vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402062 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CROSNIER SERVANE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, à 16 heure 50, sous le numéro 2402062, M. D B, représenté par Me Crosnier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Aube a retiré sa carte de résident, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la préfète la somme de 2 000 euros à verser à son avocat, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- elle sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- il ne présente pas de risque de fuite.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Aube, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
II. Par une ordonnance du 10 juillet 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Châlons-en-Champagne le 9 juillet 2024, à 19 heures 20, M. D B, représenté par Me Crosnier, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 5 juillet 2024 par lesquelles la préfète de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est toujours exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Cabecas, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cabecas ;
- les observations de M. B, assisté d'un interprète en langue sri-lankaise, qui indique ne pas vouloir retourner dans son pays d'origine où il encoure des risques pour sa vie et souhaiter rester en France où il dispose de l'ensemble de ses attaches familiales ;
- et les observations de M. C, représentant de la préfète de l'Aube qui reprend les termes du mémoire en défense et fait en outre valoir que le requérant a passé près de dix ans en prison et qu'il ne justifie pas d'attaches privées et familiales suffisantes sur le territoire français.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sri-lankais né le 1er février 1996, est entré en France le 20 novembre 2009, selon ses déclarations. Le statut de réfugié lui a été reconnu et il a obtenu une carte de résident, à sa majorité, valable du 28 avril 2015 au 27 avril 2025. Par une décision du 21 avril 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a mis fin à la reconnaissance du statut de réfugié, sur le fondement des dispositions de l'article L. 511-8, 1er alinéa en raison de la renonciation de son père à ce statut. Le recours de M. B contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par l'arrêté contesté du 5 juillet 2024, la préfète de l'Aube a retiré sa carte de résident, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant son pays de destination et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans. Placé en rétention administrative, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures ". Aux termes de l'article L. 614-9 du même code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, (), statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. ()". Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative au sein de la section III " dispositions applicables en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence " : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. () Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire () ".
3. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un retrait de carte de résident et d'un refus de séjour. Ainsi, il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation des décisions du 5 juillet 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, les conclusions dirigées contre les décisions du même jour par lesquelles la préfète de l'Aube a retiré la carte de résident de M. B et a refusé de lui délivrer un titre de séjour doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy, de même que celles présentées à titre accessoire à celles-ci, à fin d'injonction sous astreinte et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
4. En premier lieu, par un arrêté du 18 avril 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 27 avril 2023, le préfet de la Côte d'Or a donné délégation à M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite, M. A, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation desdites décisions doit être écarté comme manquant en fait.
6. En troisième lieu, les conditions de notification de la décision attaquée sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le moyen tiré de l'irrégularité de cette notification ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circonstance qu'un titre de séjour a été refusé à M. B. Par suite, ce dernier ne peut utilement soutenir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
8. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est () édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ". L'autorité administrative ne peut légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France au cours de l'année 2009 et qu'il a été titulaire d'une carte de résident en qualité de réfugié, à compter du mois d'avril 2015, jusqu'au retrait de celle-ci par la décision contestée du 9 juillet 2024. Il ressort également des pièces du dossier que le père du requérant est décédé et que sa mère, sa sœur et son frère résident régulièrement sur le territoire français sous couvert de cartes de résident. Toutefois, M. B est célibataire et sans charge de famille et ne produit aucun élément de nature à démontrer une intégration particulière sur le territoire français. Il ressort au contraire des pièces du dossier qu'il a été condamné, le 18 décembre 2017, par le tribunal correctionnel de Nanterre, à une peine de cinq ans d'emprisonnement pour des faits d'agression sexuelle commis en réunion, puis, le 6 mars 2019, par le tribunal correctionnel de Pontoise, à une peine d'emprisonnement de huit mois pour dégradation d'un bien appartenant à autrui et violences avec usage ou menace d'une arme, puis, le 11 mai 2020, par le même tribunal, à une peine de 4 mois d'emprisonnement pour des faits de violences sur une personne dépositaire de l'autorité publique et tentative de vol par effraction, et enfin, le 20 juillet 2021, par le tribunal correctionnel de Sens, à une peine de quatre ans d'emprisonnement pour des faits, notamment, de violences sur sa compagne en état de récidive. Eu égard à la multitude et à la gravité des faits commis, le comportement de M. B constitue une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, eu égard à la menace qu'il représente et aux seuls liens familiaux précédemment énoncés, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il n'est pas non plus fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à supposer qu'il ait entendu se prévaloir d'un tel moyen.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".
12. Eu égard à ce qui a été dit au point 10 du présent jugement, le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public et le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-2 en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire pour ce motif. Il ne peut par ailleurs utilement soutenir qu'il ne présente pas de risques de fuite dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur cette circonstance pour prononcer la décision en litige.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, M. B n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales au Sri-Lanka où il a vécu jusqu'à l'âge de treize ans. La décision fixant son pays de destination ne porte donc pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, tel que prévu par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a obtenu le statut de réfugié, au cours de l'année 2011, en raison de l'attribution de cette qualité à son père. Par une décision du 21 avril 2024, l'OFPRA lui a retiré le statut de réfugié au motif que ce dernier y avait renoncé et que M. B ne justifiait pas être exposé à des persécutions ou des atteintes graves en cas de retour au Sri Lanka. Le recours de l'intéressé contre cette décision a par ailleurs été rejeté par la CNDA, le 24 août 2023. Si M. B soutient être exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il ne produit aucune pièce de nature à le démontrer. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
16. Si, eu égard au comportement de M. B tel que rappelé au point 10 du présent jugement, son comportement constitue une menace grave pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que sa mère, son frère et sa sœur résident régulièrement sur le territoire français, alors même que le statut de réfugié leur a été également retiré. Le requérant justifie par ailleurs d'une présence importante sur le territoire français, depuis l'année 2009, et n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Eu égard à ses éléments, une durée d'interdiction du territoire français de dix ans porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Le requérant est ainsi fondé à soutenir que le préfet a inexactement apprécié sa situation en fixant à dix ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.
17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est uniquement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024 de la préfète de l'Aube en tant qu'elle lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée de dix ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Le présent jugement, qui ne fait droit que partiellement aux conclusions de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées par M. B à fin d'injonction sous astreinte, qui assortissent les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation du retrait de sa carte de résident et du refus de titre de séjour sont réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy, et celles dont elles sont l'accessoire, à fin d'injonction sous astreinte et présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 2 : L'arrêté du 5 juillet 2024 de la préfète de l'Aube est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de dix ans.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète de l'Aube.
Lu en audience publique, le 19 juillet 2024, à 15 heures 24.
La magistrate désignée,
L. Cabecas La greffière
L. Bourée
La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2402062, 2402087
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026