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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402302

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402302

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402302
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP LEVI-CYFERMAN - CYFERMAN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nancy, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de la préfète de Meurthe-et-Moselle refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme B, ressortissante congolaise. La requérante invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, sans même examiner la condition d'urgence. Les conclusions accessoires aux fins d'injonction et de frais irrépétibles ont été rejetées par voie de conséquence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Levi-Cyferman, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- sur la condition d'urgence : faute de titre de séjour ou de récépissé de demande de titre de séjour, le contrat de travail dont elle bénéficie chaque année à compter du mois de septembre auprès de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy ne pourra pas être renouvelé, alors qu'elle a six enfants à charge ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige : la décision de refus de titre de séjour a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article L. 435-1 du même code et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; la préfète de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la requête enregistrée le 30 juillet 2024 sous le n° 2402296 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision implicite de la préfète de Meurthe-et-Moselle lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née le 15 mai 1990, est entrée sur le territoire français en dernier lieu le 14 octobre 2017 munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Le 4 novembre 2019, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour qui lui a été refusée par un arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle en date du 28 septembre 2020. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 9 février 2021 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 9 février 2023. Par la requête susvisée, Mme B doit être regardée comme demandant au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle a sollicité en octobre 2023.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

5. Aucun des moyens invoqués par Mme B à l'appui de sa requête n'est manifestement propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que les conclusions aux fins de suspension de la requête de Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction ainsi que de celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er :Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me Levi-Cyferman.

Fait à Nancy, le 1er août 2024.

La juge des référés,

G. Grandjean

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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