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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2401896

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2401896

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2401896
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Guyon, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de la Meuse a suspendu pour une durée de six mois la validité de son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Meuse, à titre principal, de lui restituer son permis de conduire dans un délai de 72 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation également dans un délai de 72 heures, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- sur la condition d'urgence : la décision porte une atteinte grave et immédiate à sa situation ; elle exerce la profession d'autoentrepreneur et le lieu d'exécution de son activité est distant de 50 kilomètres de son domicile ; la détention de son permis de conduire est donc une condition nécessaire à l'exercice effectif de sa profession ; elle ne pourra plus se déplacer tant pour les activités de la vie courante que pour ses besoins professionnels ; elle ne dispose d'aucun moyen de transport lui permettant de pallier l'absence de permis de conduire ; son activité d'autoentrepreneur lui permet de percevoir un revenu mensuel de 1 000 euros ; elle supporte des charges fixes rendant indispensable l'exercice de son activité professionnelle ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- la requête enregistrée le 24 juin 2024 sous le n° 2401897 par laquelle Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de la Meuse a suspendu pour une durée de six mois la validité de son permis de conduire.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sur sa situation ou, le cas échéant, des autres personnes concernées, sont de nature à caractériser, à la date à laquelle il statue, une urgence justifiant que, sans attendre le jugement du recours au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Mme A soutient à l'appui de sa demande de suspension de la décision suspendant la validité de son permis de conduire qu'elle est autoentrepreneur et que la détention d'un permis de conduire est indispensable à l'exercice de son activité professionnelle. Toutefois, au soutien de cette allégation, la requérante se borne à produire un extrait d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés d'une activité de " vente de vêtements et bonbons, achat-revente " sans apporter aucune précision quant aux modalités d'exercice de cette activité. Si la requérante soutient également que cette activité de commerçante, qu'elle exercerait depuis le 30 septembre 2019, lui permettrait de percevoir un revenu mensuel de 1 000 euros, les avis d'imposition qu'elle produit ne font état d'aucun revenu professionnel au titre de l'année 2022 et de salaires de 74 euros au titre de l'année 2021, alors que l'extrait Kbis fait mention d'un commencement d'activité au 30 septembre 2021. Ce faisant, la requérante ne justifie pas exercer une activité commerciale sur le territoire de la commune de Villotte-devant-Louppy rendant nécessaire l'usage de son véhicule. Enfin, s'agissant des déplacements personnels de la requérante, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ne pourrait pas bénéficier, à cette fin, de l'assistance de proches. Il résulte de ce qui précède que Mme A ne justifie pas que la décision contestée préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation tant professionnelle que personnelle et, par suite, d'une urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la demande de Mme A tendant à ce que le juge des référés prononce la suspension de l'exécution de l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de la Meuse a suspendu pour une durée de six mois la validité de son permis de conduire peut être rejetée par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Nancy, le 28 juin 2024.

Le juge des référés,

B. Coudert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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