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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402278

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402278

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a rejeté la requête de M. B, ressortissant sénégalais, qui contestait l'arrêté du préfet de la Meuse du 15 juillet 2024 fixant le pays de destination de son éloignement en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation, le défaut d'examen individuel, et la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, le tribunal considérant que la décision était légale et proportionnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2024, à 14 heures 47, sous le n° 2402278, et un mémoire enregistré le 3 août 2024, M. C D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel le préfet de la Meuse a fixé le pays à destination duquel il doit être éloigné en exécution d'une interdiction judiciaire du territoire ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen individuel et approfondi de sa situation ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2024, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, magistrate désignée,

- les observations de Me Stella, avocat commis d'office, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et insiste sur l'insuffisance de motivation et l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il est présent depuis vingt ans sur le territoire, qu'il vit en concubinage avec une compatriote en situation régulière qu'il a deux enfants français sur le territoire ;

- les observations de M. B,

- et les observations de Me Doucet, représentant le préfet de la Meuse, qui soutient que l'ensemble des moyens présentés par le requérant doit être rejeté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, né le 20 décembre 1984, a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de cinq ans prononcée par un jugement du tribunal correctionnel de Besançon le 4 novembre 2019. Par un arrêté du 15 juillet 2024, le préfet de la Meuse a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en exécution de cette interdiction judiciaire de territoire. Placé en rétention administrative à la suite de sa libération du centre de détention de Montmédy, le 27 juillet 2024, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté est signé par M. Christian Robbe-Grillet, secrétaire général, auquel le préfet de la Meuse établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté n° 2023-2130 en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne la nationalité du requérant, le jugement du tribunal correctionnel de Besançon du 4 novembre 2019 prononçant une interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans et la circonstance que M. B n'établit pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 précité en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ladite décision doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que l'arrêté contesté n'aurait pas été notifié dans une langue qu'il comprend. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que M. B est francophone. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces du dossier que le préfet de la Meuse n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B se prévaut de son concubinage avec Mme E A, compatriote en situation régulière sur le territoire français, et de ce qu'il est le père de deux enfants français nés de leur union et le tuteur légal de la fille de Mme A avec lesquels il entretient des liens. Cette circonstance est toutefois sans incidence sur la décision attaquée fixant son pays de renvoi dès lors qu'il est tenu de quitter le territoire français en application d'une décision d'interdiction judiciaire du territoire. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant son pays de destination méconnait les stipulations précitées.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. M. B soutient qu'il a quitté le Sénégal en 2004 car il y craignait pour sa vie et son intégrité physique. Le requérant ne produit toutefois aucun élément de nature à démontrer la réalité et le caractère personnel des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

10. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 et 9 ci-dessus, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F B et au préfet de la Meuse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.

La magistrate désignée,

É. Wolff

La greffière

L. Rémond

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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