vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BAUCHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juillet 2024, à 14 heures 41, et un mémoire enregistré le 18 juillet 2024, M. A B, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du préfet la somme de 2 000 euros à verser à son avocat, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- elle sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale et aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il remplit les conditions pour se voir attribuer, de plein droit, un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien ou de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est entachée d'une contradiction entre ses motifs et son dispositif ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires et à la durée de l'interdiction de retour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;
- il est sollicité une substitution de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 1° de l'article L. 611-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour le 3° du même article.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Cabecas, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cabecas ;
- les observations de Me Bauche, avocat commis d'office représentant M. B, qui reprend les moyens et conclusions de la requête et fait valoir en outre que l'intégralité des attaches familiales du requérant, soient sa mère, son frère, sa sœur et son épouse, résident sur le territoire français alors qu'il n'a plus d'attaches en Algérie où ne réside que son père avec lequel il n'a pas gardé de liens ; il fait également valoir que les seules mentions au fichier du traitement des antécédents judiciaires ne permettent pas de tenir pour établis les faits qui y figurent dont la matérialité est contestée ;
- les observations de M. B, qui indique avoir sa vie en France, résider avec son épouse et s'occuper de sa mère qui est malade ;
- et les observations de M. C, représentant du préfet de l'Yonne, qui reprend les termes du mémoire en défense et fait en outre valoir que le requérant a été mis en cause à vingt reprises pour des faits délictueux, ce qui démontre que son comportement constitue une menace pour l'ordre public.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 25 septembre 2002, est entré en France le 12 décembre 2016, sous couvert d'un visa court séjour. Par un arrêté du 15 juillet 2021, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien et lui a fait obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, en fixant son pays de destination. A la suite de son interpellation et par un arrêté du 14 juillet 2024, le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant son pays de destination et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Placé en rétention administrative, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré régulièrement sur le territoire français, alors qu'il était âgé de 14 ans, sous couvert d'un visa court séjour et qu'il réside depuis lors avec sa mère, dont il justifie le caractère régulier du séjour en France, son frère et sa sœur. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant s'est marié, le 1er juillet 2023, avec une ressortissante française qui indique, dans une attestation, qu'ils sont en couple depuis l'année 2019, et qu'elle réside avec le requérant, chez la mère de ce dernier, depuis le mois de décembre 2023. M. B fait par ailleurs valoir sans être contredit que seul son père réside en Algérie et qu'il n'entretient plus de relations avec ce dernier. Par ailleurs, M. B parle couramment français et a obtenu un certificat d'aptitudes professionnelles, au mois de juillet 2021. Si le préfet de l'Yonne soutient que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, celle-ci n'est pas établie par la seule production d'un extrait du fichier de traitement des antécédents judiciaires alors que le requérant conteste avoir commis les faits reprochés et que le préfet ne justifie ni de poursuites ni de condamnations judiciaires à son égard. Dans ces conditions, eu égard à l'âge à laquelle M. B est entré sur le territoire français, de ses attaches familiales en France, notamment sa mère et son épouse, laquelle est de nationalité française, M. B est fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, ainsi que par voie de conséquence, les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant son pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
5. D'une part, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Yonne de réexaminer la situation de M. B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
6. D'autre part, en application de ces mêmes dispositions, le présent jugement implique qu'il soit immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues par l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les frais de l'instance :
7. D'une part, dès lors que M. B, qui a bénéficié de l'assistance d'un avocat désigné d'office, n'a pas sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit mis à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.
8. D'autre part, Me Bauche a été désigné d'office pour représenter M. B et bénéficiera donc nécessairement de la rétribution prévue à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, le requérant, qui n'établit pas avoir exposé des frais supérieurs à ceux correspondant à cette rétribution, n'est pas fondé à réclamer le versement d'une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 14 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Yonne a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, en fixant son pays de destination et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français est annulé.
Article 2 : Il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues par les dispositions de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application des dispositions de l'article L. 614-16 du même code.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Yonne de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente de sa décision une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Yonne.
Lu en audience publique, le 19 juillet 2024, à 15 heures 23.
La magistrate désignée,
L. Cabecas La greffière
L. Bourée
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026