mercredi 31 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402240 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CAGLAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2024 à 17 heures 56 et un mémoire enregistré le 29 juillet 2024, M. A B, placé au centre de rétention administrative de Metz, demande au tribunal :
1°) de désigner un avocat commis d'office ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
- ces décisions sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;
Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est illégale dès lors qu'il peut se voir attribuer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur les moyens propres à la décision refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public au sens des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne présente pas un risque de fuite au sens des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3 ;
Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet de l'Yonne, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Des pièces complémentaires, enregistrées les 29 et 31 juillet 2024, présentées pour le préfet de l'Yonne, ont été communiquées.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 31 juillet 2024, présentées pour M. B, ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Philis, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Philis, magistrate désignée ;
- les observations de Me Caglar, avocate commise d'office, représentant M. B, qui :
. conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur le moyen tiré de l'erreur d'appréciation, le comportement de M. B ne constituant pas une menace pour l'ordre public au regard du caractère isolé et ancien des faits reprochés qui n'ont pas fait obstacle à la délivrance ultérieurement d'un titre de séjour, ainsi que de l'attitude récente ambivalente de son épouse, sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de ses liens en France, père notamment d'un enfant français, et de la durée de son séjour sur le territoire, sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et sur le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise quant à la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français ;
. précise que l'intéressé a entrepris des démarches pour renouveler son titre de séjour et que la pièce manquante sollicitée par la préfecture dans le cadre de l'instruction de sa demande était son passeport ;
. ajoute que l'autorité préfectorale ne peut se fonder sur les mesures d'éloignement édictées en 2016 et en 2018 alors même qu'il s'est vu délivrer des titres de séjour postérieurement à ces mesures ;
- les observations de M. B qui :
. se prévaut du respect de son droit de visite médiatisée et de son intégration en France par le travail et par les liens dont il dispose sur le territoire ;
. évoque les démarches entreprises auprès du consulat pour disposer de la pièce manquante sollicitée par la préfecture lors de l'examen du renouvellement de son titre de séjour ;
. soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- et les observations de M. C, représentant le préfet de l'Yonne, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, et :
. relève que la décision attaquée est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande de renouvellement de titre de séjour ayant fait l'objet d'un refus d'instruction faute de communication de la pièce manquante requise, ainsi qu'il ressort du relevé de l'ANEF ;
. fait valoir que cette décision est aussi fondée sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge judiciaire ayant décidé de révoquer partiellement en 2022 son sursis probatoire, puis totalement en 2023 compte tenu des manquements à ses obligations découlant de sa condamnation pénale prononcée en 2021 ;
. insiste sur le caractère infondé du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il déclare être séparé, qu'il est l'auteur de violences conjugales pour lesquelles il a été condamnées, qu'il établit seulement avoir réalisé quelques virements pour son enfant, qu'il ne démontre pas s'être rendu aux visites médiatisées, qu'il ne justifie pas de son intégration par le travail et n'apporte aucun élément pour démontrer l'intensité des liens dont il dispose en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né le 20 janvier 1997, est entré en France, selon ses déclarations, en 2014. Par un arrêté du 31 mai 2016, le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 21 septembre 2018, le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Il est constant que M. B a été admis au séjour entre 2020 et 2023. Sa demande de renouvellement de son titre de séjour, présentée en novembre 2023, a fait l'objet d'un classement sans suite le 12 février 2024. Par un arrêté du 24 juillet 2024, le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office :
2. M. B, placé en rétention administrative lors de l'introduction de sa requête, a présenté celle-ci sans ministère d'avocat, a été assisté à l'audience par Me Caglar, avocate commise d'office désignée par le bâtonnier du barreau de Nancy, en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est le père d'un enfant français, Antoine né le 2 août 2019, et il est constant qu'il bénéficie, pour préserver leurs liens, d'un droit de visite médiatisée. Or, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Yonne n'a pas tenu compte, au titre des attaches familiales de M. B présentes en France, de ces circonstances. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. En application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Yonne réexamine la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, qu'il lui délivre immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
6. D'une part, dès lors que M. B, qui a bénéficié de l'assistance d'un avocat désigné d'office, n'a pas sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, les conclusions de la requête tendant à la mise à la charge de l'État d'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées. D'autre part, Me Caglar a été désignée d'office pour représenter M. B et bénéficiera donc nécessairement de la rétribution prévue à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, le requérant, qui n'établit pas avoir exposé des frais supérieurs à ceux correspondant à cette rétribution, n'est pas fondé à réclamer le versement d'une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. B tendant à la désignation d'un avocat commis d'office.
Article 2 : L'arrêté du 24 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Yonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Yonne de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de sa décision, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Yonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.
La magistrate désignée,
L. Philis
La greffière
L. Rémond
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026