 21 et 22 du règlement n° 604/2013 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que la préfète n'a pas fait usage du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose, en application de l'article 17 du règlement ;
- l'arrêté l'assignant à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant transfert aux autorités croates ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un défaut de base légale dès lors que l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas visé par l'arrêté ;
- il n'est ni nécessaire ni proportionné dès lors notamment que la mesure pose des difficultés pour s'occuper des enfants, qu'ils doivent se rendre dans une autre ville pour pointer et qu'il n'existe pas de risque de soustraction à l'exécution de la décision ;
- il contrevient injustement à son droit de circulation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Une note en délibéré a été enregistrée le 25 juin 2024 pour la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est et n'a pas été communiquée.
II. Par une requête enregistrée le 15 juin 2024 sous le n° 2401784, Mme D A, représentée par Me Jacquin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 29 mai 2024 par lesquels la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assignée à résidence ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est de lui délivrer une attestation de demande d'asile " procédure normale " et de lui remettre un formulaire de demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Jacquin au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté portant transfert aux autorités croates est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas reçu les informations prévues à l'article 4 du règlement n°604/2013 ;
- il est entaché d'un vice de procédure, faute pour la préfète de justifier qu'elle a pu bénéficier de l'entretien prévu à l'article 5 du règlement n° 604/2013 ;
- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'elle a indiqué, au cours de son entretien, avoir de la famille en France ;
- il appartient à la préfecture de justifier de la demande de reprise en charge auprès des autorités croates dans les conditions fixées par les articles 21 et 22 du règlement n° 604/2013 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que la préfète n'a pas fait usage du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose, en application de l'article 17 du règlement ;
- l'arrêté l'assignant à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant transfert aux autorités croates ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un défaut de base légale dès lors que l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas visé par l'arrêté ;
- il n'est ni nécessaire ni proportionné dès lors notamment que la mesure pose des difficultés pour s'occuper des enfants, qu'ils doivent se rendre dans une autre ville pour pointer et qu'il n'existe pas de risque de soustraction à l'exécution de la décision ;
- il contrevient injustement à son droit de circulation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Une note en délibéré a été enregistrée le 25 juin 2024 pour la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est et n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. Bastian, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bastian ;
- les observations de Me Jacquin, représentant M. et Mme A qui soutient qu'il ressort des pièces produites par la préfète que ses clients n'ont pas déposé de demande d'asile en Croatie ; qu'ils ont été malmenés par les autorités croates et que l'assignation à résidence n'est pas adaptée en raison du fait qu'ils habitent à Toul et doivent pointer à Nancy ;
- et les observations de M. A lui-même, assisté d'un interprète en langue turque, qui affirme avoir été malmené en Croatie, où ils ont été torturés.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, ressortissants turcs, ont sollicité l'asile en France le 24 avril 2024. Par des arrêtés du 29 mai 2024, dont M. et Mme A demandent l'annulation, la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a décidé leur transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de leurs demandes d'asile, et les a assignés à résidence.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur leurs demandes d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les autres conclusions de la requête n° 2401784 :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. ".
5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le début de la procédure, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 cité au point précédent. Eu égard à leur nature, la délivrance de ces informations constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
6. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme A se serait vue remettre les brochures intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' ", et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " comprenant l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013. Par suite, elle est fondée à soutenir que la décision portant transfert aux autorités croates est entachée d'un vice de procédure.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a décidé son transfert aux autorités croates ainsi que, par voie de conséquence, de l'arrêté du même jour par lequel elle l'a assignée à résidence.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé. "
9. Dès lors que les dispositions citées au point précédent prévoient de manière limitative les mesures d'exécution d'un jugement prononçant l'annulation d'une décision de transfert, l'exécution du présent jugement implique seulement que la préfète statue à nouveau sur le cas de Mme A. Il y a dès lors lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est de mettre fin aux mesures de surveillance de Mme A et de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
10. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Jacquin, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Jacquin au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les autres conclusions de la requête n° 2401783 :
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités croates :
11. En premier lieu, Mme B F, cheffe du pôle régional Dublin, a reçu délégation l'autorisant à signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, " les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin ", par arrêté de la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est du 26 janvier 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, dès lors, être écarté.
12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de sa signature apposée sur la première page des documents produits par la préfète, que M. A s'est vu remettre le 24 avril 2024 deux brochures intitulées " A. J'ai demandé l'asile dans l'UE - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' ", et " B. Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", documents rédigés en langue turque qu'il a déclaré comprendre, qui seules constituent la brochure commune au sens des dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. ".
14. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'entretien produit en défense par la préfète, que M. A a bénéficié, le 24 avril 2024, de l'entretien individuel et confidentiel, mené par un agent qualifié de la préfecture, comme le prévoit l'article 5 du règlement n° 604/2013 précité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme manquant en fait.
15. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, le règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté mentionne que la consultation du fichier Eurodac a révélé que M. A avait sollicité l'asile auprès des autorités croates et suisses, que ces autorités ont été saisies de demandes de reprise en charge le 7 mai 2024, que les autorités suisses ont refusé de reprendre en charge M. A, que les autorités croates ont expressément donné leur accord à cette reprise en charge le 20 mai 2024, que l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant la situation du requérant ne relèvent pas des dérogations prévues aux articles 3.2 ou 17 du règlement UE n°604/2013 et que cette décision ne méconnaît pas son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors que l'arrêté contesté comporte l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
16. En cinquième lieu, il ressort du résumé de l'entretien individuel que M. A a déclaré n'avoir aucun autre membre de sa famille en France, ni dans un autre Etat membre, ni en Islande, Norvège, Suisse ou au Liechtenstein. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
17. En sixième lieu, il résulte des dispositions de l'article 11 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 recensant les données enregistrées dans le système Eurodac qu'une personne y est identifiée non pas par son identité mais par le numéro de référence attribué par l'État membre où ses empreintes ont été prises à l'origine. L'article 24 de ce règlement précise également que, dans ce numéro de référence, le chiffre suivant la ou les lettres d'identification désignant l'État membre indique la catégorie de personne ou de demande. Il résulte de l'application combinée de cet article et des articles 9 et 14 du même règlement que le chiffre " 1 " désigne les demandeurs de protection internationale et le chiffre " 2 " désigne les personnes interpellées lors du franchissement irrégulier d'une frontière en provenance d'un pays tiers.
18. Il ressort des pièces du dossier que la consultation du fichier Eurodac le 24 avril 2024 a révélé que les empreintes digitales enregistrées par les autorités françaises sous le numéro " FR 1 9930848902 ", correspondant aux empreintes de M. A, étaient identiques à celles relevées par les autorités croates le 5 juin 2023 et par les autorités suisses le 15 décembre 2023. Contrairement à ce qu'a soutenu M. A au cours de l'audience publique, il ressort de la consultation du fichier Eurodac que ses empreintes ont été enregistrées sous deux numéros en Croatie, dont l'un commence par le chiffre " 1 ", correspondant à une demande de protection internationale effectuée par M. A auprès des autorités croates. Ces autorités ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 7 mai 2024 et ont explicitement donné leur accord à cette reprise en charge le 20 mai 2024. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il appartient à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin de justifier de la demande de prise en charge auprès des autorités croates et de la réponse apportée par ces autorités ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
19. En septième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".
20. Si M. A soutient qu'il a subi de mauvais traitements en Croatie, il ne produit aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, faute pour la préfète d'avoir appliqué les dispositions de l'article 17 citées au point précédent, doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que, l'arrêté portant transfert de M. A aux autorités croates n'étant pas entaché d'illégalité, le moyen tiré de ce que l'arrêté l'assignant à résidence devrait être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision de transfert doit être écarté.
22. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, il est suffisamment motivé.
23. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / Lorsqu'un Etat requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet Etat dans les plus brefs délais ou si un autre Etat peut être requis. / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. () ".
24. Si M. A soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de base légale dès lors qu'il ne vise pas l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'assignation à résidence en litige est fondée sur les dispositions citées au point précédent, visées et mentionnées par cet arrêté.
25. En quatrième lieu, si M. A conteste le caractère nécessaire des décisions d'assignation à résidence en l'absence de risque de fuite, cet argument est sans incidence sur la légalité d'une telle décision dès lors que les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas le prononcé de cette mesure à l'existence d'un tel risque.
26. En cinquième lieu, si M. A conteste le caractère proportionné de la mesure dès lors qu'il doit pointer deux fois par semaine à Nancy alors qu'il réside à Toul, il ne fait valoir aucun élément de nature à établir le caractère disproportionné de la mesure.
27. En sixième lieu, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence contrevient injustement à son droit de circulation n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
28. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 29 mai 2024 portant transfert aux autorités croates et assignation à résidence. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme A sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du 29 mai 2024 par lesquels la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est a décidé le transfert de Mme A aux autorités croates et l'a assignée à résidence sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est de mettre fin aux mesures de surveillance de Mme A et de statuer à nouveau sur son cas dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Jacquin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Jacquin, avocate de Mme A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Mme D H A, à Me Jacquin et à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le magistrat désigné,
P. Bastian
La greffière,
M. G
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2401783, 2401784
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026