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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2402485

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2402485

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2402485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 août 2024, M. B A, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus de titre de séjour, née du silence gardé par la préfète de Meurthe-et-Moselle sur sa demande du 12 juillet 2023 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, le temps de l'instruction, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

- la décision contestée n'est pas motivée ;

- la préfète ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;

- la décision méconnait l'alinéa 5 et l'alinéa 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable, en l'absence de décision faisant grief.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 31 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jouguet a été entendu au cours de l'audience publique.

Connaissance prise de la note en délibéré présentée par M. A et enregistrée le 10 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 22 février 1947 à Aïn el Hammam (Algérie), est entré en France en dernier lieu le 15 octobre 2022 sous couvert d'un visa de court séjour. Par un courrier du 12 juin 2023, reçu le 26 juin 2023, M. C A a sollicité au bénéfice de son père, M. B A, une admission exceptionnelle au séjour. Par un courrier du 12 juillet 2023, réceptionné le 13 juillet 2023 par la préfecture, le requérant a sollicité l'obtention d'une carte de séjour temporaire sur le même fondement, en se prévalant de sa situation familiale et médicale. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de la décision implicite de refus née du silence gardé par la préfète de Meurthe-et-Moselle sur sa demande de titre de séjour.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

3. Il ressort des pièces du dossier que le fils de M. A, M. C A, a sollicité au nom de son père, une demande de titre de séjour en date du 12 juin 2023, arguant de sa situation personnelle et médicale. Il n'est pas contesté que cette demande attestait de l'hébergement de M. A au domicile de son fils, sis 47, rue du brocard à Villers-lès-Nancy depuis le 15 octobre 2022, et était accompagnée d'une copie du passeport de M. A, ainsi que d'une attestation de propriété de sa maison par M. C A. Par un courrier du 6 juillet 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle a précisé au requérant que sa demande était incomplète en l'absence d'une demande signée de la main du demandeur, d'un justificatif de domicile datant de moins de six mois, de quatre photographies d'identité conformes et d'un timbre fiscal de cinquante euros. Il ressort également des pièces du dossier que le 12 juillet 2023, M. A a transmis une demande manuscrite signée de sa main, sollicitant son admission au séjour, en se prévalant de sa situation personnelle et médicale. Dans ces conditions, et alors que la préfecture disposait dès le 12 juin 2023 d'une attestation d'hébergement justifiant du domicile du requérant, et que ni l'absence de timbre fiscal, ni le défaut de photographies ne rendaient impossible l'instruction de la demande déposée le 12 juin 2023 et complétée le 12 juillet 2023, le silence gardé par la préfète de Meurthe-et-Moselle à la demande de titre de séjour de M. A a fait naitre une décision implicite de rejet susceptible de recours devant le tribunal administratif. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la préfète de Meurthe-et-Moselle ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le silence gardé par la préfète de Meurthe-et-Moselle sur la demande de titre de séjour présentée le 12 juin 2023 et complétée le 12 juillet 2023 par M. A, reçue en préfecture le 13 juillet 2023, a fait naître, le 13 novembre 2023, une décision implicite de rejet. Il ressort également des pièces du dossier que, d'une part, par un courrier du 14 mars 2024, reçu en préfecture le 18 mars 2024, M. A a demandé à la préfète de Meurthe-et-Moselle la communication des motifs de cette décision implicite, et, d'autre part, que l'administration n'a pas communiqué à M. A dans le mois suivant sa demande, les motifs de cette décision. Dès lors, en l'absence de communication des motifs de la décision implicite de refus de titre de séjour attaquée, cette décision se trouve entachée d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, et après examen des autres moyens de la requête, le présent jugement implique seulement que la préfète de Meurthe-et-Moselle procède au réexamen de la demande de titre de séjour de M. A. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer immédiatement à M. A une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jeannot, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er :La décision implicite par laquelle la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dès notification du jugement, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Jeannot, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Jeannot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.

Délibéré après l'audience publique du 10 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La rapporteure,

A. JouguetLe président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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