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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402140

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402140

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantLEBON-MAMOUDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 et 26 juillet 2024 sous le numéro n° 2402139, Mme A B épouse C, représentée par Me Lebon-Mamoudy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- le signataire des décisions attaquées n'est pas compétent ;

- ces décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale ;

Sur les moyens propres aux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L.612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 et 26 juillet 2024 sous le numéro n° 2402140, M. D C, représenté par Me Lebon-Mamoudy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- le signataire des décisions attaquées n'est pas compétent ;

- ces décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale ;

Sur les moyens propres aux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L.612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Philis,

- et les observations de Me Lebon-Mamoudy, représentant M. et Mme C.

La préfète des Vosges n'était ni présente ni représentée.

Des notes en délibéré ont été enregistrées le 26 septembre 2024 pour M. et Mme C dans les deux instances et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C et Mme A B épouse C, ressortissants marocains nés respectivement le 27 mai 1979 et le 22 novembre 1988, sont entrés en France, le 9 juin 2018, accompagnés alors de leurs trois enfants mineurs, munis de leur passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 31 mai 2018 au 12 septembre 2018. Le 30 juin 2021, ils ont demandé la délivrance d'un titre de séjour. Par deux arrêtés du 31 août 2021, le préfet des Vosges a refusé de les admettre au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n° 2102991 et n° 2102992 du 27 janvier 2022, le tribunal administratif de Nancy a rejeté le recours de M. et Mme C dirigé contre ces décisions. Saisi d'une nouvelle demande de titre de séjour, le préfet des Vosges a refusé, le 13 septembre 2021, de les admettre au séjour et a assorti ce refus d'une mesure d'éloignement. Par deux arrêtés du 13 septembre 2022, la préfète des Vosges a refusé de leur délivrer un titre de séjour et les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être éloignés. Par un jugement n° 2202838 et n° 2202839 du 8 décembre 2022, le tribunal administratif de Nancy a rejeté les requêtes dirigées contre ces arrêtés. Par deux arrêtés du 12 juin 2024, la préfète des Vosges a refusé d'admettre les époux C au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être éloignés et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par les requêtes susvisées n° 2402139 et n° 2402140, qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement, M. et Mme C demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés du 12 juin 2024.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Vosges le même jour, la préfète des Vosges a donné délégation à M. David Percheron, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat dans les Vosges, à l'exception de la réquisition du comptable et des réquisitions de la force armée. Dans ces conditions, M. E était compétent pour signer les arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

3. En second lieu, les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont la méconnaissance est invoquée par les requérants, ne sont pas applicables aux obligations de quitter le territoire français et aux décisions qui en sont l'accessoire, dont l'obligation de motivation fait l'objet de dispositions spécifiques du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, les arrêtés litigieux comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance que la préfète des Vosges n'aurait pas fait état de l'ensemble des éléments dont elle était saisie est sans incidence sur leur légalité. Cette motivation révèle également que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation des requérants. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence d'examen doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres aux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Les requérants se prévalent de la durée de leur présence en France, de la scolarisation de leurs enfants, des liens personnels qu'ils ont noués sur le territoire et de leurs efforts d'intégration par la maîtrise de la langue française, ainsi que par le travail réalisé par M. C et les activités de bénévolat de Mme C. Toutefois, il ressort des pièces des dossiers que la durée de leur présence en France est due à leur maintien sur le territoire français en situation irrégulière, sans se conformer à de précédentes décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, ils ne démontrent, par les pièces qu'ils produisent, ni l'intensité des liens dont ils disposent en France, ni être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc où M. et Mme C ont vécu jusqu'à l'âge respectivement de 39 et de 29 ans. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour des requérants en France, et alors même que les intéressés fournissent des efforts pour s'intégrer, les arrêtés en litige n'ont pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ils ont été pris et n'ont ainsi pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète des Vosges n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens propres aux décisions portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

6. En premier lieu, les moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, les exceptions d'illégalité de ces décisions, invoquées par M. et Mme C à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, doivent être écartées.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

8. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, M. et Mme C se sont maintenus sur le territoire français en dépit des précédentes mesures d'éloignement dont ils ont fait l'objet. S'ils fournissent des efforts d'intégration, ils ne justifient pas, en outre, d'attaches personnelles et familiales d'une particulière intensité. Dans ces conditions, les intéressés n'établissent pas que la préfète des Vosges aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aurait commis une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions. Par suite, les moyens doivent être écartés.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 8 du présent jugement, la préfète des Vosges n'a pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'a pas davantage entaché les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme C et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2402139 et n° 2402140 présentées par M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme A B épouse C et à la préfète des Vosges.

Délibéré après l'audience publique du 26 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Samson-Dye, présidente,

M. Bastian, conseiller,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

L. Philis

La présidente,

A. Samson-Dye

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2402139, 2402140

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