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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401834

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401834

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantGEHIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 juin et 5 août 2024, M. C A, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, et, en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les moyens propres à la décision portant refus de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- il a été privé de la possibilité de se défendre des griefs portés à son encontre, de se faire assister en phase administrative et d'avoir connaissance du rapport établi à son encontre, en méconnaissance des droits de la défense ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- la préfète des Vosges a commis une erreur de droit dès lors qu'en se prononçant prématurément sur le caractère réel et sérieux de sa formation, sans attendre l'écoulement d'une durée de six mois, elle a fait obstacle à ce qu'il puisse justifier l'avoir suivie durant au moins six mois à la date de la décision attaquée ;

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à défaut de prouver la notification de la décision du bureau de l'aide juridictionnelle, la requête sera rejetée comme irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Philis,

- et les observations de Me Géhin, représentant M. A.

La préfète des Vosges n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 18 février 2005, est entré en France, selon ses déclarations, en novembre 2021. Par une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République du tribunal judiciaire d'Epinal du 24 février 2022 puis, par une ordonnance d'ouverture de tutelle d'Etat du tribunal judiciaire d'Epinal du 2 mars 2022, il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département des Vosges. M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 avril 2024, la préfète des Vosges a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 28 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Vosges le même jour, la préfète des Vosges a donné délégation à M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans les Vosges, à l'exception de la réquisition du comptable et des réquisitions de la force armée. Dans ces conditions, M. B était compétent pour signer la décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance du principe général des droits de la défense, la décision attaquée ayant été prise en réponse à sa demande. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A avait d'autres éléments utiles à faire valoir, le cas échéant assisté par un avocat, de nature à avoir une influence sur le sens de la décision prise à son encontre, et qu'il n'aurait pas pu mettre en avant lors du dépôt de sa demande initiale de titre de séjour. S'il soutient qu'il n'a pas été mis à même d'avoir connaissance du rapport établi à son encontre, il n'apporte pas de précision sur la nature de ce rapport. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

7. Pour refuser d'admettre au séjour M. A, la préfète des Vosges s'est notamment fondée sur l'absence de suivi depuis au moins six mois d'une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle.

8. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir pris part à une unité pédagogique pour élèves allophones arrivants durant l'année scolaire 2022-2023, M. A a été orienté en première année d'un CAP peinture en septembre 2023. Exclu de cette formation en raison de son comportement, il a intégré, le 12 décembre 2023, un cursus en vue d'obtenir un CAP cuisine. Par conséquent, l'intéressé ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, avoir suivi cette nouvelle formation depuis au moins six mois, conformément aux dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce seul motif étant de nature à justifier le refus de séjour en litige, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions. Aucune disposition législative ou réglementaire ne faisant obstacle à ce que l'autorité préfectorale se prononce sur une demande de titre de séjour présentée sur ce fondement, sans attendre que l'étranger justifie depuis au moins six mois d'une formation qualifiante, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur de droit. Par suite, les moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par M. A à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.

10. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. A, présent sur le territoire français depuis novembre 2021, est célibataire et sans charge de famille et ne justifie, par les pièces qu'il produit, ni d'une insertion professionnelle, ni avoir noué des liens d'une intensité particulière durant son séjour en France. Il ressort des pièces du dossier qu'il dispose, par ailleurs, d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète des Vosges n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :

12. Les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par M. A à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écartée.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, ainsi que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par le requérant au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Géhin et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience publique du 5 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Samson-Dye, présidente,

M. Bastian, conseiller,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

L. Philis

La présidente,

A. Samson-Dye

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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