lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401806 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | MIQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juin 2024, M. C D, représenté par Me Miquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 janvier 2024 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de reconnaissance d'apatridie ;
2°) de reconnaitre sa qualité d'apatride et à titre subsidiaire d'enjoindre au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnait l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 et l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2024, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision en date du 5 avril 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy a admis M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance,
- et les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, qui soutient être né le 28 décembre 1994 à Ourous-Martan (République tchétchène - Fédération de Russie), est entré en France en 2016 avec ses parents et ses frères de nationalité russe. A sa majorité, il a été mis en possession de titres de séjour régulièrement renouvelés jusqu'en 2021. Par une demande en date du 22 juin 2023, l'intéressé a saisi les services de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) aux fins de se voir reconnaître la qualité d'apatride. Par la décision contestée du 17 janvier 2024, le directeur général de l'OFPRA a rejeté cette demande.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par une décision du 15 janvier 2024, publiée sur le site internet de l'Office le même jour, le directeur général de l'OFPRA a donné délégation de signature à Mme B A, cheffe de bureau à l'effet de signer, notamment, tous actes individuels pris en application de l'article L. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme B A, signataire de la décision contestée, ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
3. Aux termes de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides : " Aux fins de la présente convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation () ". Aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". La reconnaissance de la qualité d'apatride implique d'établir que l'Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel.
4. Il incombe à toute personne se prévalant de cette qualité d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat de la nationalité duquel elle se prévaut a refusé de donner suite à ses démarches.
5. Pour refuser à M. D la qualité d'apatride, le directeur général de l'OFPRA s'est fondé sur la circonstance qu'il n'avait pas établi avoir accompli les actions préconisées par les autorités russes pour établir son identité auprès d'un tribunal civil de la Fédération de Russie, et n'avait pas davantage démontré que les autorités russes auraient formellement refusé de le reconnaitre comme leur ressortissant.
6. A l'appui de sa demande d'apatridie, M. D a produit un acte de naissance russe délivré le 12 mai 1995 et la copie d'un courrier du 28 novembre 2019 du consulat général de la Fédération de Russie à Strasbourg, dont il ressort que les autorités russes n'ont pas été en mesure de confirmer sa nationalité russe au motif que son identité ne pouvait être établie. Il ressort également des termes de ce courrier que les autorités russes lui ont préconisé de saisir un tribunal de la Fédération de Russie, en application de l'article 28 du code de procédure civile.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier du récépissé du 28 décembre 2011 délivré par le consulat russe en France pour une demande de reconnaissance de la citoyenneté russe entreprise par sa mère, que le requérant ait réalisé les démarches utiles en vue d'établir son identité, préalable nécessaire à toute démarche de reconnaissance de sa nationalité par les autorités compétentes de son pays d'origine. La circonstance que le requérant ne souhaite pas procéder aux démarches préconisées, compte tenu de la situation de conflit dans laquelle se trouve son pays d'origine, ne lui ouvre pas droit à la reconnaissance de la qualité d'apatride. Le requérant, qui n'apporte à l'appui de sa requête pas d'éléments fiables et sérieux permettant d'établir la réalité de son identité et de son état-civil, n'établit pas avoir entamé des démarches adaptées, répétées et assidues auprès des autorités russes et ne conteste pas utilement le fait qu'il pourrait se voir reconnaitre la nationalité russe. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur dans l'appréciation des stipulations de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 et des dispositions de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens doivent donc être écartés, ainsi que celui tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de D tendant à l'annulation de la décision du 17 janvier 2024 par laquelle le directeur général de l'OFPRA a refusé de lui reconnaitre la qualité d'apatride doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que, en tout état de cause, celles tendant à ce que lui soit reconnue la qualité d'apatride.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et à Me Miquet.
Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.
La rapporteure,
F. Milin-Rance
Le président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026