mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402210 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | GEHIN |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024 sous le n° 2402210, M. B C représenté par Me Géhin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 14 mai 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- l'arrêté a été pris à la suite d'une procédure irrégulière, son droit d'être défendu par l'avocat de leur choix devant la commission du titre de séjour n'ayant pas été respecté, ce qui l'a privé d'une garantie ;
- la commission du titre de séjour ne pouvait statuer avant qu'une décision ait été rendu par le bureau d'aide juridictionnelle et que l'avocat désigné ait pu accomplir sa mission ;
- le refus de reporter la séance de la commission du titre de séjour a été opposé par une personne incompétente ;
- il n'est pas justifié que le procès-verbal de la séance de la commission du titre de séjour ait été transmis au préfet en même temps que l'avis motivé, en méconnaissance de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au vu des articles L. 421-1, L. 421-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa demande, alors qu'il a présenté celle-ci seul, que son conseil n'était pas présent lors de la séance de la commission du titre de séjour et que l'ancrage de sa famille en France n'a pas été prise en compte ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits au vu des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit, les dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas en vigueur à la date du dépôt de sa demande, et les mesures d'éloignement invoquées étant caduques et abrogées par la délivrance de récépissés ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est privée de base légale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est privée de base légale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits.
Un mémoire produit par la préfète des Vosges a été enregistré le 18 novembre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction intervenue dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
II°) Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024 sous le n° 2402211, Mme A D épouse C, représentée par Me Géhin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 14 mai 2024 par lequel la préfète des Vosges a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Vosges de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient les mêmes moyens que ceux exposés dans la requête n° 2402210.
Un mémoire produit par la préfète des Vosges a été enregistré le 18 novembre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction intervenue dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Par deux décisions en date du 14 juin 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance,
- et les observations de Me Géhin, représentant M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 19 avril 1991, et Mme D épouse C, née le 23 août 1989, tous deux de nationalité bosniaque, sont entrés en France le 23 septembre 2013. Le bénéfice de l'asile leur a été refusé le 18 avril 2014 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et le 23 mars 2015 par la Cour nationale du droit d'asile. Ils ont présenté des demandes de titres de séjour qui ont été rejetées et ont fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français par arrêtés des 28 mai 2014, 3 juin 2015, 26 juillet 2016, 15 mars 2017, 1er mars 2018, 27 avril 2021 et 20 juillet 2022. Par courriers du 17 juillet 2023, M. et Mme C ont sollicité la régularisation de leur situation sur le fondement des dispositions L. 421-1, L. 421-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés en date du 14 mai 2024, dont ils demandent l'annulation, la préfète des Vosges a rejeté leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et leur a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
2. Les requêtes n° 2402210 et n° 2402211 sont relatives à la situation des membres d'un couple au regard de leur droit au séjour en France et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions en annulation :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme C résident en France depuis plus de dix ans, que leurs trois enfants sont nés sur le territoire français en 2014, 2019 et 2022, qu'ils maitrisent la langue française, que M. C bénéficie d'une promesse d'emploi et d'une demande d'autorisation de travail pour un emploi d'ouvrier d'exécution en contrat à durée indéterminée, établies par la société CRK Construction le 29 janvier 2024 et que Mme C, qui a travaillé pour la SCI Chantal sur un emploi d'aide à domicile d'août 2021 à mars 2022 puis en qualité d'employée de maison d'hôte jusqu'en juin 2023, bénéficie également d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée et une demande d'autorisation de travail établies le 20 juin 2023. Au vu de leurs perspectives d'insertion professionnelle, et alors qu'il ne ressort pas des pièces des dossiers que leur présence en France constituerait une menace pour l'ordre public, les requérants sont fondés à soutenir qu'en refusant de leur délivrer un titre de séjour, la préfète des Vosges a porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les décisions en date du 14 mai 2024 par lesquelles la préfète des Vosges a refusé de délivrer un titre de séjour à M. et Mme C, ainsi que les décisions subséquentes par lesquelles elle leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. L'exécution du présent jugement implique que la préfète des Vosges délivre à M. et Mme C un titre de séjour les autorisant à travailler. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète des Vosges d'y procéder dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de leur délivrer dans un délai de 48 heures une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
7. M. et Mme C ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Géhin, avocat de M. et Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Géhin de la somme globale de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du 14 mai 2024 par lesquels la préfète des Vosges a refusé de délivrer un titre de séjour à M. et Mme C, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète des Vosges de délivrer à M. et Mme C un titre de séjour les autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer dans les 48 heures une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.
Article 3 : L'Etat versera à Me Géhin la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Géhin renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A D épouse C, à la préfète des Vosges et à Me Géhin.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La rapporteure,
F. Milin-Rance
Le président,
B. Coudert La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2402210,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026