vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2401981 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | CORSIGLIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 juillet, 26 et 29 août 2024, M. F, agissant par le biais de Mme B D, sa tutrice légale, et représenté par Me Corsiglia, demande au tribunal :
1°) d'ordonner la communication du rapport médical ayant permis d'élaborer l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;
3°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai, sous astreinte de cent euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :
- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
- elle doit être annulée par voie de conséquence ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense enregistrés les 19 et 27 août 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- et les observations de Me Corsiglia, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant pakistanais né le 24 février 2004, déclare être entré sur le territoire français le 1er janvier 2019 en qualité de mineur étranger isolé. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de Meurthe-et-Moselle. Par un jugement du tribunal judiciaire de Nancy du 19 avril 2022, M. E a été placé sous tutelle du service des préposés au mandataire judiciaire à la protection des majeurs du centre psychothérapique de Nancy. Le 2 juin 2023, il a formé une demande d'admission au séjour en raison de son état de santé. Par des arrêtés du 25 juillet 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois en l'assignant à résidence sur le territoire du département de Meurthe-et-Moselle. Ces décisions ont été annulées par un jugement de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy du 4 août 2023. Par un nouvel arrêté du 24 avril 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. Par sa requête, le requérant demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
2. Par un arrêté du 18 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à Mme C A, directrice de service, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme C A, signataire des décisions contestées, ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () "
4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un accès effectif au traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
5. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. E à raison de son état de santé, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 avril 2024 qui a estimé que si l'état de santé de M. E nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
6. Pour remettre en cause cette appréciation, M. E produit un certificat médical et un compte-rendu d'hospitalisation, établis les 5 avril 2022 et 9 janvier 2024 par des médecins spécialisés, selon lesquels M. E souffre de schizophrénie depuis juin 2021 et que l'évolution de sa maladie est stabilisée depuis le premier trimestre 2023 grâce à la mise en place d'un traitement par Xeplion. Ces documents ne précisent toutefois pas que le requérant ne pourrait bénéficier d'un traitement médical au Pakistan. Ils ne permettent donc pas à eux seuls de remettre en cause l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En outre, la préfète produit des fiches " Medcoi " selon lesquelles le palipéridone, molécule active du médicament Xeplion, est disponible au Pakistan. Si le requérant fait état du rapport de l'organisation mondiale suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), établi en juin 2018, sur les difficultés d'accès à des soins psychiatriques au Pakistan, ces éléments, très généraux, ne sont pas suffisants pour établir que le requérant ne pourra pas avoir effectivement accès aux soins appropriés à sa pathologie, ni recevoir un traitement approprié dans son pays d'origine. Enfin, en se bornant à alléguer qu'il ne dispose pas des moyens financiers pour disposer du traitement approprié, M. E n'apporte aucun élément précis sur le coût des traitements, sur ses ressources et sur la couverture sociale à laquelle il pourrait prétendre. Si M. E se prévaut de de l'isolement de son village et de ses difficultés à se déplacer pour disposer du traitement approprié, il est constant que toute sa famille est présente au Pakistan. Il n'établit ainsi ni qu'il serait dans l'impossibilité de disposer du traitement requis dans son pays d'origine ni qu'il serait dans l'impossibilité de bénéficier d'un accompagnement social de proximité, compte tenu de la présence de sa famille au Pakistan. Dans ces conditions, et sans qu'il soit alors besoin de solliciter la communication du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a fait obligation à M. E de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour ne peut qu'être écarté.
8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E est entré sur le territoire français il y a cinq ans à la date de la décision contestée. Il soutient qu'en raison de son état de santé, sa situation personnelle fait obstacle au prononcé d'une mesure d'éloignement. Il résulte de ce qui a été exposé au point 6 ci-dessus que si son état de santé nécessité un traitement approprié, dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier des soins adaptés dans son pays d'origine, alors d'ailleurs que l'ensemble de sa famille, avec laquelle il a conservé des liens, y réside. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle que la préfète de Meurthe-et-Moselle a fait obligation à M. E de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a octroyé un délai de départ volontaire de trente jours doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a fixé le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant de lui accorder un titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
12. M. E soutient que son retour au Pakistan l'exposerait à des traitements contraires aux textes susvisés. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 6 ci-dessus, M. E n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité d'y suivre son traitement et il n'établit pas davantage la réalité des risques personnels auxquels il serait exposé en cas de retour au Pakistan. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des textes précités doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. E ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G E, à Me Corsiglia et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience publique du 3 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
O. Di Candia
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2401981
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026