jeudi 22 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402356 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 août 2024 à 17 heures 42 et un mémoire complémentaire enregistré le 18 août 2024, M. B A, représenté par Me Corsiglia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé sa remise aux autorités grecques assortie d'une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, avec obligation de se présenter tous les mardis et jeudis, y compris les jours fériés à 10 heures aux services de police de Pont-à-Mousson et de se maintenir quotidiennement de 6 heures à 9 heures à son domicile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant remise aux autorités grecques :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors qu'il ne représentait pas une menace pour l'ordre public au moment de son entrée en France ;
- elle méconnait les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale dès lors que la préfète ne pouvait consulter le fichier des antécédents judiciaires dans le cadre d'une procédure d'éloignement et sans avoir au préalable saisi les services de police et le procureur de la république pour les interroger sur les suites données à la mention inscrite au fichier ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation ;
- elle est disproportionnée ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle sera annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant remise aux autorités grecques ;
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marini, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la procédure.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marini ;
- les observations de Me Corsiglia, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et rappelle que le requérant a obtenu le statut de réfugié par les autorités grecques parce qu'il est passé par la Grèce qui n'était pas sa destination finale puisqu'il n'a pas de famille et qu'il est isolé dans ce pays. Son frère et sa sœur ont le statut de réfugiés en France. Il vit en France depuis environ 18 mois. Il a habité dans le nord de la France chez son frère, avant de passer par la région parisienne, Reims et de venir à Nancy. Il a sa compagne à Nancy mais n'a pas voulu produire de pièces relatives à leur situation conjugale parce que cette dernière est en cours de demande d'asile. Il a un logement, une activité professionnelle, il est ouvrier forestier et travaille actuellement pour une société du 71. La menace à l'ordre public ne peut justifier la décision de remise. L'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne vise que les conditions d'entrée en France et permet uniquement de justifier un refus d'entrée. L'atteinte à la vie privée et familiale est un moyen opérant qui doit être examiné. L'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme n'est pas mentionné dans la décision contestée et aucun examen de la vie privée et familiale de M. A n'a été réalisé. La préfète oppose en défense la circonstance qu'il a été entendu pour des faits de tentative d'obtention d'un faux permis. Il a voulu aider des gens mais ne savait pas qu'il s'agissait de faux permis et quand il s'en est rendu compte, il a tout arrêté. Il n'y a pas de suite judiciaire, pas de convocation en justice. La menace à l'ordre public n'est pas constituée. L'extrait du fichier de traitement des antécédents judiciaires sur lequel se fonde la préfète n'est pas produit et en tout état de cause la consultation du fichier ne pouvait être faite dans le cadre d'une enquête pour éloignement et les forces de police et le procureur de la république n'ont pas été interrogés. L'infraction de conduite sans permis n'est opposable qu'aux personnes qui sont en situation régulière. L'interdiction de circulation doit être motivée et la préfète doit faire un examen de la situation du requérant. Or, il n'est jamais mentionné que M. A aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. La motivation est ainsi insuffisante et l'examen n'est pas complet. La durée de présence en France de M. A, ses liens familiaux et l'absence de menace à l'ordre public démontre que la durée de l'interdiction de circulation est disproportionnée. L'assignation à résidence sera annulée par voie de conséquence. Il est sollicité au titre des mesures d'exécution que soit restitué le document de voyage de M. A ;
- et les observations de M. A, assisté d'un interprète en langue turque : la Grèce était sur son trajet lorsqu'il est venu de Turquie mais son objectif était de venir en France. Il a été contrôlé en Grèce et a ainsi été obligé de déposer sa demande d'asile, mais il n'a pas de famille en Grèce et les services secrets turcs sont très présents en Grèce.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc, né le 1er octobre 1997, serait entré en France à la fin de l'année 2022 selon ses déclarations. Il a sollicité l'asile et sa demande a été rejetée, en dernier lieu, par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 30 décembre 2022 au motif qu'il était sous protection effective dans un autre état, à savoir la Grèce. Le 30 juillet 2024, il a été placé en garde à vue par les services de la police aux frontières de Villers lès Nancy. Par les arrêtés contestés du 30 juillet 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé sa remise aux autorités grecques et l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle, pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable deux fois avec obligation de se présenter les mardis et jeudis, y compris les jours fériés, à 10 heures auprès de services de police de Pont-à-Mousson et de se maintenir quotidiennement de 6 heures à 9 heures à son domicile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne () l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ". Aux termes de l'article L. 311-2 du même code : " Un étranger ne satisfait pas aux conditions d'entrée sur le territoire français lorsqu'il se trouve dans les situations suivantes : / 1° Sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ; () ".
3. D'une part, si les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des parties contractantes peuvent, sous couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois sur le territoire des autres parties contractantes, ils n'en restent pas moins assujettis aux autres conditions d'entrée prévues notamment par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier celles de ses articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1.
4. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne qui a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1 du même code peut être remis aux autorités compétentes de l'Etat membre qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire, ou dont il provient directement, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec les Etats membres de l'Union européenne.
5. Pour ordonner la réadmission vers la Grèce de M. A, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur le motif tiré de l'existence du risque que son comportement constituerait pour l'ordre public au sens du 1° de l'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité au point 7.
6. Pour estimer que le comportement de M. A constituait une menace à l'ordre public, la préfète s'est fondée uniquement sur la circonstance que le requérant serait connu pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis le 21 décembre 2023. Toutefois, pour regrettable qu'il soit, ce fait n'est pas d'une gravité suffisante pour caractériser une menace à l'ordre public. Si la préfète de Meurthe-et-Moselle fait valoir en défense que M. A a été placé en garde à vue pour des faits de faux document et tentative d'obtention indue de permis de conduire, d'une part, ces faits ne fondent pas la décision contestée et d'autre part, il n'est pas établi ni même allégué qu'ils auraient donné lieu à des poursuites judiciaires. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la préfète a fait une inexacte application des dispositions du 1° de l'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui opposant la menace que son comportement constituerait pour l'ordre public pour décider sa réadmission aux autorités grecques.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 juillet 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé sa remise aux autorités grecques. Par voie de conséquence, la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de douze mois ainsi que l'arrêté du 30 juillet 2024 l'assignant à résidence, doivent également être annulés.
Sur les conclusions d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. () ". L'exécution du présent jugement implique nécessairement la restitution, à M. A, de son document de voyage. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de restituer à M. A son document de voyage dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a prononcé la remise de M. A aux autorités grecques assortie d'une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de douze mois est annulé.
Article 2 : L'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a assigné M. A à résidence est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de restituer à M. A son document de voyage, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2024.
La magistrate désignée,
C. Marini
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026