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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402028

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402028

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée le 6 juillet 2024 sous le n° 2402028, Mme G épouse E, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa situation dans le même délai et dans les deux cas, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, qui, dans cette hypothèse, s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la préfète ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation et a entaché sa décision d'une erreur de droit en n'examinant pas la possibilité de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- au regard des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision est entachée :

. de vices de procédure tenant à l'absence d'authentification de la signature des membres du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui ont rendu un avis sur l'état de santé de son fils, à l'irrégularité de la désignation des membres de ce collège, à ce que le rapport médical ne doit pas avoir été rédigé par l'un des médecins siégeant au collège et doit avoir pris en compte l'ensemble des pathologies, ce dont il revient à la préfète de justifier ;

. d'une erreur de droit en ce que la préfète s'est estimée en compétence liée par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

. d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son fils est atteint d'une maladie rare nécessitant un traitement et une prise en charge pluridisciplinaire indisponibles en Macédoine ;

- la préfète a entaché sa décision d'une erreur de droit en n'examinant pas sa demande sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle avait nécessairement demandé l'application compte tenu des motifs de sa demande de titre de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conditions posées par ces articles ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète a commis une erreur de droit en n'examinant pas les conséquences de sa décision au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et les a méconnues ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation de son fils ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- son annulation s'impose comme étant la conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ;

- à titre subsidiaire, l'annulation de cette décision s'impose du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation de son fils ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- son annulation s'impose comme étant la conséquence de l'annulation des décisions de refus de titre de séjour et d'éloignement ;

- à titre subsidiaire, l'annulation de cette décision s'impose du fait de l'illégalité de ces dernières décisions ;

- la décision n'est pas motivée en fait ;

- faute de désigner correctement le pays de renvoi, la décision doit être annulée ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait qui révèle un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 14 juin 2024.

II - Par une requête enregistrée le 6 juillet 2024 sous le n° 2402029, M. B E, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa situation dans le même délai et dans les deux cas, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, qui, dans cette hypothèse s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 2402028.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 14 juin 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- et les observations de Me Gravier, substituant Me Jeannot, représentant M. et Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme et M. E, ressortissants macédoniens nés respectivement le 13 mai 1985 et le 30 mai 1980, sont entrés en France accompagnés de leur fils mineur, le 24 octobre 2022 selon leurs déclarations, pour y solliciter le statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 3 février 2023 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 octobre 2023. Ils ont sollicité, le 3 mars 2023, une autorisation provisoire de séjour en se prévalant de l'état de santé de leur fils. Par deux arrêtés du 28 mai 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits. Par les deux requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, M. et Mme E demandent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :

2. Les arrêtés du 28 mai 2024 sont signés par Mme D A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a, par un arrêté du 1er février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, délégué sa signature à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait qui fondent les décisions portant refus de séjour. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions manque en fait et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des motifs des décisions en litige, ni des autres pièces des dossiers, que la préfète de Meurthe-et-Moselle se serait abstenue de procéder à un examen particulier de la situation personnelle et familiale des requérants, ni qu'elle n'aurait pas examiné l'opportunité de faire usage de son pouvoir discrétionnaire. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " () le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ".

6. Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / () ".

7. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical () ". Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. / () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis (). Cet avis mentionne les éléments de procédure ".

8. D'une part, il ressort des pièces des dossiers que l'avis rendu le 23 février 2024 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est revêtu du nom et des signatures des trois médecins composant ce collège, les docteurs Mbomeyo, Ruggieri et Delaunay, qui ont été régulièrement désignés par une décision du 7 juin 2021 du directeur de l'OFII modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège à compétence nationale de l'OFII. Les requérants ne peuvent par ailleurs utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, qui renvoient au I de l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives, dès lors que l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII n'est pas au nombre des actes relevant du champ d'application de ces dispositions, dont le respect ne s'impose qu'aux décisions administratives.

9. D'autre part, il ressort des mentions de l'avis rendu le 23 février 2024 que le Dr F qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins qui a examiné le dossier du fils des époux E, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Enfin, il n'appartient pas au préfet de produire le dossier médical de l'OFII, et notamment les rapports médicaux sur le fondement desquels le collège de médecins a rendu son avis, dès lors que le préfet ne peut légalement avoir accès à ces éléments compte tenu du principe du secret médical. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier, au vu notamment des termes de l'avis rendu par le collège de médecins et alors que les requérants n'invoquent qu'une seule pathologie, que le médecin rapporteur n'aurait pas examiné l'ensemble des pathologies dont est atteint leur enfant.

11. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 9 à 11 du présent jugement que les moyens tirés de ce que l'avis du 23 février 2024 du collège de médecins de l'OFII n'aurait pas été rendu dans des conditions régulières, ne peuvent qu'être écartés.

12. Par ailleurs, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle.

13. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

14. Il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués ni des pièces des dossiers que la préfète se serait crue en situation de compétence liée au regard de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, dont, contrairement à ce que soutiennent les requérants, elle s'est appropriée les termes qu'elle a rappelés.

