vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402137 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP GASSE - CARNEL - GASSE - TAESCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juillet 2024, Mme A B et M. C B, représentés par la SELARL Soler-Couteaux et associés, demandent au juge des référés saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le maire de la commune de Heillecourt a délivré à la SCI des Prunus un permis de construire en vue de réaliser une maison individuelle d'habitation sur les parcelles cadastrées section AD n° 1156 et 1157 situées rue Clos des Vignes ;
2°) de mettre à la charge de la SCI des Prunus et de la commune de Heillecourt la somme de 3 000 euros chacune en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est recevable : la requête est formée dans le délai de recours ; ils disposent d'un intérêt à agir en qualité de voisins immédiats du projet qui est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur bien ;
- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors que les travaux ont débuté le 15 mai 2024 ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
* le dossier de demande de permis de construire comporte des insuffisances et inexactitudes au regard des dispositions des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
* le permis a été accordé en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, l'attestation de respect de la réglementation thermique n'ayant pas été établie au nom de la SCI des Prunus, maître d'ouvrage du projet ;
* le permis a été accordé en méconnaissance des dispositions de l'article 1 AU 7 du plan local d'urbanisme de la commune d'Heillecourt, la terrasse située dans le prolongement de la construction projetée et qui en est indissociable ne respectant pas la distance minimale de trois mètres prévue par ces dispositions ;
* le permis a été accordé en méconnaissance des dispositions de l'article 1 AU 12.6 du plan local d'urbanisme de la commune d'Heillecourt portant sur les caractéristiques que doivent présenter les emplacements réservés aux deux roues ;
* le projet est incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) sectorielle " Vignes des Sables " : celle-ci prévoit que l'urbanisation de cette zone ne peut s'opérer que dans le cadre d'une opération d'aménagement d'ensemble ; le schéma d'aménagement de cette OAP prescrit la réalisation de liaisons douces sur les parcelles d'assiette du projet, que ce dernier ne prévoit pas ; le schéma d'aménagement prévoit la réalisation d'un " cœur vert " en cœur d'îlot, recouvrant partiellement la parcelle d'assiette du projet, lequel ne réserve aucun espace dédié à la réalisation de ce " cœur vert " ;
* le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le projet n'a été précédé d'aucune étude géotechnique et ne comporte aucune précision quant aux modalités de construction tenant compte du risque de retrait-gonflement des sols argileux alors que le projet est situé en zone d'aléa fort à cet égard.
Par un mémoire enregistré le 30 juillet 2024, la SCI des Prunus conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge in solidum des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le référé est irrecevable : le recours au fond est tardif dès lors qu'aucun recours gracieux n'a été exercé dans le délai de deux mois suivant l'affichage du permis de construire sur le terrain le 9 février 2024 ; les requérants n'étant pas voisins immédiats des parcelles d'implantation du projet, ce dernier n'est pas de nature à affecter directement leurs conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur bien ;
- sur l'urgence : la présomption d'urgence " n'est pas susceptible de s'appliquer puisque la requête en référé a été déposée, le délai est fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort avait déjà expiré le 9 avril 2024 " ; à supposer le permis de construire contestable, il est susceptible d'être modifié ;
- aucun des moyens soulevés ne remet sérieusement en cause la légalité du permis de construire en litige.
Par un mémoire enregistré le 31 juillet 2024, la commune de Heillecourt conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants, qui ne sont pas voisins immédiats des parcelles d'assiette du projet, ne bénéficient pas de la présomption d'intérêt à agir et ne justifient pas de l'atteinte aux conditions de jouissance de leur bien qu'ils allèguent ;
- la requête en annulation est manifestement irrecevable : celle-ci a été introduite alors que le recours gracieux formé contre le permis de construire était tardif ; les formalités de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'ont pas été respectées, en raison de l'absence de communication au pétitionnaire des pièces annexées au recours gracieux ;
- les moyens soulevés ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- la requête enregistrée le 11 juillet 2024 sous le n° 2402136 par laquelle M. et Mme B demandent l'annulation de la décision litigieuse ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er août 2024 à 10 heures :
- le rapport de Mme Grandjean, juge des référés ;
- les observations de Me Erkel, représentant M. et Mme B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste plus particulièrement :
* d'une part, sur la recevabilité de la requête au fond :
. celle-ci n'est pas tardive : la photographie du panneau d'affichage prise le 9 février 2023 par le fils des pétitionnaire ne démontre pas qu'elle a été prise sur le terrain d'assiette du projet et les heures et messages dont elle est accompagnée étant incohérents avec les date et lieu de prise de vue allégués ; les attestations produites ne sont pas recevables en raison des liens qui existent entre leurs auteurs et la pétitionnaire ; en tout état de cause, les défendeurs ne démontrent ni que l'ensemble des mentions obligatoires figurent sur le panneau, ni que l'affichage a été continu ;
