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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402274

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402274

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête de Mme A, ressortissante vietnamienne, contestant l'arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 25 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a estimé que la décision d'éloignement était justifiée car Mme A ne remplissait pas les conditions d'entrée sur le territoire national, et que le refus de délai de départ volontaire était fondé sur un risque de fuite en raison de l'absence de domicile fixe. Les moyens soulevés, notamment la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et l'erreur manifeste d'appréciation, ont été écartés, la requérante ne justifiant d'aucune attache en France et souhaitant rejoindre la Grande-Bretagne pour des raisons économiques. La décision s'appuie sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024 à 17 heures 22, sous le n° 2402274, et un mémoire, enregistré le 1er août 2024, Mme E A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à bénéficier de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

- il est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'elle comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle ne présente pas de risque de fuite ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle était en transit pour la Grande-Bretagne et sur le point de quitter le territoire français, ce qui constitue des circonstances particulières ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la durée de cette interdiction.

La procédure a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Des pièces ont été enregistrées et communiquées le 29 juillet 2024 pour le préfet du Pas-de-Calais.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, magistrate désignée,

- les observations de Me Mbousngok, avocat commis d'office, représentant Mme A, qui présente à l'audience une demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et, pour le reste, conclut aux mêmes fins. Il soulève à l'audience le moyen nouveau tiré de que la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire sont illégales dès lors que Mme A n'était qu'en transit sur le territoire et qu'elle n'entend pas s'établir en France. Il précise qu'elle souhaite rejoindre la Grande-Bretagne pour des raisons économiques et que son comportement ne constitue aucunement une menace pour l'ordre public. Il soulève également à l'audience le moyen nouveau tiré de ce que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions contestées sur la situation personnelle de Mme A ;

- les observations de Mme A, assistée d'une interprète en langue vietnamienne, qui confirme qu'elle souhaite rejoindre la Grande-Bretagne et ne dispose d'aucune attache en France ;

- et les observations de Me Hacker, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui précise que la décision portant obligation de quitter le territoire français est justifiée par le fait que, même exemptée de l'obligation de visa consulaire, elle ne remplit pas les conditions d'entrée sur le territoire national dès lors notamment qu'elle ne présente ni les ressources nécessaires, ni l'attestation de prise en charge de ses éventuelles dépenses de santé. Elle indique que la requérante n'est pas davantage admissible en Grande-Bretagne. Elle soutient que la décision portant refus de délai de départ volontaire est justifiée par le risque de fuite qu'elle présente dès lors que Mme A ne dispose pas d'adresse sur le territoire. Elle précise que les décisions contestées lui ont été notifiées dans une langue qu'elle comprend. Elle relève enfin que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas fondé dès lors qu'elle indique vouloir rejoindre la Grande-Bretagne pour des raisons économiques.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 992-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante vietnamienne, née le 22 mars 2000, alias Mme B, née le 30 juin 1998, déclare être entrée en France en juin 2024 dans le but de se rendre en Grande-Bretagne. Elle a été interpellée le 24 juillet 2024 sur le port de Calais et a été placée en rétention pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 25 juillet 2024, le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an. Par sa requête, Mme A, qui a été placée en rétention administrative le même jour, demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 2023-10-75 du 30 octobre 2023, publié le même jour au recueil spécial n° 140 des actes administratifs de l'État dans la préfecture du 31 octobre 2023, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. D C, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen de l'incompétence de M. D C, signataire de l'arrêté contesté, manque en fait et doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des motifs mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Pas-de-Calais, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments dont il était saisi, a notamment précisé que Mme A était en situation de transit sur le territoire, contrairement à ce qu'elle soutient. Les décisions contestées comportent en outre l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions en litige ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été notifié à la requérante par le truchement d'une interprète en langue vietnamienne, qu'elle a déclaré comprendre.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ". Aux termes de l'article L. 311-1 de ce code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ;". Enfin, aux termes de l'article R. 311-3 du même code : " Lorsque l'entrée en France est motivée par un transit, l'étranger est tenu de justifier qu'il satisfait aux conditions d'entrée dans le pays de destination ".

8. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a entendu éloigner Mme A du territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux motifs, d'une part, qu'elle ne pouvait justifier de ce qu'elle remplissait les conditions énoncées à l'article R. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, qu'elle ne remplissait pas les conditions de l'article L. 311-1 du même code pour une entrée régulière sur le territoire français.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été interpellée le 24 juillet 2024 dans le cadre d'un contrôle d'identité sur le port de Calais alors qu'elle se trouvait dissimulée dans un van qui se rendait en Grande-Bretagne. Il ressort des déclarations qu'elle a faites lors de son audition par les services de police le 25 juillet 2024 qu'elle est entrée en France dans l'unique but de rejoindre la Grande-Bretagne. Toutefois, Mme A ne produit aucun document d'identité en cours de validité et elle ne justifie pas disposer de moyens d'existence et de la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières résultant de soins qu'elle pourrait engager en France. En outre, elle ne conteste pas ne pas satisfaire aux conditions d'entrée en Grande-Bretagne. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais, en faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur de droit. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée sur le territoire français en juin 2024, soit très récemment à la date de la décision contestée. Mme A, qui est célibataire et sans charge de famille, ne produit aucun élément de nature à justifier des liens dont elle disposerait sur le territoire, elle indique d'ailleurs à l'audience n'en avoir aucun et vouloir rejoindre la Grande-Bretagne. Par suite, c'est sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale que le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 et 11 ci-dessus, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () /3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

14. En premier lieu, il ne ressort d'aucune disposition qu'un étranger en situation de transit vers un autre pays ne pourrait faire l'objet d'une décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché la décision contestée d'une erreur de droit.

15. En deuxième lieu, il ressort des motifs mêmes de la décision contestée qu'elle n'est pas fondée sur la circonstance que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public. Le moyen tiré de ce que tel ne serait pas le cas ne peut par suite qu'être écarté comme inopérant.

16. En troisième lieu, il est constant que Mme A, qui n'a pas justifié d'une entrée régulière sur le territoire français, est dépourvu de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente sur le territoire. En outre, à supposer même que la requérante, ainsi qu'elle le soutient, aurait eu pour objectif de rejoindre la Grande-Bretagne, elle ne saurait justifier de ce fait de circonstances particulières au sens de l'article L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de nature à faire obstacle à ce que soit prise à son encontre une décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

17. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 14 à 16, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle que le préfet du Pas-de-Calais a pris la décision contestée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut utilement être invoqué à l'encontre de la décision contestée. En tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 ci-dessus, ce moyen doit être écarté.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. Mme A soutient qu'elle serait exposée, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements inhumains et dégradants. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle a déclaré lors de son audition par les services de police vouloir rejoindre la Grande-Bretagne pour des raisons économiques, ce qui a été confirmé lors de l'audience. Elle ne produit en outre aucun élément de nature à établir la réalité et l'actualité des risques qu'elle allègue encourir. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

21. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 20 ci-dessus, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet du Pas-de-Calais des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

23. En premier lieu, Mme A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui pourrait faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que la requérante n'est présente sur le territoire que depuis le mois de juin 2024. Elle ne se prévaut en outre d'aucun lien privé ou familial sur le territoire. Dans ces conditions, et alors même que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet du Pas-de-Calais lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

24. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 23, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle qu'aurait commise le préfet du Pas-de-Calais doit être écarté.

25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a obligé Mme A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Me Mbousngok et au préfet du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2024.

La magistrate désignée,

É. Wolff

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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