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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402277

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402277

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402277
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a examiné le recours en excès de pouvoir de M. A, ressortissant algérien, contre un arrêté préfectoral du 26 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de trente-six mois. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. La solution retenue n'est pas explicitée dans le texte fourni, mais le tribunal a statué sur la base des textes invoqués, dont le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2024 à 10 heures 50, sous le n° 2402277, et un mémoire enregistré le 31 juillet 2024, M. D A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

- il est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 21 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 5 de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle doit être annulée par exception d'illégalité ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée par exception d'illégalité ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée par exception d'illégalité ;

- elle est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée et aux conséquences sur sa situation personnelle alors qu'il justifie de circonstances humanitaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, magistrate désignée,

- les observations de Me Mbousngok, avocat commis d'office, représentant M. A, qui présente des conclusions nouvelles tendant à l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et conclut, pour le reste, aux mêmes fins. Il indique que le requérant est entré régulièrement en France en 2009 et qu'il a des attaches fortes avec le territoire français. Il est le père d'un enfant français et a obtenu un titre de séjour sur ce fondement jusqu'en 2018. Son frère et sa sœur, qui ont obtenu la nationalité française, résident également sur le territoire. Il soutient à l'audience que l'ensemble des décisions contestées méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que les faits de violences aggravées pour lesquels il a été interpellé le 26 juillet 2024 n'ont pas fait l'objet de poursuites pénales et qu'en qualifiant son comportement de menace pour l'ordre public, la préfète méconnaît la présomption d'innocence.

- les observations de M. A, assisté d'une interprète en langue arabe,

- et les observations de Me Hacker, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui précise que M. A a été éloigné du territoire en 2023 et qu'il ne démontre pas être entré de nouveau régulièrement sur le territoire français. Elle indique qu'il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une précédente mesure d'éloignement en 2020 et que les recours contre ces décisions ont été rejetés par le tribunal et la cour administrative d'appel de B. Elle soutient qu'il n'a pas droit à l'obtention d'un titre de séjour de plein droit dès lors que la mère de son enfant détient l'autorité parentale exclusive, qu'il ne justifie pas contribuer à son entretien et à son éducation, ni davantage des liens qu'il entretient avec sa famille en France, alors qu'il a vécu 25 ans en Algérie. Pour les mêmes motifs, les décisions contestées ne méconnaissent pas l'intérêt supérieur de son enfant. Elle rappelle également ces condamnations pénales et soutient que son comportement constitue une menace pour l'ordre public.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 11 novembre 1982, a été interpellé par les services de police de B le 26 juillet 2024 pour des faits de violences aggravées et a été placé en garde-à-vue. Par un arrêté du 26 juillet 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par sa requête, M. A, qui a été placé en rétention administrative le même jour, demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté contesté :

4. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Dans ces conditions, M. E était compétent pour signer l'arrêté contesté du 26 juillet 2024.

5. En second lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions en litige ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, il est constant que M. A est francophone.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde, sans qu'ait d'incidence sur sa légalité la circonstance qu'elle ne vise pas l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. La décision contestée précise que, depuis 2020, M. A n'a formé aucune démarche pour régulariser sa situation et que son comportement représente une menace pour l'ordre public. La préfète a fait mention de l'ensemble des éléments relatifs à sa vie privée et familiale, en particulier de la présence de son fils français sur le territoire, et au vu des éléments dont elle avait connaissance, a considéré qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. Cet arrêté pris au visa du 1° et du 5° de l'article L. 611 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement.

7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la motivation de la décision contestée révèle que la préfète a procédé à un examen complet de la situation de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cet arrêté et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

8. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance ou le renouvellement du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est () édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ". L'autorité administrative ne peut légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

10. M. A se prévaut de la présence en France de son fils mineur, ressortissant français, à l'entretien et à l'éducation duquel il s'engage à contribuer à l'avenir et de la circonstance qu'il a bénéficié d'un certificat de résidence, le 14 mars 2016, en qualité de parent d'un enfant français, renouvelé jusqu'au 18 juillet 2018. Toutefois, il est constant que son fils, C, a été placé en structure d'accueil pour enfant en difficulté par un jugement du tribunal des enfants de B dès 2014, année de sa naissance, et que par une décision du 24 mai 2022 le juge aux affaires familiales a confié l'autorité parentale exclusive à la mère de celui-ci. Le requérant ne produit en outre aucun élément justifiant qu'il contribuerait, de quelque manière que ce soit et au regard de ses possibilités, à l'éducation de son fils. S'il soutient également que son frère et sa sœur, ressortissants français, sont présents sur le territoire, il n'établit pas la réalité et l'intensité des liens personnels et familiaux qu'il invoque.

