lundi 26 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2402470 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | MBOUSNGOK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 août 2024 sous le n° 2402470 à 15 heures 53, et un mémoire, enregistré le 23 août 2024, M. C G, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2024 par lequel la préfète de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :
- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
- elles n'ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions d'obtention d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- il ne présente pas de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle doit être annulée par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa durée et dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Aube qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Wolff, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, magistrate désignée,
- les observations de Me Mbousngok, avocat commis d'office, représentant M. G, qui reprend les moyens soulevés et présente de nouvelles conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
- les observations de M. G qui indique vouloir rester en France pour être près de son fils ;
- et les observations de Me Morel, représentant la préfète de l'Aube, qui conclut au rejet de la requête et soutient que l'ensemble des moyens de la requête est infondé, que le requérant n'a formé aucune demande de renouvellement de titre de séjour et qu'il n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, ressortissant marocain, né le 15 septembre 1986, est entré régulièrement sur le territoire français le 8 mai 2009 et a bénéficié d'un titre de séjour jusqu'au 8 août 2024. Par un arrêté du 14 août 2024, la préfète de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par sa requête, M. G, placé en rétention administrative à sa levée d'écrou, demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire au titre de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :
4. En premier lieu, par un arrêté du 18 avril 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 27 avril 2023, la préfète de l'Aube a donné délégation de signature à M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception des actes mentionnés à l'article 2 et au nombre desquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B, signataire des décisions contestées, manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause, M. G est francophone. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions en litige ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Aube, après avoir relevé que M. G est entré régulièrement en France et a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de " parents d'enfant français " jusqu'au 8 août 2024, a constaté qu'il n'avait pas demandé le renouvellement de son titre de séjour. La préfète a vérifié qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à ce que M. G soit éloigné du territoire français et a précisé qu'il ne justifie pas entretenir de liens avec son fils, M. F G, de nationalité française. S'agissant plus particulièrement de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. G, elle vise notamment l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le comportement du requérant représente une menace pour l'ordre public. S'agissant de la décision fixant le pays de destination, elle vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité du requérant et indique qu'il n'allègue pas encourir de risques de traitements prohibés par ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. S'agissant enfin de la décision portant interdiction de retour, elle vise notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments relatifs à la durée de sa présence en France, à ses liens sur le territoire et à la menace pour l'ordre public que représente sa présence en France dont il a été tenu compte pour fixer la durée de cette interdiction. Cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, M. G soutient avoir formé une demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français en avril 2024. Il ne l'établit toutefois pas alors que la préfète de l'Aube le conteste. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète, qui a en particulier précisé qu'il n'établissait pas entretenir des liens avec son fils, n'aurait pas procédé à un examen complet de sa situation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". L'autorité administrative ne peut légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
9. M. G soutient qu'il ne peut faire l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, en sa qualité de parent d'enfant français. Pour l'établir, il produit une unique attestation de Mme D A, son ancienne conjointe, non circonstanciée, aux termes de laquelle elle a renoncé à percevoir une pension alimentaire puisque M. G contribue à l'entretien et à l'éducation de son fils. Ce seul élément est insuffisant à établir qu'il contribuerait, de quelque manière que ce soit et au regard de ses possibilités, à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation que la préfète a pu faire obligation à M. G de quitter le territoire français. Ces moyens doivent être écartés.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