15. Enfin, il ressort des pièces des dossiers que, par son avis émis le 23 février 2024, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé du fils des requérants nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont ils sont originaires, l'enfant pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ne ressort des documents médicaux produits par les requérants aucun élément susceptible de remettre en cause l'appréciation qu'a portée le collège de médecins de l'OFII quant à l'existence et l'accessibilité des traitements qui sont nécessaires au fils des requérants dans leur pays d'origine dès lors en particulier que le chef du département des soins intensifs et thérapies de la clinique universitaire pour les maladies infantiles de Skopje atteste que cet enfant a bénéficié à raison de trois injections par an depuis qu'il a atteint l'âge de cinq ans, du traitement par Nusinersen qui lui est administré en France selon la même fréquence. Si ce même médecin anticipe une détérioration de l'état général de cet enfant nécessitant à terme une assistance respiratoire, l'échéance n'en est pas précisée. Enfin, il ressort du bilan respiratoire réalisé le 16 mai 2023 que l'enfant ne présente aucune anomalie respiratoire et qu'un test par exploration fonctionnelle respiratoire (EFR) tous les deux ans s'avère suffisant. Il n'est pas démontré que ce suivi, de même que les séances de kinésithérapie, ne pourraient pas se poursuivre dans le pays d'origine de cette famille. Par suite, M. et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que la préfète aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou entaché ses décisions d'une erreur dans l'appréciation de leur situation au regard de ces mêmes dispositions.

16. En cinquième lieu, il ne ressort pas des termes des demandes de titre de séjour du 3 mars 2023 que les requérants auraient sollicité un titre de séjour sur un autre fondement que les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, ils ne sont pas fondés à soutenir que la préfète, qui n'était pas tenue d'examiner la demande sur un autre fondement que celui invoqué, aurait dû regarder leurs demandes de titres de séjour comme également fondées sur les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De plus, dès lors que la préfète n'a pas examiné la situation de M. et Mme E au regard des dispositions de ces articles, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation commise dans l'application de ces dispositions doivent être écartés comme étant inopérants.

17. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

18. Il ressort des pièces des dossiers que les requérants résidaient en France depuis moins de deux ans à la date des arrêtés contestés. En se bornant à faire valoir que les refus de titre de séjour en litige emportent des conséquences particulièrement graves pour leur fils, ils ne démontrent pas que les refus de titre en litige ont porté à leur droit au respect de leur vie familiale et privée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ils ont été pris. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté. Pour les mêmes motifs, ils ne sont pas fondés à soutenir que la préfète s'est livrée à une appréciation manifestement erronée des conséquences de ses décisions sur leur situation et celle de leur enfant.

19. En septième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières dispositions que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

20. La préfète a, en examinant les conditions dans lesquelles l'état de santé du jeune C était susceptible d'ouvrir un droit au séjour à ses parents, nécessairement examiné les conséquences que les refus de séjour qu'elle a opposés à ces derniers auraient sur leur situation et celle de leur enfant, notamment au regard de l'intérêt supérieur de celui-ci. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

21. Par ailleurs, eu égard à ce qui a été dit aux points 15 et 18 du présent jugement, dans la mesure où il ne ressort pas des pièces des dossiers que les soins nécessités par la pathologie de cet enfant ne pourraient pas lui être dispensés dans son pays d'origine où la cellule familiale a vocation à rester unie, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la préfète aurait commis une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant refus de séjour ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation des refus de titre de séjour doit être écarté.

23. Pour les mêmes motifs, M. et Mme E, qui n'établissent pas que les décisions portant refus de séjour seraient entachées d'illégalité, ne sont pas non plus fondés à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité des refus de titre de séjour à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

24. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 18, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision d'éloignement sur la situation des requérants et de leur fils doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

25. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions doit être écarté.

26. Pour les mêmes motifs, M. et Mme E qui n'établissent pas que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français seraient entachées d'illégalité, ne sont pas non plus fondés à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions à l'encontre des décisions fixant le pays de destination.

27. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués mentionnent que les requérants n'ont pas établi être exposés à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans le pays dont ils ont la nationalité. Les arrêtés comportent ainsi une motivation spécifique en fait s'agissant de la fixation du pays de retour. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions fixant le pays de retour ne peut qu'être écarté.

28. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces des dossiers ni des termes des arrêtés attaqués que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants avant de fixer le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office. Par suite, ce moyen doit être écarté.

29. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

30. Les requérants se bornent à soutenir qu'ils seraient exposés à des peines et traitements contraires aux stipulations précitées sans autre précision. Ce faisant, ils ne mettent pas le tribunal en mesure d'apprécier la portée de ce moyen sur la légalité des décisions contestées. S'ils soutiennent que leur enfant est également exposé à des traitements inhumains et dégradants faute de pouvoir bénéficier d'un traitement approprié dans leur pays d'origine, il résulte de ce qui a été dit au point 15 du présent jugement que ce moyen doit être écarté.

31. En dernier lieu, les arrêtés attaqués se bornent à indiquer que les requérants seront éloignés à destination du pays dont ils ont la nationalité. Ainsi, ces derniers ne sont pas fondés à soutenir que la préfète, en mentionnant la Macédoine au lieu de la Macédoine du Nord comme pays de destination, aurait commis une erreur de fait. Par suite, ce moyen doit être écarté.

32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

33. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'État, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, les sommes demandées par M. et Mme E au bénéfice de leur conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :Les requêtes de M. et Mme E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G épouse E, à M. B E, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.

Délibéré après l'audience publique du 1er octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

G. GrandjeanLe président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2402028, 2402029

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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