11. En outre, il ressort des pièces du dossier que, à la suite de son entrée régulière sur le territoire, en 2009, M. A a été condamné à un an et trois mois de prison le 11 juillet 2010 pour agression sexuelle, puis le 3 janvier 2011 à un an et six mois d'emprisonnement, dont huit mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans, en raison de faits de violences aggravées par deux circonstances suivis d'incapacité n'excédant pas huit jours. Il a, de plus, été condamné à deux reprises le 30 novembre 2017 et le 13 novembre 2018, à, respectivement, huit mois d'emprisonnement pour détention, offre ou cession, acquisition et transport non autorisés de stupéfiants, et trois mois d'emprisonnement pour détention, acquisition et transport non autorisés de stupéfiants en situation de récidive. Il a de nouveau été condamné le 4 novembre 2019 à une amende et à une suspension de permis de conduire pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique puis, le 2 mai 2022, à une amende pour usage illicite de stupéfiants. Enfin, le 26 juillet 2024 il a été interpellé pour des faits de violences aggravées par l'usage d'une arme et sous l'empire alcoolique. Dans ces circonstances, la préfète de Meurthe-et-Moselle a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation et sans méconnaître la présomption d'innocence, que le comportement de l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public.

12. Par suite, eu égard à la menace qu'il représente et aux seuls liens familiaux précédemment énoncés, M. A ne peut prétendre à la délivrance du titre de séjour de plein droit prévu par les stipulations précitées de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui a procédé à la vérification de son droit au séjour conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour précitées, n'a pas commis d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Eu égard à la menace pour l'ordre public que le comportement du requérant représente, ainsi qu'il a été exposé au point 10 ci-dessus, alors qu'il n'établit pas contribuer à quelque titre que ce soit à l'entretien ou à l'éducation de son fils et que les autres attaches personnelles et familiales dont il se prévaut sur le territoire ne sont pas établies, la mesure d'éloignement contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

16. Il ressort des pièces du dossier que le fils du requérant, C, né le 2 janvier 2014, a été placé en structure d'accueil pour enfant en difficulté par un jugement du tribunal pour enfant de B en 2014. Ce placement a été reconduit puis, par un jugement du 24 mai 2022, l'autorité parentale exclusive a été accordée à la mère de C. Par suite, et alors que le requérant ne justifie aucunement contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait atteinte à l'intérêt de son fils, en méconnaissance des stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, et en tout état de cause, il n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

18. En deuxième lieu, la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le comportement de M. A représente une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il ne peut présenter des documents d'identité en cours de validité et qu'il ne justifie d'aucune circonstance particulière permettant de remettre en cause la réalité du risque de fuite. La décision contient ainsi l'exposé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ladite décision doit être écarté.

19. En troisième lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision contestée, ni des pièces du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

20. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

21. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de son procès-verbal d'audition du 26 juillet 2024, que M. A se maintient en situation irrégulière sur le territoire depuis plusieurs années sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour afin de régulariser sa situation et, à supposer même qu'il soit en possession d'un passeport en cours de validité ainsi qu'il l'a indiqué aux services de police, il est constant qu'il ne dispose pas d'une résidence effective et permanente sur le territoire. M. A ne justifie pas de circonstance particulière permettant de regarder le risque de fuite comme non établi. Il se trouvait ainsi entrer dans les cas prévus au 1° et 8° de l'article L. 612-3 précité, permettant de regarder comme établi, sauf circonstance particulière, le risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français. D'autre part, ainsi qu'il a été exposé au point 11 ci-dessus, le comportement de M. A représente une menace pour l'ordre public. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la préfète de Meurthe-et-Moselle, aux motifs de la menace qu'il représente et du risque de soustraction à la mesure d'éloignement litigieuse, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire. Les moyens tirés de ce qu'il ne présente pas de risque de fuite et que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public doivent donc être écartés.

22. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, 11 et 14, la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

23. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

24. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination vise les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que le requérant est de nationalité algérienne et qu'il n'a pas allégué encourir des risques pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors que la décision comporte l'énoncé suffisant des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ladite décision doit être écarté.

25. En troisième lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision contestée, ni des pièces du dossier que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

26. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'allègue encourir aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

27. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10, 11 et 14 ci-dessus, la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

28. Aux termes de de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

20. Il résulte également de ces dispositions que la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères ainsi prévus.

29. La décision portant interdiction de retour en litige mentionne uniquement que M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire et que " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, une durée d'interdiction de retour de trente-six mois ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale ". Cette motivation, qui ne comporte aucun élément relatif à la situation personnelle de l'intéressé, ne permet pas d'attester de la prise en compte des critères prévus par les dispositions précitées ni de comprendre quels sont les motifs ayant conduit la préfète à fixer à trente-six mois la durée de l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de M. A. Le requérant, est, par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois est insuffisamment motivée et qu'elle doit, en conséquence, être annulée.

30. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2024 en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

31. L'annulation par le présent jugement de la décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

32. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 26 juillet 2024 du préfet de la Meurthe-et-Moselle est annulé en tant seulement qu'il prononce à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Mbousngok et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2024.

La magistrate désignée,

É. Wolff

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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