11. Pour faire obligation à M. G de quitter le territoire français, la préfète de l'Aube s'est fondée sur la circonstance qu'il n'a pas demandé le renouvellement du titre de séjour qui lui a été délivré à l'expiration de celui dont il était titulaire. Par suite, le moyen tiré de ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public susceptible de justifier la mesure d'éloignement litigieuse doit être écarté comme inopérant.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. M. G est présent en France depuis quinze années à la date de la décision contesté et a bénéficié de titres de séjour en qualité de parent d'enfant français, renouvelés jusqu'au 8 août 2024. Il se prévaut de la présence en France de sa concubine, Mme E H, ressortissante française, avec laquelle il déclare vivre depuis une année et de celle de son fils, M. F G, ressortissant français, né le 23 novembre 2015 d'une précédente union. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 9 ci-dessus, M. G n'établit pas entretenir de liens avec ce dernier et la seule attestation d'hébergement de Mme H produite est insuffisante à justifier l'intensité et la réalité de leurs liens, qui sont en tout état de cause récents à la date de la décision contestée. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. G a été condamné à plusieurs reprises : le 18 décembre 2019 a une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits commis en novembre 2019 de vol aggravé en réunion et avec destruction, dégradation ou détérioration ; le 7 décembre 2020 à une peine d'amende de 500 euros pour des faits commis en avril 2019 de vol avec destruction et dégradation ; le 31 août 2022 à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits commis le 28 août 2022 pour violence en état d'ivresse manifeste ; le 27 septembre 2022 à six mois d'emprisonnement pour des faits commis du 28 au 29 octobre 2019 de vol avec destruction et dégradation et le 18 décembre 2023 pour des faits de vol en récidive, ayant entraîné la révocation du sursis de sa condamnation du 18 décembre 2019. Eu égard à la gravité et au caractère récent et répété des faits délictueux qu'il a commis, et contrairement à ses allégations, le comportement de M. G constitue une menace pour l'ordre public. S'il établit avoir travaillé depuis son arrivée sur le territoire français, il ne justifie toutefois pas d'une intégration sociale ou professionnelle particulière ni d'aucune garantie de réinsertion à sa levée d'écrou. Compte tenu de ces éléments, notamment de la menace à l'ordre public que son comportement constitue, et en dépit de la durée de présence régulière de l'intéressé sur le territoire français, la préfète de l'Aube n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. G au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
15. Ainsi qu'il a été exposé au point 9 ci-dessus, le requérant ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son fils, il n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait atteinte à l'intérêt de son fils, en méconnaissance des stipulations précitées. Ce moyen doit être écarté.
16. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 13 ci-dessus, M. G n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
17. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".
18. En premier lieu, il ressort des motifs mêmes de la décision contestée qu'elle n'est pas fondée sur le risque de soustraction à la mesure d'éloignement litigieuse que présenterait le requérant. Le moyen tiré de ce qu'il ne présente pas de risque de fuite ne peut par suite qu'être écarté comme inopérant.
19. En second lieu, et ainsi qu'il a été exposé au point 13 ci-dessus, il ressort des pièces du dossier que M. G a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales en 2019, 2020, 2022 et 2023 pour des faits, réitérés, de vol aggravé et de violences pour lesquels il a été incarcéré pendant plusieurs mois. Il ne justifie en outre pas d'une intégration particulière et ne fait valoir aucune garantie de réinsertion à sa levée d'écrou. Eu égard à la gravité et au caractère récent et répété des faits qu'il a commis, le comportement de M. G constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la préfète de l'Aube a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. G n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
21. En second lieu, si le requérant soutient que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'allègue encourir aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. G n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
24. M. G ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui pourrait faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Si M. G se prévaut de la présence en France de sa concubine, il ne démontre pas la réalité et l'intensité de leurs liens par les pièces produites. En outre, ainsi qu'il a été exposé au point 9 ci-dessus, il n'établit pas entretenir de liens avec son fils, issu d'une précédente union. Enfin, il ressort des pièces du dossier que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, en dépit de la durée de sa présence régulière sur le territoire et de la circonstance qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la préfète de l'Aube lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
25. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 et 15 ci-dessus, les moyens tirés de ce que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. G à fin d'annulation de l'arrêté du 14 août 2024 par lequel la préfète de l'Aube lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
27. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. C G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C G, à Me Mbousngok et à la préfète de l'Aube.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 août 2024.
La magistrate désignée,
É. Wolff
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026