. ils ont intérêt à agir : la limite de propriété du projet se situe à 25,4 mètres de leur habitation et affecte ainsi nécessairement les conditions de jouissance de leur bien ; ils subissent d'ores et déjà les nuisances sonores et les poussières liées au chantier en cours ; alors qu'ils seront privés de la vue sur les espaces boisés existants, ils auront une vue sur une construction cubique jurant avec les constructions voisines ;
. la notification de leur recours est conforme aux exigences de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il n'est exigé qu'une transmission du texte du recours et non des pièces qui y sont jointes, contrairement à ce que soutient la commune en défense ;
* d'autre part, sur la recevabilité du référé : aucun mémoire en défense n'ayant été encore présenté au fond, aucune cristallisation des moyens n'est intervenue, la requête en référé pouvait donc être régulièrement introduite ;
* enfin, sur les conditions du référé :
. l'urgence est en la matière présumée, d'autant plus en l'espèce que les travaux ont commencé ;
. il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision pour les motifs développés dans la requête ; la terrasse est bien une construction et est implantée à moins de trois mètres de la limite séparative ; à tous le moins, la SCI des Prunus admet qu'il s'agit d'une dalle assimilable à une construction en élévation et elle ne peut se prévaloir de ce que celle-ci présenterait une hauteur inférieure à trois mètres pour échapper à la règle de prospect dès lors que le plan local d'urbanisme n'y prévoit aucune exception tenant à la hauteur de la construction ; il ne s'agit en aucun cas d'un simple élément technique d'étanchéité ainsi que le montrent les plans du projet ;
- les observations de Me Cuny, représentant la commune de Heillecourt, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens et insiste sur l'irrecevabilité de la requête au fond : les attestations présentées par la SCI des Prunus certifient la présence, les 10, 11 et 12 février 2024 du panneau d'affichage sur le terrain, l'intérêt à agir des requérants n'est pas démontré dès lors que la parcelle d'assiette du projet est séparée de celle des requérants par une autre parcelle boisée, que les seules nuisances dues à la construction d'un immeuble ne préjudicient pas aux intérêts de ses voisins, que l'environnement est déjà marqué par le bruit émanant notamment de la voie ferrée proche, que le projet qui est moins haut que les arbres abattus apportera aux requérant davantage de luminosité, que la forme cubique du projet ne peut être regardée comme une nuisance visuelle ; il ajoute également que les autres moyens ne sont pas fondés pour les motifs exposés dans le mémoire en défense, en particulier au motif que ce que les requérants présentent comme une terrasse est en fait une bande périphérique destinée à garantir l'étanchéité et la propreté de l'habitation et n'est ainsi pas une construction soumise aux règles de distance prévues par le plan local d'urbanisme, et que le projet, qui doit seulement être compatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation, laquelle n'a pas de valeur impérative, ne fait pas obstacle à sa réalisation ; au demeurant, elle a disparu du projet de plan local d'urbanisme intercommunal en cours d'adoption ;
- et les observations de Me Gasse, représentant la SCI des Prunus, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens et relève que :
. en ce qui concerne la tardiveté de la requête au fond : les attestations produites par les requérants quant à l'affichage du permis de construire sur le terrain sont stéréotypées et ne contredisent pas, en attestant sa présence le 16 février 2024, qu'il ne s'y trouvait pas dès le 9 février 2024 ; les attestations produite par la SCI sont objectives car émanant de professionnels ; le procès-verbal de l'huissier relatif aux photographies prises le 9 février 2024 par le fils de ses gérants démontre parfaitement l'existence de cet affichage à cette date, les incohérences relevées étant seulement dues à un affichage horaire unique d'une conversation continue ;
. en ce qui concerne l'intérêt à agir des requérants : les parcelles du projet et des requérants sont séparées par une autre parcelle et le projet se situe à 39,90 mètres du bien des requérants ;
. en ce qui concerne la méconnaissance de l'article 7.1 AU du plan local d'urbanisme : dès lors qu'une construction est dissociable et a une hauteur inférieure à 3 mètres, la règle imposant une distance minimale à la limite séparative ne s'applique pas ; en l'espèce, la " terrasse " n'en est pas une mais constitue un simple pourtour de l'habitation sans élévation.
À l'issue de l'audience publique, il a été décidé de prolonger l'instruction jusqu'au 1er août 2024 à 15 heures 00 en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Des pièces ont été produites pour la SCI des Prunus le 31 juillet 2024 à 12 heures 16 et ont été communiquées.
Un mémoire présenté pour M. et Mme B a été enregistré le 31 juillet 2024 à 14 heures 23 et a été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le maire de la commune d'Heillecourt a accordé à la SCI des Prunus un permis de construire une maison d'habitation sur les parcelles cadastrées section AD n° 1156 et 1157 situées rue Clos des Vignes.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
Sur les fins de non-recevoir :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code (), les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative ". Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé () contre un permis de construire () ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite ".
