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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402091

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402091

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantGEHIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Géhin, avocat de M. A, de la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe général du droit relatif aux droits de la défense ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle dès lors qu'il justifie de son identité et de sa nationalité ;

- aucune fraude dans la production des éléments d'état civil n'est établie ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'article 13 de la loi des 16 et 24 août 1790, l'article R. 211-3-26 du code de l'organisation judiciaire, l'autorité absolue de chose jugée par le juge judiciaire et le principe de sécurité juridique ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète d'avoir examiné l'avis de la structure d'accueil ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie du caractère réel et sérieux de ses études ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'entre pas dans son champ d'application ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- et les observations de Me Géhin, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 25 juin 2005, est entré en France, selon ses déclarations, en juillet 2021. En septembre 2021, il a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance des Vosges. Le 6 février 2024, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 juin 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 28 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète des Vosges a donné délégation permanente de signature à M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant de l'attribution de l'État dans le département des Vosges, y compris en matière de police des étrangers, à l'exception de la réquisition du comptable et des réquisitions de la force armée, et sans subordonner cette délégation à une condition d'absence ou d'empêchement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. David Percheron, signataire de la décision contestée, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, M. A fait valoir que pendant l'instruction de son dossier, le principe général du droit relatif aux droits de la défense a été méconnu. Toutefois, il ne peut utilement invoquer la méconnaissance d'un tel principe dès lors que la décision contestée portant refus de titre de séjour n'a pas été prise à l'initiative de l'administration mais en réponse à sa demande. Le moyen ne peut par conséquent qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de "salarié" ou "travailleur temporaire", présentée sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

7. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète des Vosges, pour refuser d'admettre exceptionnellement M. A au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est fondée, notamment, sur l'absence de caractère sérieux de ses études, la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète a entaché sa décision d'une erreur de droit, faute pour elle d'avoir examiné l'avis de la structure d'accueil.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des bulletins scolaires produits par M. A, que l'intéressé, inscrit en CAP " réparation des carrosseries " a obtenu des moyennes générales faibles, à savoir 5,07/20 au premier semestre, 7,81/20 au deuxième semestre et 3,64/20 au troisième semestre. Il ressort de ces mêmes bulletins que si plusieurs professeurs soulignent ses efforts et sa bonne volonté, l'appréciation générale apposée sur le bulletin du troisième semestre fait état de difficultés avérées que M. A ne semble pas toujours vouloir compenser, et d'une nécessité de réagir rapidement pour atteindre ses objectifs. Lors de ce semestre, M. A a d'ailleurs obtenu un 0/20 dans la matière principale, évaluée coefficient 12. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que c'est à tort que la préfète des Vosges a estimé qu'il ne justifiait pas du sérieux de ses études. Dans ces conditions, en dépit des rapports positifs de sa structure d'accueil, et alors qu'il conserve des liens familiaux dans son pays d'origine où réside sa mère, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ces seules considérations, les moyens critiquant les autres motifs du refus de titre de séjour, et ayant trait à la justification de l'état civil de M. A, sont inopérants.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "

11. La seule circonstance que M. A, célibataire et sans enfant, entré en France en 2021, bénéficie d'un contrat jeune majeur n'est pas suffisante à caractériser une atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale par la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Géhin et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Samson-Dye, présidente,

- M. Bastian, conseiller,

- Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

P. Bastian

La présidente,

A. Samson-Dye

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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