mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402441 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2024, et un mémoire enregistré le 27 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Issa, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°)d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024, par lequel le préfet de l'Yonne a prononcé son expulsion et fixé le pays à destination duquel il sera reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle,
- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;
- la décision d'expulsion est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2024, le préfet de l'Yonne, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- et les observations de Me Morel, substituant Me Rannou, représentant le préfet de l'Yonne.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant somalien né le 18 mai 1995 à Mogadiscio (Somalie), est entré en France en 2016 selon ses déclarations, pour y solliciter le statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 janvier 2018 et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 26 janvier 2021. Il a été condamné le 10 novembre 2021 par la Cour d'assise de Paris à huit ans de réclusion criminelle pour des faits de viol commis par une personne en état d'ivresse manifeste. Il a été écroué le 16 mai 2023 après transfert, au centre pénitentiaire de Joux-la-Ville. Sa levée d'écrou étant prévue le 7 août 2024, le préfet de l'Yonne a, par un arrêté du 12 juin 2024, notifié le 13 juin 2024, ordonné son expulsion du territoire français et fixé la Somalie comme pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme Pauline Girardot, secrétaire général de la préfecture, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie pour signer un tel acte par un arrêté du préfet de l'Yonne du 14 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise notamment l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; rappelle les antécédents judiciaires du requérant tenant notamment à sa condamnation le 10 novembre 2021 par la Cour d'assises de Paris à huit ans de réclusion criminelle pour des faits de viol commis par une personne en état d'ivresse ; fait état de son comportement lors de son incarcération et son absence de projet de libération et mentionne sa situation personnelle et familiale. Il comporte ainsi, sans que le préfet ne soit tenu d'énumérer l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles est fondée la décision d'expulsion du territoire français. Il ressort en outre des termes mêmes de l'arrêté du 12 juin 2024 que le préfet de l'Yonne a procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de prononcer la mesure d'expulsion contestée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".
5. M. B soutient que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, qu'il a purgé sa peine et qu'il souhaite désormais s'intégrer à la société française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français en 2016, qu'il a été placé sous mandat de dépôt et écroué le 29 août 2018 au centre pénitentiaire de Fleury-Merogis dans le cadre de son placement en détention provisoire pour des faits de viol commis par une personne en état d'ivresse. Il a été condamné pour ces faits à huit ans de réclusion de réclusion criminelle par la Cour d'assises de Paris le 8 novembre 2021. Il ressort également des pièces du dossier que M. B n'a mené aucune réflexion sur les faits commis, qu'il ne reconnait pas et pour lesquels il a refusé le suivi psychologique. Il ne démontre en outre aucune volonté de réinsertion sociale ou professionnelle et n'a pas établi de projet de libération. Au vu de l'ensemble de ces éléments et de la particulière gravité des faits qui lui sont reprochés, le préfet de l'Yonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que la présence en France de M. B constitue une menace grave et toujours actuelle pour l'ordre public au sens de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. B soutient que les décisions contestées portent atteinte au respect de sa vie privée et familiale. Il n'apporte cependant aucun élément de nature à démontrer qu'il aurait des attaches personnelles en France, et ne fait état d'aucune perspective d'intégration professionnelle et sociale sur le territoire français, où il est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, le préfet de l'Yonne n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée à ce qui était nécessaire à la défense de l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. / 2. Pour déterminer s'il y a de tels motifs, les autorités compétentes tiendront compte de toutes les considérations pertinentes, y compris, le cas échéant, de l'existence, dans l'Etat intéressé, d'un ensemble de violations systématiques des droits de l'homme, graves, flagrantes ou massives ".
9. M. B soutient que son retour en Somalie l'exposerait à des traitements contraires aux textes susvisés. Il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir la réalité de ces risques. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2024, par lequel le préfet de l'Yonne a prononcé son expulsion et fixé le pays à destination duquel il sera reconduit. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le préfet de l'Yonne au même titre.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du préfet de l'Yonne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Yonne et à Me Issa.
Délibéré après l'audience publique du 19 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La rapporteure,
A. JouguetLe président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026