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que par une requête n° 2402136 enregistrée le 15 juillet 2024, les requérants ont saisi le tribunal d'un recours tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le maire de la commune de Heillecourt a accordé à la SCI des Prunus un permis de construire une maison d'habitation. À la date de l'introduction de la requête en référé, aucun mémoire en défense n'a été produit dans cette instance. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la SCI des Prunus tiré de la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, ne peut qu'être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours tendant à la suspension de l'exécution d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.
7. M. et Mme B sont propriétaires occupants d'une maison d'habitation située rue Clos des Vignes en bordure du débouché du chemin d'accès au projet et qui, sans être contigüe à la parcelle du projet en litige, n'en est séparée que d'une trentaine de mètres. Les clichés photographiques versés à l'instance montrent également que le projet obérera en partie la vue dont disposent actuellement les requérants sur le paysage environnant et entraînera des vues sur leur propriété. Ainsi, la construction autorisée est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance du bien que détiennent M. et Mme B. Ainsi, les requérants justifient d'un intérêt à agir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par les défendeurs doit être écartée.
Sur l'urgence :
8. La condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite en application des dispositions, citées au point 3 ci-dessus, de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les travaux ont commencé et il n'est pas soutenu qu'ils seraient achevés. Par suite la condition d'urgence est remplie.
Sur le bien-fondé du référé :
En ce qui concerne l'irrecevabilité de la demande d'annulation du permis de construire :
9. Si la requête tendant à l'annulation du ou des actes administratifs dont la suspension est demandée est irrecevable, aucun des moyens présentés au soutien d'une requête formée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité du ou des actes administratifs contestés. Lorsqu'elle ressort des pièces du dossier soumis au juge des référés, l'irrecevabilité de la requête à fin d'annulation doit être relevée, le cas échéant d'office, tant par le juge des référés qu'éventuellement par le juge de cassation, pour constater que la requête à fin de suspension ne peut qu'être rejetée.
10. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". S'il incombe au bénéficiaire d'un permis de construire de justifier qu'il a bien rempli les formalités d'affichage prescrites par les dispositions précitées, le juge doit apprécier la réalité et la continuité de l'affichage en examinant l'ensemble des pièces qui figurent au dossier qui lui est soumis.
11. Les témoignages contradictoires produits pas les deux parties ne permettent pas de tenir pour établie l'existence d'un affichage comportant l'ensemble des mentions obligatoires avant le 16 février 2024, date du constat du commissaire de justice qu'a fait réaliser la SCI des Prunus. Si la SCI des Prunus produit un autre constat de commissaire de justice analysant, sur le téléphone du fils de ses gérants, une photographie du panneau d'affichage prise le 9 février 2024, la qualité médiocre de celle-ci ne permet pas de situer le lieu de cette prise de vue et par suite, de justifier que le permis de construire a été affiché sur le terrain d'assiette du projet dès cette date. Dans ces conditions, le recours gracieux présenté par M. et Mme B le 17 avril 2024 au maire de la commune d'Heillecourt n'était pas tardif, non plus, par suite, que la demande d'annulation du permis de construire en litige enregistrée le 15 juillet 2024 auprès du greffe du tribunal administratif de Nancy.
12. En second lieu, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas () de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. (). L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / () ".
13. Les obligations de notification prescrites par ces dispositions se limitent au recours lui-même, à l'exclusion des pièces qui pourraient être jointes. Par suite, la commune de Heillecourt n'est pas fondée à soutenir que, faute pour les requérants de justifier de la notification à la société pétitionnaire des pièces jointes au recours gracieux adressé au maire de la commune, la requête en annulation serait irrecevable.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
14. Le moyen tiré de la méconnaissance par le projet, en raison de la présence d'une terrasse, de la règle de recul de 3 mètres par rapport à la limite séparative d'avec la parcelle cadastrée section AD n° 1158, prévue par l'article 1 AU 7.1 du plan local d'urbanisme paraît propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
15. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est susceptible de fonder, en l'état de l'instruction, la suspension de la décision attaquée.
Sur les frais d'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de M. et Mme B, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, les sommes demandées par la commune de Heillecourt et la SCI des Prunus au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Heillecourt une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er :L'exécution du permis de construire accordé le 8 février 2024 par le maire de la commune de Heillecourt à la SCI des Prunus est suspendue.
Article 2 : La commune de Heillecourt versera à M. et Mme B une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme B est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à M. C B, à la commune de Heillecourt et à la SCI des Prunus.
Fait à Nancy, le 9 août 2024.
La juge des référés,
G. Grandjean
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026