jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401973 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | GRAVIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juillet 2024, M. C D B, représenté par Me Gravier, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre, jusqu'à l'intervention du jugement au fond, l'exécution des courriels des 4 octobre et 6 décembre 2023 refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;
3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, un titre de séjour portant la mention " étudiant ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors qu'en raison des effets des décisions en litige, il n'a plus le droit de demeurer sur le territoire français, qu'il ne pourra soutenir son mémoire en septembre, ce qui aura pour effet de l'empêcher de valider son diplôme de Master 2 Santé publique et d'obtenir le renouvellement d'un logement universitaire ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées, lesquelles sont entachées d'incompétence, d'un vice de forme au regard de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, d'un défaut de motivation, méconnaissent les articles L. 422-1 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'un défaut d'examen au regard de ces dispositions et stipulations.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que ses courriels des 4 et 6 décembre 2023 ne constituent pas des décisions faisant grief ;
- à titre subsidiaire, l'urgence n'est pas établie.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à la suspension du courriel du 4 octobre 2023, celui-ci ne présentant pas le caractère de décision faisant grief.
Vu :
- la requête enregistrée le 21 juin 2024 sous le n° 2401887 par laquelle M. B demande au tribunal d'annuler les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 juillet 2024 à 11h00 :
- le rapport de M. Di Candia,
- les observations de Me Gravier, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et précise en outre que si la préfecture invite les administrés à faire leur démarche depuis la plateforme " démarches simplifiées ", celle-ci n'est pas conçue pour les changements de statut, que la décision fait grief, dès lors qu'elle s'engage sur les conditions de fond relatives au changement de statut, que le changement de statut n'entre d'ailleurs pas dans le champ des procédures devant faire l'objet de procédures dématérialisées, qu'il y a urgence, dès lors qu'il est en situation irrégulière et qu'il ne peut obtenir un nouveau logement auprès du CROUS que s'il est en situation régulière ;
- et les observations de Mme A, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens, en précisant qu'en dépit d'une maladresse rédactionnelle, le courrier du 6 décembre 2023 ne peut être regardé comme un refus de titre de séjour, son rédacteur ayant seulement eu l'intention d'informer M. B sur les conditions de prolongation du statut stagiaire, que d'ailleurs, l'intéressé a, le 16 janvier 2024, soit postérieurement au 6 décembre 2023, entrepris de nouvelles démarches dématérialisées, preuve qu'il ne s'est pas considéré comme s'étant vu opposer un refus de titre de séjour, que l'urgence n'est pas établie, dès lors que M. B n'établit ni ne pas pouvoir soutenir son mémoire, ni ne pas pouvoir trouver des solutions alternatives de logement à celles proposées par le CROUS de Lorraine.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h52.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant béninois né à Porto-Novo le 6 février 1995, est entré en France en mars 2021 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de " stagiaire ", qui a été renouvelé jusqu'au 2 juillet 2024. Praticien associé au sein du centre hospitalier de Saint-Denis, M. B a été admis en Master 2 " Santé Publique " à l'Université de Lorraine. Il a demandé à la préfecture de Meurthe-et-Moselle un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Les 4 octobre et 6 décembre 2023, les services de la préfecture ont respectivement invité l'intéressé à formaliser sa demande auprès du préfet puis rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre le courriel du 4 octobre 2023 :
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes employés dans la copie d'écran jointe à son courriel du 4 octobre 2023, que M. B a saisi la préfecture en indiquant expressément vouloir " faire un changement de statut, de " stagiaire " à " étudiant " ", en précisant être passé au guichet de la préfecture et, sur invitation des services de la préfecture, joindre les justificatifs nécessaires à sa demande. Si, par un premier courriel du 4 octobre 2023, le service de la préfecture a dans un premier temps indiqué que : " vous ne pouvez donc pas solliciter de changement de statut avec un titre de séjour " stagiaire " ", il ressort des termes d'un second courriel des services de la préfecture du même jour, dont le requérant demande la suspension, que le bureau de l'admission au séjour a invité le requérant à solliciter le titre de séjour par courrier auprès de la préfète de Meurthe-et-Moselle, retirant ainsi le premier courriel en laissant entendre que l'instruction de sa demande pouvait se poursuivre, et précisé à l'intéressé que l'instruction de sa demande " ne relevait pas de ce service ". Ce courriel, qui a pour unique objet d'informer le requérant des modalités d'instruction de sa demande, n'entraîne aucun effet sur la situation de M. B, dont l'instruction se poursuit, et doit en conséquence être regardé comme n'ayant pas le caractère d'une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Il s'ensuit que les conclusions à fin de suspension dirigées contre ce courriel, présentées par le requérant, doivent être rejetées comme étant irrecevables.
Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision du 6 décembre 2023 :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
5. Il ressort en revanche des termes du courriel du 6 décembre 2023 que les services de la préfecture ont expressément indiqué à M. B : " la réglementation régissant le statut de stagiaire associé est très claire. Une carte de deux ans vous est délivrée, en revanche cette dernière est non renouvelable et ne peut donner lieu à un changement de statut dans la foulée. La raison est que ce type de carte est interdépendante de la convention de stage validée par la plateforme main d'œuvre étrangère ". Ce faisant, les services de la préfecture ont nécessairement refusé de procéder au changement de statut sollicité par M. B, nonobstant la circonstance qu'il ait, postérieurement à ce courriel, entrepris de nouvelles démarches en ligne en vue de persister dans sa demande. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'interprétation que donne la préfète de Meurthe-et-Moselle de ce courriel, selon laquelle celui-ci ne comporterait en lui-même aucune décision faisant grief à M. B, doit être écartée.
En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions à fin de suspension :
6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
7. D'une part, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sur sa situation ou, le cas échéant, des autres personnes concernées, sont de nature à caractériser, à la date à laquelle il statue, une urgence justifiant que, sans attendre le jugement du recours au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
8. En l'espèce, la décision du 6 décembre 2023 a pour effet de placer M. B en situation irrégulière sur le territoire français, ce qui fait obstacle à ce qu'il puisse obtenir un nouveau logement universitaire auprès du CROUS de Lorraine, et est de nature à faire obstacle à l'achèvement de son cursus universitaire, incluant la soutenance d'un mémoire de stage dans le cadre de son Master 2 Santé publique prévue le 18 septembre 2024. Par suite, sa demande de suspension présente un caractère d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
9. D'autre part, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du vice de forme au regard de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, du défaut de motivation, de la méconnaissance des articles L. 422-1 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 6 décembre 2023 portant refus de séjour.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 6 décembre 2023 par laquelle les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle ont refusé de délivrer un titre de séjour " étudiant " à M. B.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. B, dans un délai de cinq jours à compter de sa notification, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du jugement au fond, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
9. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gravier, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 1 200 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du 6 décembre 2023 refusant de délivrer un titre de séjour " étudiant " à M. B est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. B, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour valable dans l'attente du jugement au fond.
Article 4 : Sous réserve que Me Gravier, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, l'Etat lui versera la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Gravier et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 18 juillet 2024.
Le juge des référés,
O. Di Candia
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026